De la « cagnotte » de la ville de Toulouse à celle de l’aéroport de Blagnac

Moudenc Capitole

On achève bien les conseillers municipaux. A 23 h, le maire (LR) de Toulouse conserve un brin d’humour. « Quand il s’agit de l’intérêt de #Toulouse, nous n’avons pas peur de passer la #NuitDebout » écrit Jean-Luc Moudenc sur Twitter. Après dix heures de débats quasiment non-stop, les élus municipaux sont en passe d’achever l’examen des 187 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Il ne reste plus que six vœux à discuter. Il est presque minuit quand la majorité et l’opposition s’écharpe une dernière fois sur les 20 millions d’euros que le nouvel actionnaire chinois voulait prélever aujourd’hui dans les caisses de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

« Un hold-up », s’emporte Pierre Cohen, ancien maire (PS) de la ville. A droite, on se contente de considérer cette distribution de dividendes comme « inopportune ». Mais pas illégale. Jean-Luc Moudenc explique que la minorité de blocage négociée par les collectivités au sein du « pacte d’actionnaires » n’a aucune valeur juridique. Le maire de Toulouse entendait l’inscrire ce mardi dans les statuts de la société de gestion de l’aéroport. Il ne veut pas s’opposer pas au versement des dividendes, mais pose un « préalable » : le lancement « effectif » des investissements annoncés par les Chinois à Blagnac.  « Un coup de canif au bloc territorial », dénonce Isabelle Hardy, qui présentait le voeu au nom des élus PS. « Vous ne savez pas comment financer votre troisième ligne de métro et vous êtes prêts à accepter l’argent d’où qu’il vienne », accuse Régis Godec (EELV).

d’une « cagnotte » à l’autre

Cette ultime flambée politique nocturne autour de la « cagnotte » de l’aéroport arrive après les vives passes d’armes autour de celle de la municipalité. Les élus de l’opposition comptaient bien profiter de l’examen du compte administratif 2015 pour démontrer que les augmentations d’impôts (+15%) et de tarifs municipaux décidées par Jean-Luc Moudenc ont été excessives. Selon les calculs de Joël Carreiras (PS), ex-grand argentier de Pierre Cohen, le niveau d’épargne brute de la ville a augmentée de 155% et l’épargne nette atteint 68 millions d’euros. « Il n’y a pas de cagnotte, nous avons juste réussi à combler le tonneau des Danaïdes des frais de fonctionnement de l’ancienne équipe », lui répond François Chollet, président du groupe majoritaire.
Cette bataille de chiffres fut noyée dans le marathon des mots. Est-il bien raisonnable d’évoquer une question aussi importante que celle la position de la ville au conseil d’administration de l’aéroport à minuit ? Une nouvelle fois, l’opposition a réclamé davantage de conseils municipaux pour alléger l’ordre du jour. Sous la mandature de Pierre Cohen, les élus se réunissaient tous les mois, ou presque. Jean-Luc Moudenc s’en tient au strict minimum, soit trois à quatre séances par an seulement. Le personnel municipal est-il fatigué de faire des heures supplémentaires ? A 00h10, la retransmission vidéo en direct a été brutalement coupée. La prochaine fois, le maire de Toulouse devra-t-il prévoir d’ouvrir un compte #periscope ?

trop de « chinoiseries » ?

Epilogue (provisoire) de cette folle soirée au Capitole : à 8h45 mardi matin, l’aéroport de Toulouse-Blagnac fait savoir que le conseil d’administration est reporté.  » Constatant que des considérations extérieures à l’entreprise pourraient interférer avec les débats, Casil Europe a demandé le report de l’assemblée générale, les conditions ne lui semblant pas réunies pour tenir cette réunion dans un climat serein « , stipule le communiqué.

Idrac

« Il n’y a pas de cagnotte à l’aéroport », affirme à son tour Anne-Marie Idrac, présidente du conseil de surveillance. L’ex-ministre des Transports d’Alain Juppé se dit choquée par les mots employés par les opposants à la vraie-fausse privatisation de l’aéroport. Elle met en garde contre la future concurrence des aéroports de Lyon et Nice, qui seront prochainement vendus à des investisseurs privés. Anne-Marie Idrac relativise les sommes en jeu à Toulouse-Blagnac. Le « prélèvement » de moins de 20 millions sur les 67 millions de « réserves » qui était à l’ordre du jour aurait rapporté 9 millions aux nouveaux co–propriétaires chinois de l’aéroport. « Cela fait beaucoup de salive pour 9 millions », estime-t-elle. Mme Idrac précise que la décision de reporter le conseil d’administration a été prise avant la fin du conseil municipal de Toulouse.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s