Le chant du cygne des partisans

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Alors que tous les partis se mettent en formation pour l’élection présidentielle, mère de toutes les batailles politiques de ce pays, un institut de sondages a joué les oiseaux de mauvaises augures cet été. Les primaires s’annoncent acharnées, au PS comme chez Les Républicains et même parmi les derniers écologistes d’EELV. Cette étude d’opinions publiée en pleine canicule aoûtienne est venue jeter un froid chez les militants les plus enflammés. Selon les chiffres compilés par l’institut Elabe, 31% des personnes interrogées pour différents sondages se déclaraient « sans préférence partisane » au deuxième trimestre. Soit davantage que celles qui se disaient proches du parti de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé (16%) ou de François Hollande et Arnaud Montebourg (14%). En clair, le premier parti de France est celui des « sans partis ».

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Il ne faut pas confondre ces orphelins politiques avec les abstentionnistes. Certes, le « parti des pêcheurs à la ligne » progresse inexorablement, de scrutins en scrutins. Le principe même d’une campagne électorale consiste à partir « à la pêche » aux électeurs indécis qui feront la différence dans les urnes, au-delà des bataillons de militants mobilisés pour les convaincre. L’adoption du système des primaires par les principaux partis de gouvernement a définitivement entériné cette vision somme toute très bolchévique d’une « avant-garde » plus ou moins éclairée, ouvrant la possibilité à des « compagnons de route » plus nombreux de désigner le général qui conduira la bataille. La difficulté des partis à attirer des sympathisants, même provisoires, devient un supplice pour les instituts de sondage, habitués à classer ses panels selon un axe droite/gauche. Quand le citoyen fait la grève du vote, le sondé refuse d’être catalogué.

Béziers rive droite, Montpellier rive gauche

Sommé de voter avant l’heure par les instituts de sondage, les indécis ont toujours la capacité de se déclarer « sans opinion ». Mais les sondeurs, comme les partis, veulent savoir si ces refuzniks du marketing politique sont plutôt de droite, ou plutôt de gauche. Comment mesurer les défections si les silencieux demeurent obstinément muets ? Dans une première étude publiée en mai 2016 sur les chiffres du premier trimestre, l’institut Elabe diagnostiquait « un état de décomposition avancée » des deux principaux partis, de droite et de gauche. L’analyste de l’institut rappelle que le PS et l’UMP totalisaient 54% des préférences partisanes avant l’élection présidentielle de 2008, selon une étude du CEVIPOF. Ces chiffres n’étonnent pas le maire (DVG) de Montpellier. « Les partis politiques connaissent une crise de confiance inégalée », assène Philippe Saurel, qui a quitté avec fracas le PS. Il a rêvé, en vain, d’importer dans la région un mouvement du type Podemos.

Le grand gagnant de cette défiance généralisée envers les partis politiques traditionnels semble être le FN. En mai 2016, 15% des personnes interrogées se déclaraient « proches » du parti de Marine Le Pen. Le FN dépassait même LR et le PS chez les jeunes de 25 à 34 ans (19%) ou chez les ouvriers (29%). Pour autant, le parti frontiste subit lui aussi une érosion de ses sympathisants déclarés au deuxième trimestre (-1,4%), selon Elabe. Au plan local, aucune étude ne permet de savoir si un Louis Aliot « pur sucre » à Perpignan pâtit davantage de la situation qu’un Robert Ménard, semant le trouble en invitant « la droite hors les murs » au mois de mai dernier. Le « Podemos de droite » annoncé par le maire (RBM) de Béziers a fait flop. Une « erreur politique majeure et historique » a sévèrement jugé Marion Maréchal Le Pen, en claquant la porte de l’improbable « Front de droite » que l’ex-journaliste trotskyste, ancien fondateur de Reporters sans Frontières, voulait créer à la droite de la droite, à la manière de Jean-Luc Mélenchon à gauche.

La défiance envers les partis politiques nourrira à n’en point douter d’autres initiatives de ce type, sur la rive droite de l’Orb, la rive gauche du Lez ; et bien au-delà de l’Hérault.

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