Plus radicaux que le PRG

départ

Après une nouvelle manifestation contre la loi Travail qui a rassemblé, sans incidents, plusieurs milliers de manifestants dans les rues de Toulouse, les plus Motivé(e)s se sont retrouvé(e)s pour une nouvelle action-surprise du collectif  #Y‘a pas d’arrangement. La FNAC, dernière cible de ces opérations-commandos en forme de gags ludiques dans la ville, avait préféré baisser le rideau, comme la plupart des grandes enseignes (cinéma UGC, McDonald’s, café Starbuck) situées au point de rendez-vous, entre la place Wilson et le métro Jean Jaurès.

 » Notre action est pacifique , nous n’accepterons ni violence, ni tags », crachotte le mégaphone des organisateurs à l’intention des centaines de participant(e)s rameuté(e)s sur les réseaux sociaux. Jeunes ou pas, tou(te)s sont venu(e)s sans savoir quelle sera la destination finale de cette nouvelle action. Par précaution, le contact de l’avocate de permanence est communiqué en cas d’arrestation, comme avant chaque opération du collectif. Six groupes sont constitués pour tromper la vigilance des forces de l’ordre. Chacun part de son coté.

G1

« Rebroussez chemin. Cette manifestation est interdite ». Des policiers barrent le chemin du « groupe 1 », constitué d’une trentaine de personnes qui ont suivi François Piquemal, le jeune leader du DAL 31, cheville ouvrière du collectif avec les intermittents du spectacle, l’association ATTAC et des syndicalistes de la CGT.

Après une déambulation pédestre dans les rues du centre-ville, le groupe finit par s’engouffrer dans une annexe de la mairie de Toulouse. Au total, trois des sept groupes ont réussi à gagner l’objectif de l’opération, mystérieusement dénommée « opération Palme d’Or ».  La salle municipale Osète a été choisi car elle doit accueillir dans la soirée une réunion publique du parti radical de gauche (PRG) autour de Sylvia Pinel. La nouvelle présidente du parti, élue locale, est l’ancienne ministre du Logement.  » Nous avons appris sa venue sur sa page Facebook « , explique François Piquemal. En attendant la ministre et ses militants, les manifestants improvisent un jeu de chaises musicales dans la salle. Quelques confettis sont lancés. L’ambiance est potache, bon enfant.

police municipale

François Piquemal négocie avec la police municipale, qui inaugure pour la circonstance ses nouvelles tenues anti-émeutes. « Nous n’avons rien dégradé, on veut juste participer à la réunion », explique le porte-parole du DAL.

Dans la salle, on brocarde plus ou moins gentiment le PRG, dernier parti allié du PS, et son patron historique, également propriétaire du quotidien régional.  » Jean-Michel Baylet est favorable à la loi Travail et a approuvé le 49.3 Son journal maltraite nos actions «  , justifie un militant. Une guitare joue un air de Brassens. Bref moment de semi-panique quand quatre participants, qui ont tenté de sortir par une porte dérobée, se font arrêter par les policiers dans la cour intérieure du bâtiment municipal.

Le PRG a finalement renoncé à sa réunion publique. « Je tiens à condamner avec fermeté ces agissements ayant pour seule vocation d’empêcher le débat et l’expression militante pourtant fondamentale à la bonne santé de notre République », a réagit Sylvia Pinel sur sa page Facebook. La centaine de manifestants qui avaient envahi la salle ont pris soin de ranger les chaises avant de sortir groupés, en scandant des slogans hostiles au gouvernement. Après un tour d’honneur de la place Wilson, encadrés par les forces de l’ordre, les manifestants ont rejoint en chanson la place du Capitole pour une nouvelle NuitDedout.

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Lavis aquatique

 

André Laban

Membre historique de l’équipe du commandant Cousteau, André Laban, 87 ans, est une vedette discrète à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne). Un peu comme Pierre Richard à Gruissan (Aude), mais en nettement moins chevelu. Une sympathique librairie expose à deux pas de la halle médiévale les films, bouquins et tableaux de ce grand chauve avec des palmes non-académiques.

Ce n’est pas la première fois que l’ex-plongeur de la Calypso présente ses multiples talents dans la bourgade nichée sous les falaises de la vallée de l’Aveyron. André Laban y avait même ouvert une gargote à l’enseigne du “sous-marin bleu”. Débarqué sans ménagement en 1973 de la Calypso, il soigne cette blessure aussi profonde que les abysses océaniques par la poésie et la dérision. Il a gentiment torpillé le médiatique commandant Cousteau à travers un livre et quelques courts-métrages subaquatiques, aussi oniriques qu’ironiques. L’ancien ingénieur, qui a contribué à mettre aux point les caissons étanches des premières caméras sous-marines, se filme sous l’eau déguisé en Chaplin, Einstein ou Lénine. Son univers cinématographique s’apparente davantage à la désopilante farce aquatique de Wes Anderson qu’au Grand Bleu de Luc Besson.

Musicien amateur, André Laban a encore un autre violon d’Ingres : la peinture sous-marine. L’été dernier, il a une nouvelle fois enfilé sa combinaison de plongée. Un jeune homologue catalan, qui l’avait invité à peindre avec lui dans une réserve maritime de la Costa Brava, raconte cette dernière séance sur son blog. Les deux peintres-plongeurs exposeront leurs réalisations cet été au musée maritime de Barcelone, aux cotés des pionniers de la discipline, un baron autrichien qui fut diplomate sous les tropiques au XIXe siècle et un anglo-américain admirateur de Jules Verne au siècle dernier.

gare Andorre

Le train quotidien qui dessert chaque jour la principauté d’Andorre est un modeste TER qui part de Toulouse. Outre le train de nuit partant la veille de Paris-Austerlitz, le petit paradis fiscal des Pyrénées est desservi en semaine par cinq autorails qui remontent la vallée de l’Ariège jusqu’à la gare de L’Hospitalet, au pied du col de Puymorens. Des bus assurent la liaison finale en grimpant les derniers lacets jusqu’au Pas de la Case, sa station de ski et ses supermarchés détaxés. Mais le 15 octobre 2014, la région Midi-Pyrénées a interrompu ce dernier maillon de la ligne en invoquant des questions de sécurité  : trop d’altercations avec des passagers, parfois ivres et violents, attirés par le trafic d’alcool et de tabac bon marché. Surnommé « le train du jaune » par les cheminots de la région, par comparaison avec le petit train qui traverse la Cerdagne voisine, le dernier TER de l’Ariège s’est découvert une vocation de tourisme social inattendue avec les billets gratuits généreusement offerts par la région aux chômeurs. La gare du village de L’Hospitalet (90 habitants), rénovée avec l’aide du gouvernement andorran, a vu passer 49.767 passagers en 2014.

les bus ont repris la route

Discrète sur ce sujet sensible, la direction régionale de la SNCF refuse de communiquer les chiffres de 2015. Le « train du jaune » est devenu le symbole d’une certaine délinquance ferroviaire qui ne serait plus réservée aux RER de la région parisienne. La préfecture de l’Ariège, qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2013, a recensé 64 infractions par les forces de police et de gendarmerie et 118 incidents relevés par la SNCF. La région indique que la gratuité des billets a été retirée à 4 bénéficiaires, suites aux incidents. Officiellement, tout serait rentré dans l’ordre avec la suppression des bus. Mais en juin 2015, deux contrôleuses portent plainte à Toulouse. Elles expliquent à la police avoir été bousculées et insultées dans le train. En réaction, la préfecture a suspendu une nouvelle fois les autocars de l’entreprise ariégeoise qui assurait le service entre la gare de l’Hospitalet et le Pas de la Case. Daniel Leurès proteste. « Je ne suis pas responsable de ce qui se passe dans le train », se défend l’autocariste de Tarascon-sur-Ariège. « On exploite la ligne entre Pamiers et l’Andorre depuis quarante ans. Il y a toujours eu des passagers qui exagèrent un peu avec les quantités autorisés par les Douanes, mais ce n’est pas comme ça qu’on va arrêter les trafiquants ». Le chef d’entreprise a contesté la décision du préfet devant le tribunal administratif. Ses bus ont repris du service en septembre. Ils évitent simplement de se garer sur le parking de la gare. Un transporteur andorran grimpe aussi trois fois par jour jusqu’à la capitale de la principauté, mais ses bus ne permettent pas de faire l’aller-retour avec Toulouse dans la journée, assure la région.

des caméras dans les trains

La SNCF pense avoir trouvé une parade contre les incivilités à bord de ses trains régionaux. Les nouvelles rames Régiolis d’Alstom sont équipées de caméras. Mais les syndicats de cheminots sont dubitatifs. « La solution, c’est la présence humaine », affirme Yann Puech, délégué de Sud Rail. Il redoute que la généralisation de la vidéosurveillance soit un prétexte pour supprimer les contrôleurs, « comme sur les RER ». Selon la région, le trafic a baissé de 3,5% sur la ligne en 2015. Non pas à cause des problèmes de sûreté qui ont fait couler beaucoup d’encre, mais pour un incident « indépendant de la volonté » de la SNCF. La circulation des trains a été interrompue pendant deux mois à partir de Foix en raison d’un glissement de terrain à Luzenac. L’éboulement n’a pas touché les rails, mais la route voisine. La déviation mise en place a contraint la SNCF à étayer en urgence un pont qui enjambe la voie de chemin de fer. Les trains étaient donc à l’arrêt pour laisser passer le trafic routier. Les trains sont à nouveau partiellement remplacés par des bus en ce début d’année pour rénover la voie, achevée en 1929. A la SNCF, on ne badine pas avec la sécurité.

article à retrouver en ligne dans un dossier sur la grande misère des trains régionaux du Point