Les vertes critiques de la droite contre la présidente sortante de l’université de Toulouse

Barthet

Ses oreilles ont dû siffler à la tribune de Toulouse Métropole. La présidente de l’Université de Toulouse, qui quitte son poste demain, a été saluée à sa manière par Jean-Luc Moudenc. Sans la nommer, le maire (LR) de Toulouse a imputé à Marie France Barthet le retrait de l’Idex, présenté comme  » la sanction d’une certaine gouvernance « . Son adjoint aux finances, Sacha Briand, enfonce le clou en pointant  » la conservation des petites tribus universitaires « .
Ces critiques, même si elles évitent de cibler une seule personne, vont dans le même sens que les élus de l’opposition au conseil régional. Dans un communiqué publié le 11 mai dernier, le groupe des élus de la droite et du centre mettait directement en cause la présidente de l’université fédérale. Mme Barthet, qui dirigeait le regroupement des universités et des grandes écoles de Toulouse depuis quatre ans, a été élue au conseil régional sur la liste EELV. Son remplaçant  doit être élu ce vendredi 1er juillet. Aucun suspens, puisqu’un seul candidat est en lice : Philippe Raimbault, directeur sortant de Sciences Po Toulouse. Il disposera finalement d’un délai de 18 mois pour tenter de récupérer les 25 millions annuels de l’Idex.

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De la « cagnotte » de la ville de Toulouse à celle de l’aéroport de Blagnac

Moudenc Capitole

On achève bien les conseillers municipaux. A 23 h, le maire (LR) de Toulouse conserve un brin d’humour. « Quand il s’agit de l’intérêt de #Toulouse, nous n’avons pas peur de passer la #NuitDebout » écrit Jean-Luc Moudenc sur Twitter. Après dix heures de débats quasiment non-stop, les élus municipaux sont en passe d’achever l’examen des 187 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Il ne reste plus que six vœux à discuter. Il est presque minuit quand la majorité et l’opposition s’écharpe une dernière fois sur les 20 millions d’euros que le nouvel actionnaire chinois voulait prélever aujourd’hui dans les caisses de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

« Un hold-up », s’emporte Pierre Cohen, ancien maire (PS) de la ville. A droite, on se contente de considérer cette distribution de dividendes comme « inopportune ». Mais pas illégale. Jean-Luc Moudenc explique que la minorité de blocage négociée par les collectivités au sein du « pacte d’actionnaires » n’a aucune valeur juridique. Le maire de Toulouse entendait l’inscrire ce mardi dans les statuts de la société de gestion de l’aéroport. Il ne veut pas s’opposer pas au versement des dividendes, mais pose un « préalable » : le lancement « effectif » des investissements annoncés par les Chinois à Blagnac.  « Un coup de canif au bloc territorial », dénonce Isabelle Hardy, qui présentait le voeu au nom des élus PS. « Vous ne savez pas comment financer votre troisième ligne de métro et vous êtes prêts à accepter l’argent d’où qu’il vienne », accuse Régis Godec (EELV).

d’une « cagnotte » à l’autre

Cette ultime flambée politique nocturne autour de la « cagnotte » de l’aéroport arrive après les vives passes d’armes autour de celle de la municipalité. Les élus de l’opposition comptaient bien profiter de l’examen du compte administratif 2015 pour démontrer que les augmentations d’impôts (+15%) et de tarifs municipaux décidées par Jean-Luc Moudenc ont été excessives. Selon les calculs de Joël Carreiras (PS), ex-grand argentier de Pierre Cohen, le niveau d’épargne brute de la ville a augmentée de 155% et l’épargne nette atteint 68 millions d’euros. « Il n’y a pas de cagnotte, nous avons juste réussi à combler le tonneau des Danaïdes des frais de fonctionnement de l’ancienne équipe », lui répond François Chollet, président du groupe majoritaire.
Cette bataille de chiffres fut noyée dans le marathon des mots. Est-il bien raisonnable d’évoquer une question aussi importante que celle la position de la ville au conseil d’administration de l’aéroport à minuit ? Une nouvelle fois, l’opposition a réclamé davantage de conseils municipaux pour alléger l’ordre du jour. Sous la mandature de Pierre Cohen, les élus se réunissaient tous les mois, ou presque. Jean-Luc Moudenc s’en tient au strict minimum, soit trois à quatre séances par an seulement. Le personnel municipal est-il fatigué de faire des heures supplémentaires ? A 00h10, la retransmission vidéo en direct a été brutalement coupée. La prochaine fois, le maire de Toulouse devra-t-il prévoir d’ouvrir un compte #periscope ?

trop de « chinoiseries » ?

Epilogue (provisoire) de cette folle soirée au Capitole : à 8h45 mardi matin, l’aéroport de Toulouse-Blagnac fait savoir que le conseil d’administration est reporté.  » Constatant que des considérations extérieures à l’entreprise pourraient interférer avec les débats, Casil Europe a demandé le report de l’assemblée générale, les conditions ne lui semblant pas réunies pour tenir cette réunion dans un climat serein « , stipule le communiqué.

Idrac

« Il n’y a pas de cagnotte à l’aéroport », affirme à son tour Anne-Marie Idrac, présidente du conseil de surveillance. L’ex-ministre des Transports d’Alain Juppé se dit choquée par les mots employés par les opposants à la vraie-fausse privatisation de l’aéroport. Elle met en garde contre la future concurrence des aéroports de Lyon et Nice, qui seront prochainement vendus à des investisseurs privés. Anne-Marie Idrac relativise les sommes en jeu à Toulouse-Blagnac. Le « prélèvement » de moins de 20 millions sur les 67 millions de « réserves » qui était à l’ordre du jour aurait rapporté 9 millions aux nouveaux co–propriétaires chinois de l’aéroport. « Cela fait beaucoup de salive pour 9 millions », estime-t-elle. Mme Idrac précise que la décision de reporter le conseil d’administration a été prise avant la fin du conseil municipal de Toulouse.

Festivals : le rapport de Pierre Cohen enterré rue de Valois ?

Pierre Cohen

Tout va trop bien, Madame la marquise ? Alors que la soirée d’ouverture du festival Rio Loco a été annulée par un commando d’intermittents du spectacle et d’opposants à la loi Travail, Pierre Cohen s’est finalement décidé à rendre public le rapport que lui avait commandé le ministère de la Culture en juin 2015. L’ancien maire (PS) de Toulouse avait été missionné par Fleur Pellerin, alors en poste rue de Valois, pour prendre le pouls des festivals en France.

Première surprise : le secteur n’est (presque) pas en crise, selon le rapport Cohen. Contrairement aux données alarmistes publiées sur Internet et abondamment reprises et commentées dans la presse et les réseaux sociaux, la baisse des crédits qui a affecté le monde de la culture n’aurait pas provoqué l’hécatombe annoncée. cartocrise

Si de nombreux festivals ont bel et bien disparu en 2014 et 2015, d’autres ont été créés. Plus nombreux, à en croire les chiffres du ministère de la Culture. Le rapport Cohen dénombre ainsi 109 nouveaux festivals dans le domaine des « musiques actuelles », contre 92 disparitions. La conclusion, qui peut paraître paradoxale, ne surprendra pas les observateurs attentifs qui avaient pu noter que dès le départ, Pierre Cohen ne souhaitait pas se focaliser sur les aspects financiers de sa mission.
L’ancien maire de Toulouse cite dans son rapport l’exemple d’un festival d’Auterive (Haute-Garonne) qui a réussi à se « délocaliser » dans trois autres communes du département après avoir été « évincé » pour des raisons non-élucidées. Pierre Cohen se garde bien toutefois de citer le cas hautement sensible politiquement du festival de chanson Alors Chante de Montauban (Tarn-et-Garonne), finalement « ressuscité » à Castelsarrasin. De manière générale, il évite d’évoquer les festivals de la région, à l’exception notable de Marciac (Gers). « Exemplaire » aux yeux du rapport Cohen, le festival de jazz a toutefois été épinglé l’an dernier par les magistrats de la chambre régionale des comptes.

dérives économiques et incertitudes politiques

Pierre Cohen se montre davantage intéressé par la « dynamique territoriale structurante » des festivals. Marciac constitue depuis bientôt quarante ans l’un des meilleurs exemples en la matière. L’ancien élu de Toulouse ne dit rien, en revanche, de ces festivals « hors sols » qui sont capables de passer d’une ville ou d’une région à l’autre, à la recherche de public… et de subventions. La ville offre pourtant quelques cas concrets pour illustrer le phénomène. Le rapporteur préfère s’inquiéter des « risques de dérives économiques » avec la part croissante prise dans les budgets par certains prestataires sous-traitants, notamment pour la billetterie ou la sécurité. Il s’interroge enfin sur les « incertitudes politiques des réformes territoriales ». En clair : est-ce aux communes, aux départements ou aux régions de s’impliquer dans le financement de ces « évènements » qui pèsent aussi un poids économique non négligeable ?

avis de recherche Cohen
L’ancien-maire de Toulouse ne répond pas franchement à la question. Le ministère s’en charge à sa place en soulignant qu’il finance globalement moins les festivals que les villes, mais plus que les régions. Au passage, la rue de Valois reconnaît avoir sensiblement concentré son aide sur quelques grosses machines en France : 148 festivals en 2013, contre 376 en 2002. Rédigé fin 2015, le rapport Cohen s’est poursuivi par de nombreuses tables-rondes à Paris avec des professionnels et des universitaires entre janvier et février 2016. Mais le dernier remaniement ministériel semble lui avoir porté un coup fatal. « Depuis deux mois, le rapport est à la disposition de la nouvelle Ministre Audrey Azoulay. A ce jour, je n’ai pas encore de réponse de son cabinet. Je le regrette, mais je souhaite tout de même aujourd’hui faire un retour aux acteurs qui ont accepté de participer à cette mission et qui ont contribué à cette réflexion collective » , écrit Pierre Cohen pour justifier de sa publication.

Une « renaissance » occitane pour la région ?

Nom région Samson

Le vote des habitants de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est pratiquement sans appel. Les 204.000 personnes qui ont participé à la consultation sur le futur nom de la région ont choisi « Occitanie » à près de 45%, loin devant « Languedoc-Pyrénées » (18%) ou « Pyrénées-Méditerranée » (15%). La nouvelle présidente de la région, Carole Delga (PS), a pourtant parue un peu embarrassée en présentant les résultats devant la presse, jeudi à Montpellier. Choisira-t-elle de faire voter les élus régionaux, qui doivent se prononcer le 24 juin, sur ce seul nom qui claque comme un défi  ? Ou ajoutera-t-elle une sorte de « sous-titre » à l’intention des sourds et des malentendants historiques  ?

Grande Occitanie et « petite » Catalogne

Les réactions de tous bords n’ont pas tardé à s’exprimer. Le président du conseil économique, social et environnemental régional a aussitôt fait savoir que l’Occitanie serait « une erreur ». Jean-Louis Chauzy se fait le porte-voix des milieux économiques régionaux, qui ont majoritairement préféré une appellation géographique plus neutre. Il reprend également la critique de certains régionalistes qui estiment que l’Occitanie couvre un territoire beaucoup plus vaste, des Alpes à l’Atlantique. Les catalanistes, qui avaient obtenu au forceps que le « Pays catalan » soit ajouté à la liste des cinq noms, sont eux-aussi mécontents. Avant-même la proclamation des résultats, ils annonçaient vouloir manifester samedi à Perpignan. L’appellation « Occitanie-Pays-catalan » n’a recueilli que 12% d’approbations.
A l’inverse, le collectif d’associations régionalistes qui a activement fait campagne pour l’Occitanie se réjouit ostensiblement. « Nous n’osons même pas imaginer qu’un tel résultat, massif et clair (…) ne soit pas entériné par les élus lors de l’assemblée plénière du 24 juin prochain », écrit sur Facebook le collectif qui réunit des personnalités aussi diverses que l’avocat toulousain Jean-François Laffont, l’ancien membre d’Action Directe Jean-Marc Rouillan ou le premier adjoint centriste au maire de Toulouse, Jean-Michel Lattes. De fait, si la consultation organisée sur Internet et dans la presse quotidienne régionale n’a pas la valeur d’un référendum, elle témoigne d’une majorité évidente pour un nom plus culturel que géographique. Une véritable renaissance occitane, loin des velléités d’indépendance groupusculaires des années 70.

la République en danger ?

Paradoxe politique, la nouvelle assemblée régionale ne compte qu’un seul élu ouvertement «  régionaliste  » sur 158 sièges. Patric Roux (Partit Occitan) est membre du groupe Nouveau Monde en commun  qui fédère des écologistes, des communistes et des partisans de Jean-Luc Mélenchon. Le leader maximo de la gauche opposée au PS est beaucoup plus jacobin que ses petits camarades. Gérard Onesta (EELV), ancien tête de liste de Nouveau-Monde en commun qui a fusionné avec Carole Delga, s’emploie à « déminer » la forte charge explosive du futur nom de la région. « Je ne vois pas en quoi dire « nous sommes en Occitanie » est dangereux pour la République (…) Ce n’est pas un nom qui appelle à la révolte ou la sécession » a déclaré préventivement le président du bureau des élus du conseil régional au micro de France Bleu Toulouse, en début de semaine.

Le vote des élus de la nouvelle région devra être accepté par le Conseil d’Etat avant le 1er octobre.

Jean Dieuzaide retrouvera « son » Château d’eau en 2018

Chateau d'eau

C’est l’épilogue d’un long feuilleton qui aura duré dix ans. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), annonce que la ville va « aménager » la galerie municipale du Château d’eau et ses abords pour y installer la collection de Jean Dieuzaide. Ce retour aux sources est une demi-surprise. La ville pensait initialement ouvrir ces archives au public dans l’ancien conservatoire occitan, à quelques centaines de mètres de là. Mais le bâtiment a finalement servi pour installer le nouveau centre de supervision des caméras de vidéosurveillance de la ville.
La petite tour de briques qui s’élève au bout du pont Neuf a été transformée en espace d’exposition dédié à la photographie en 1974 par Jean Dieuzaide. Mais les archives personnelles du photographe, décédé en 2003, restaient stockés à son domicile et dans l’atelier attenant, aménagé dans un pavillon d’un quartier résidentiel de la ville. Elles contiennent les centaines de milliers de photographies prises durant sa carrière ainsi que les tirages offerts par les plus grands photographes, français ou étrangers. Dès 2008, alors que la ville de Toulouse était candidate au titre de capitale européenne de la culture, M Moudenc faisait voter par le conseil municipal le principe d’un lieu entièrement dédié à la mémoire de son illustre photographe. Il est resté dans les cartons de la nouvelle municipalité socialiste.

La famille Dieuzaide consent un rabais

« Le projet est resté en jachère pour des raisons inavouables », élude Michel Dieuzaide. Le fils du photographe, qui avait brièvement succédé à son père à la tête du Château d’Eau avant d’en être écarté, ne souhaite pas polémiquer. Sa mère, Jacqueline, est plus prolixe. A 91 ans, bon pied, bon oeil, la veuve du photographe explique qu’elle ne souhaitait à aucun prix laisser les documents sur lesquelles elle veille jalousement depuis toujours entre les mains du directeur des archives municipales. François Bordes a finalement été nommé à Paris par le ministère de la Culture en mars dernier. Les négatifs de Jean Dieuzaide pourront donc rejoindre l’ancienne usine de pompage de Périole qui abrite les archives de la ville, alors que les tirages seront exposés au Château d’eau.
Les livres de la bibliothèque du photographe devraient également rejoindre le petit centre de documentation inauguré sous une arche du pont Neuf par Jean Dieuzaide lui-même. L’extension annoncée devrait concerner les deux arches voisines, selon les explications sommaires de Francis Grass. L’adjoint à la Culture n’a livré aucun chiffre sur le projet, se contentant d’évoquer une ouverture « à l’horizon 2018 ». La famille Dieuzaide a consenti un rabais à la municipalité Moudenc. Alors qu’elle réclamait 600.000 euros, soit 10% du prix de la collection estimée à plus de 6 millions d’euros par des experts, l’accord notarié qui sera soumis au prochain conseil municipal ne porte plus que sur la somme de 450.000 euros.

Ali Bernard et les 40 voleuses… dans les plumes

Malika vs Fatiha

Quel « souk » dans la « ville rose » ! Alors que les manifestant(e)s bariolé(e)s de la Gay Pride croisaient dans les rues de Toulouse les supporters de rugby aux couleurs de Bayonne et d’Aurillac, la place Arnaud Bernard a vécu sa propre mêlée. Une quarantaine de femmes se sont volées dans les plumes autour des questions de racisme et de laïcité.

Sur l’esplanade vide et bétonné, coincée entre les boulevards et la basilique Saint-Sernin, quelques femmes du quartier et des militantes féministes ont disposé tables, chaises, barnum et petits plats. La place, qui a vu naître les premiers repas de quartiers dans les années 90, est « confisquée » par les hommes, regrettent-elles aujourd’hui.

place des femmes à Arnaud Bernard

Ces femmes, relayées par le comité de quartier, se plaignent d’être régulièrement importunées par les jeunes gens d’origine maghrébine qui vendent des cigarettes à la sauvette dans le quartier.  » Nous n’avons pas à élaborer des stratégies de contournement pour nous promener, faire nos achats ou rentrer chez nous « , proclament les organisatrices dans leur manifeste publié sur Facebook. Elles ont convié pour l’occasion des artistes, des militantes ou des universitaires pour une « occupation festive, conviviale, politique, artistique, ludique ». Mais d’autres participant(e)s se sont invité(e)s de leur propre chef.

guerre des drapeaux

L’initiative de Nancy Diouf, fondatrice de l’association « les femmes d’AB », a fortement fait réagir d’autres militantes.  » Vous stigmatisez le quartier « , dénonce un collectif emmené par le Parti des Indigènes, en faisant irruption bruyamment dans la manifestation. Attirés par toute cette agitation, quelques jeune gens en survêtements, qui ignoraient superbement la réunion jusqu’alors, commencent à pointer le bout de leurs baskets. « J’appelle les flics », demande Nancy ?

Drapeau tricolore contre drapeau algérien

 » Pour se sentir mal à l’aise ici, il faut avoir un problème « , fait mine de s’étonner Malika. La jeune femme, coiffure afro et T-shirt rouge, accuse les organisatrices de « racisme ». Le ton monte, les esprits s’échauffent : « collabos », « fachos », « retourne chez les talibans », etc.

La police, qui peut suivre les événements à distance grâce aux caméras de surveillance récemment installées dans le quartier, n’aura finalement pas à intervenir. Les deux camps en présence se filment mutuellement et tentent d’échanger des arguments, après les insultes.

Malika vs Fatiha

Le débat porte notamment sur une phrase du manifeste des « Femmes d’AB » proclamant « la primauté du droit français sur les normes, les traditions, les coutumes, les usages « . Il dérive rapidement sur la couleur des drapeaux brandis de part et d’autre.
« Je ne suis pas Benzema » rétorque Fatiha à Malika. Encartée au MRC, le parti fondé par Jean-Pierre Chevènement en quittant le PS, Fatiha Boudjahlat arbore ostensiblement un morceau du ruban tricolore coupé symboliquement lors de « l’inauguration » de la place à midi. Elle demande à ses opposantes pourquoi elles sont venues en brandissant un drapeau algérien.

danseuses et tambours

Confronté à la confusion bruyante qui a envahi la place, le musicien venu égayer l’après-midi préfère débrancher son instrument. Les deux micros de la sono sont âprement disputés. Alors qu’un tour de paroles commence à s’organiser, façon #NuitDebout improvisée en plein milieu de l’après-midi, les danseuses et musiciennes prévues au programme imposent leurs rythmes au son des tambours. Les deux camps se séparent, provisoirement.

reprise du débat

Les débats, apaisés mais toujours sans concessions, reprendront à l’heure de l’apéritif. Ils couvaient depuis une semaine dans le quartier, et sur les réseaux sociaux. Les unes dénoncent la « ghettoïsation » du quartier, rebaptisé « Ali Bernard ». Les autres redoutent au contraire sa « gentrification », avec la volonté affichée de la ville de contenir la prolifération des « commerces ethniques ».
Deux cafés-salons de thé orientaux de la place ont prêté des tables pour l’occasion. Mais leur clientèle, majoritairement masculine, s’est contentée d’observer la scène de loin. « C’est mauvais de vous diviser comme ça, c’est regrettant », se contentera de venir dire au micro un homme, en s’excusant pour son « mauvais français ».

Sur les rails

TRAM Metro 1

Et si on prolongeait le métro de Toulouse jusqu’à… Montpellier  ? Jadis, Georges Frêche rêvait de s’offrir le premier métro automatique développé par Matra. En 1983, le bulletin municipal de Montpellier annonce triomphalement que le quartier de La Paillade sera relié au centre-ville dès 1987, et la mer en 1989. Moralité  : les promesses n’engagent que ceux qui les croient. C’est finalement Dominique Baudis qui se fera élire cette année-là à Toulouse avec son projet de métro contre les socialistes, qui préféraient le tramway. La première ligne de métro ne sera inaugurée que dix ans plus tard, en 1993.
Aujourd’hui, l’agglomération de Montpelllier dispose de quatre lignes de tram qui couvrent 63 kms alors que la ville de Toulouse n’est traversée que par deux lignes de métro (28 kms) qui peinent à franchir le périphérique. Moralité  : le tramway est bien plus «métropolitain» que le métro. Ce n’est pas Alain Juppé, qui vient d’annoncer l’extension du tram de Bordeaux jusqu’à l’aéroport de Mérignac pour 2019, qui dira le contraire. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), entend cependant faire mentir la vision d’un métro strictement municipal. Il s’est fait élire en 2014 en proposant une troisième ligne de métro qui relierait les usines Airbus de Colomiers à Labège pour moins de 2 milliards d’euros.

Qui paie décide. A Toulouse, c’est Airbus

Annoncé pour 2024, le projet baptisé Toulouse Aerospace Express n’existe que sur le papier. Il n’est pas financé à ce jour et n’a pas encore de terminus bien définis. Sera-t-il prolongé au-delà de la zone industrielle du Palays, où Airbus assemble des satellites ? Le secteur est plus connu pour son péage autoroutier et ses bouchons quotidiens. Les élus et les chefs d’entreprises du Sicoval, qui ont développé autour de Labège une «  Innopole  » qui pèse 20.000 emplois, accusent le maire de Toulouse d’avoir «  détourné  » le projet initial de prolongement de la ligne B du métro, arraché de haute lutte en 2012 au profit d’une ligne nouvelle, plus chère. Intraitable, Jean-Luc Moudenc, soutenu pas les maires de Colomiers (PS) et Blagnac (PRG), donne la priorité à la résorption des bouchons qui débordent aussi sur les rocades de l’ouest, à l’entrée des usines et des bureaux d’Airbus. Circonstance aggravante  : Labège et la communauté d’agglomération du Sicoval n’appartiennent pas à Toulouse-Métropole. Moralité  : qui paie décide. A Toulouse, c’est Airbus. Le groupe verse chaque année 27 millions de versement transport au syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération.

la solution du train et la question des TGV
Au-delà de la guerre de tranchée qui a repris entre le Capitole et le PS sur la question du prolongement de la ligne B, il existe pourtant une solution simple à mettre en œuvre pour relier Labège au centre de Toulouse rapidement et à moindre coût  : le rail. Une association d’usagers a récemment lancé une pétition pour réclamer davantage de trains le matin entre les deux gares. A seulement dix minutes de la gare Matabiau, la petite gare de Labège est la première halte sur la ligne Toulouse-Narbonne. Mais la plupart des trains qui circulent sur la ligne ne s’y arrêtent pas. Carole Delga, qui a lancé les Etats Généraux du rail en avril dans la banlieue de Montpellier, ne semble pas disposée à croiser le fer avec Jean-Luc Moudenc dans l’agglomération toulousaine. La nouvelle présidente socialiste de la région sait qu’elle doit trouver au bas mot 13 milliards d’euros pour les deux nouvelles lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, annoncées depuis des décennies mais toujours pas réalisées. Le calendrier et le financement des TGV de la région ne sont pas davantage assurés que le futur métro de sa capitale.
Moralité  : prenez le bus  ! Depuis le 21 avril, une compagnie allemande d’autocars low-cost propose des trajets à 9 euros entre Toulouse et Montpellier.

chronique pour la nouvelle revue Politic Région