#leNomdeMaRegion est-il le votre ?

Tous Occitans

Les lycéens de la région sont davantage écoutés que Dominique Reynié. Prof à Sciences-Po Paris, l’ancien chef de file de la droite et du centre aux dernières élections a été déchu de son mandat de conseiller régional par le Conseil d’Etat le 26 mai dernier. Quelques jours plus tôt, Carole Delga lançait la consultation sur le futur nom de la région. Originalité de ce vrai-faux référendum : les jeunes pouvaient y participer dès l’âge de 15 ans, tout comme les étrangers résidents dans la région et les « expatriés » de la diaspora régionale. Au total, 204.000 personnes ont pu exprimer leur avis, en classant les cinq propositions retenues par ordre de préférence décroissant. Dominique Reynié, lui, a préféré s’abstenir. Dommage.

« Je veux que l’occitan devienne langue officielle de la région. Comme le catalan », n’avait pas hésité à déclarer le candidat du parti de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale. A en juger par la bronca de ses anciens colistiers à l’annonce des résultats propulsant l’Occitanie en tête des suffrages, on comprend mieux que la plainte qui visait l’inéligibilité de Dominique Reynié émanait de son propre camp. L’opposition n’a certes pas tort de souligner la relative faiblesse de la participation à la consultation, puisque ses promoteurs les plus optimistes en attendaient deux fois plus. Mais elle s’aventure sur le terrain glissant du populisme que son ancien chef de file a toujours dénoncé en ramenant ce chiffre au coût annoncé de l’opération (500.000 euros).

Après s’être auto-décapitée, la droite se condamne à bégayer les critiques du Front National. En oubliant au passage que les 204.000 personnes qui ont pris la peine de donner leur avis sur le nom de la région pèsent tout de même deux fois plus que les électeurs de la liste du maire (DVG) de Montpellier et du sénateur-maire (LR) de Castelnau-le-Lez, son surprenant allié. Personne n’a ironisé à l’époque sur le score régional de Philippe Saurel, et encore moins sur son hypothétique « coût » pour la démocratie. En vérité, ce sont près de 217.000 avis qui ont été transmis par internet ou voie postale. Même après l’invalidation de 13.000 « votes » jugés non conformes au règlement, les suffrages exprimés ont représenté 10% des électeurs qui se sont rendus aux urnes en décembre pour élire les conseillers régionaux. L’Occitanie a gagné le droit de se maintenir au deuxième tour.

vrais-faux électeurs à 15 ans

Les esprits chagrins qui redoutaient une consultation faussée par un éventuel « lobbying » des catalans de Barcelone seront sans doute rassurés d’apprendre que seulement 700 avis ont été postés en dehors des « frontières » régionales. Même la « diaspora aveyronnaise », réputée plus nombreuse à Paris que dans son département d’origine, ne s’est guère mobilisée. Cela mettra peut-être un peu de baume au cœur de Dominique Reynié, renvoyé dans son foyer de Villejuif par les magistrats en dépit de son inscription sur les listes électorales d’Onet-le-Château. On peut donc être électeur sans pouvoir être élu localement, faute de payer des impôts sur place.

A l’inverse de cette logique qui fleure bon le scrutin censitaire de la Monarchie de Juillet (1815-1848), la consultation pour le nom de la région était ouverte aux mineurs. Une première audacieuse. Elle ouvre des perspectives sur des consultations plus larges que des scrutins en mal de participations « citoyennes ». Environ 13.000 lycéens de 54 établissements publics ou privés, les apprentis de 18 CFA et 532 jeunes inscrits dans les « écoles de la deuxième chance » y ont participé, selon la région. Non pas pour « gonfler les chiffres » de la participation, mais à des fins éducatives. Chaque classe n’a en effet émis qu’un seul avis, au terme d’un débat organisé par leurs enseignants et d’un vote en interne. Au final, ces jeunes « vrais-faux électeurs » ont globalement voté comme leurs aînés, avec une préférence marquée pour « Occitanie ». Reste à savoir ce qu’en dira le Conseil d’Etat…

dessin : Piérick Degomme
Publicités

Le front anti-ours se lézarde dans les Pyrénées

 

Lacube

Ségolène Royal décidera-t-elle de relâcher une ou deux femelles pour sauver les derniers ours dans le Béarn ? Alors que les éleveurs opposés aux plantigrades manifestaient une nouvelle fois à Toulouse pendant que les écologistes, épaulés par les scientifiques du Muséum d’Histoire Naturelle, plaidaient dans les salons de la préfecture pour l’arrivée d’au moins six nouveaux animaux sur toute la chaîne franco-espagnole, cette proposition médiane a fait bouger les lignes.
André Berdou, ancien maire (PS) de Laruns (Pyrénées Atlantiques), s’est exprimé en faveur d’un « renforcement » a minima dans ses vallées béarnaises, hantées par seulement deux mâles. « J’étais contre une introduction mal préparée comme en 2006. Introduire un ou deux ours à l’ouest et aucun dans les Pyrénées centrales, sans contrainte supplémentaire, c’est acceptable et sauve le noyau occidental », a expliqué l’ex-président du parc national des Pyrénées. Le revirement de l’élu de la vallée d’Ossau a été applaudi à l’intérieur, mais conspué sur le parvis de la préfecture où les opposants se souviennent qu’André Berdou manifestait jadis à leur coté. « Les collègues basques et béarnais vont sentir le vent du boulet », réagit au micro Philippe Lacube, éleveur de bovins en Ariège, devant la centaine de manifestants clamant bruyamment leur désapprobation dans un concert de sonnailles.
La position d’André Berdou, élu au conseil départemental des Pyrénées Atlantiques, est partagée par le conseil régional de la Nouvelle Aquitaine. Elle était défendue par un éleveur basque. « J’ai voulu aller au-delà des clichés et des postures », explique Andde Sainte-Marie. « La présence de l’ours en haut-Béarn a été et est un atout pour le maintien des bergers en montagne », a tenu à souligner le nouvel élu régional dans son discours. Il affirme disposer de l’assentiment de cinq maires de la vallée d’Aspe et de 15 bergers transhumants sur les 28 répertoriés dans la zone à ours des Pyrénées Atlantiques.

Naudy
« Beaucoup se sont engouffrés dans la brèche » relate, dépité, Alain Naudy, maire (PS) de la petite commune d’Orlu et du grand canton de la Haute-Ariège. Les élus socialistes du département apparaissent politiquement isolés de leurs camarades des deux grandes régions. « Plus on est loin, plus on est pour l’ours », lâche Alain Naudy à ses troupes pour tenter de les requinquer. Visiblement, le coup est rude pour les opposants. « On a sauvé les meubles » résume Philippe Lacube, le porte-parole historique des anti-ours ariégeois.

un match nul considéré comme une victoire

Trois scénarios étaient proposés au vote des élus du comité de massif. Les opposants à tout « renforcement » ont obtenu 15 voix, à égalité avec les partisans de la réintroduction d’une ou deux femelles en Béarn. Les quatre partisans les plus farouches de l’ours, qui avaient obtenu le droit de ne pas choisir un seul scénario, ont validé ce compromis tout en continuant à préconiser un renforcement « maximum ». Ils considèrent le match nul obtenu comme une quasi-victoire. « Lors du vote précédent, on était à seulement 8 contre 15 », fait valoir Marc Maillet, représentant des associations environnementales. Les opposants à l’ours dénoncent « l’ambiguïté » de ce scrutin qui a permis à leurs ennemis jurés de voter deux fois.
L’avis du comité de massif n’étant que consultatif, il revient désormais à la ministre de l’Ecologie de décider. Ségolène Royal a toujours dit qu’elle ne voulait pas choisir les ours contre les éleveurs. « Lâcher une ou deux ourses n’auraient rien de révolutionnaire. Ce serait juste revenir à la situation qui prévalait en Béarn avant le décès des deux dernières femelles », fait valoir Andde Sainte-Marie, lui-même éleveur transhumant de moutons.