Le front anti-ours se lézarde dans les Pyrénées

 

Lacube

Ségolène Royal décidera-t-elle de relâcher une ou deux femelles pour sauver les derniers ours dans le Béarn ? Alors que les éleveurs opposés aux plantigrades manifestaient une nouvelle fois à Toulouse pendant que les écologistes, épaulés par les scientifiques du Muséum d’Histoire Naturelle, plaidaient dans les salons de la préfecture pour l’arrivée d’au moins six nouveaux animaux sur toute la chaîne franco-espagnole, cette proposition médiane a fait bouger les lignes.
André Berdou, ancien maire (PS) de Laruns (Pyrénées Atlantiques), s’est exprimé en faveur d’un « renforcement » a minima dans ses vallées béarnaises, hantées par seulement deux mâles. « J’étais contre une introduction mal préparée comme en 2006. Introduire un ou deux ours à l’ouest et aucun dans les Pyrénées centrales, sans contrainte supplémentaire, c’est acceptable et sauve le noyau occidental », a expliqué l’ex-président du parc national des Pyrénées. Le revirement de l’élu de la vallée d’Ossau a été applaudi à l’intérieur, mais conspué sur le parvis de la préfecture où les opposants se souviennent qu’André Berdou manifestait jadis à leur coté. « Les collègues basques et béarnais vont sentir le vent du boulet », réagit au micro Philippe Lacube, éleveur de bovins en Ariège, devant la centaine de manifestants clamant bruyamment leur désapprobation dans un concert de sonnailles.
La position d’André Berdou, élu au conseil départemental des Pyrénées Atlantiques, est partagée par le conseil régional de la Nouvelle Aquitaine. Elle était défendue par un éleveur basque. « J’ai voulu aller au-delà des clichés et des postures », explique Andde Sainte-Marie. « La présence de l’ours en haut-Béarn a été et est un atout pour le maintien des bergers en montagne », a tenu à souligner le nouvel élu régional dans son discours. Il affirme disposer de l’assentiment de cinq maires de la vallée d’Aspe et de 15 bergers transhumants sur les 28 répertoriés dans la zone à ours des Pyrénées Atlantiques.

Naudy
« Beaucoup se sont engouffrés dans la brèche » relate, dépité, Alain Naudy, maire (PS) de la petite commune d’Orlu et du grand canton de la Haute-Ariège. Les élus socialistes du département apparaissent politiquement isolés de leurs camarades des deux grandes régions. « Plus on est loin, plus on est pour l’ours », lâche Alain Naudy à ses troupes pour tenter de les requinquer. Visiblement, le coup est rude pour les opposants. « On a sauvé les meubles » résume Philippe Lacube, le porte-parole historique des anti-ours ariégeois.

un match nul considéré comme une victoire

Trois scénarios étaient proposés au vote des élus du comité de massif. Les opposants à tout « renforcement » ont obtenu 15 voix, à égalité avec les partisans de la réintroduction d’une ou deux femelles en Béarn. Les quatre partisans les plus farouches de l’ours, qui avaient obtenu le droit de ne pas choisir un seul scénario, ont validé ce compromis tout en continuant à préconiser un renforcement « maximum ». Ils considèrent le match nul obtenu comme une quasi-victoire. « Lors du vote précédent, on était à seulement 8 contre 15 », fait valoir Marc Maillet, représentant des associations environnementales. Les opposants à l’ours dénoncent « l’ambiguïté » de ce scrutin qui a permis à leurs ennemis jurés de voter deux fois.
L’avis du comité de massif n’étant que consultatif, il revient désormais à la ministre de l’Ecologie de décider. Ségolène Royal a toujours dit qu’elle ne voulait pas choisir les ours contre les éleveurs. « Lâcher une ou deux ourses n’auraient rien de révolutionnaire. Ce serait juste revenir à la situation qui prévalait en Béarn avant le décès des deux dernières femelles », fait valoir Andde Sainte-Marie, lui-même éleveur transhumant de moutons.

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