Moudenc enterre Baudis et Cohen sous son métro

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A la manière du Petit Poucet, le maire (LR) de Toulouse a déposé symboliquement les deux premières “Pierre” de sa troisième ligne de métro, hier soir à la télévision. Invité de l’édition locale du JT de France 3 Midi-Pyrénées, Jean-Luc Moudenc a enterré en direct deux mesures emblématiques de la politique des transports de ses prédécesseurs au Capitole.

Il a d’abord annoncé la fin de la gratuité pour les personnes âgées au 1er janvier 2017. Cette mesure était en application à Toulouse depuis 1972. Elle avait été prise par Pierre Baudis (DVD). Le cadeau du maire centriste de l’époque avait permis aux Baudis, père et fils, de se tailler une estime jamais démentie dans les clubs de 3ème age. Les bus gratuits de l’ex-Semvat, étendus au métro dans les années 90, avaient permis à la dynastie centriste d’asseoir son pouvoir local, dans une ville “rose” qui vote pourtant régulièrement à gauche aux élections nationales. La gratuité, ça peut payer (électoralement) !

Le renoncement de M Moudenc à cet héritage risque toutefois de passer inaperçu. Le maire de la ville a également annoncé son intention de faire payer davantage les étudiants. La gauche locale, les syndicats et le quotidien régional sont vent debout contre le détricotage de cette mesure, octroyée par Pierre Cohen (PS) qui avait battu Jean-Luc Moudenc en 2008. Le maire socialiste, qui avait un moment envisagé la gratuité du métro et du tram sous la pression de ses partenaires les plus à gauche, avait finalement choisi le tarif le plus réduit possible : 10 euros par mois pour des transports “en illimité” jusqu’à 25 ans. Plus fort que Free ou SFR ! Les réseaux sociaux sont déjà mobilisés à gauche pour défendre cet “acquis social” local.

Déjà accusé par son opposition d’avoir augmenté inconsidérément les impôts et supprimer la gratuité dans les cantines scolaires, le maire de Toulouse s’est rendu illico à la télévision pour tenter de désamorcer la grogne qui monte. Faute de pouvoir annoncer les nouveaux tarifs, qui doivent être fixés dans quelques jours lors d’une réunion du syndicat des transports en commun (Tisséo) qui s’annonce agitée, il avait préparé une série de punchlines aussi percutantes que possible. “ Je peux déjà vous dire que le tarif transport pour les étudiants restera le moins cher de France”, a promis Jean-Luc Moudenc, aussitôt relayé sur Twitter par son staff de communicants.

Droit dans ses bottes, le maire de Toulouse a tenté d’expliquer qu’il était contraint et forcé d’augmenter les tarifs. S’il renonce à la gratuité, c’est pour ainsi dire “à l’insu de son plein gré”. Jean-Luc Moudenc affirme que ce sont “les magistrats” de la Cour des Comptes qui l’auraient condamné à revoir les tarifs à la hausse. Une assertion pour le moins baroque. S’il est vrai que la Cour et les chambres régionales des comptes plaident régulièrement, à Toulouse comme ailleurs, pour une orthodoxie financière et la maîtrise des déficits publics – dans les transports comme ailleurs – leurs avis ne sont en aucun cas des “jugements” qui ont force de loi. Aucun juge ni comptable ne peut décider du budget d’une collectivité, sauf en cas de “dépôt de bilan”. Une procédure rare. Si Toulouse devait en être réduite à une telle extrémité, la plupart des villes, départements et régions françaises seraient depuis longtemps en faillite !

Le maire de Toulouse, qui préside également les 37 communes de Toulouse-Métropole, a en revanche “oublié” d’évoquer la dette de Tisséo à la télévision. La véritable raison de la révision des tarifs dans les transports de l’agglomération est pourtant bien à chercher dans le nouvel emprunt que le syndicat devra contracter pour financer la troisième ligne de métro que Jean-Luc Moudenc a promis de creuser d’ici 2024. Un investissement de près de 2 milliards d’euros, dont le financement doit encore être “bétonné”. Or le syndicat Tisséo débourse chaque année davantage pour rembourser les annuités de la dette contractée lors de la construction de la ligne B du métro qu’il n’encaisse de recettes des voyageurs, selon le rapport de la Cour des Comptes de 2012. Les magistrats financiers soulignaient au passage qu’un utilisateur sur trois du métro et du bus circulaient sans payer à Toulouse. Non pas à cause de la fraude, mais grâce aux politiques tarifaires des élus, maires de la ville ou président du département (pour les chômeurs).

C’est trop aux yeux des banquiers. Ils renâcleront fortement à prêter l’argent nécessaire à la nouvelle ligne tant que le “taux de couverture” des recettes, comme on dit dans les documents comptables qui passent si mal à la télé, ne sera pas améliorée. Bref, si vous voulez rouler en métro demain entre Labège et Colomiers, il faudrait davantage payer le bus dès maintenant. La punchline vous plait ?

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