Le Foll : un socialiste (ne) devrait (pas) dire ça

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«  Je vous ai amené le temps breton ». Un gros orage vient de s’abattre sur Toulouse quand la haute stature de Stéphane Le Foll fait son apparition à la fédération du parti socialiste de la Haute-Garonne. Le ministre de l’Agriculture, qui a passé la journée avec la présidente de région Carole Delga, termine sa visite par une séquence de re-mobilisation militante. Un peu moins de 200 personnes ont fait le déplacement pour échanger avec le plus fidèle des « hollandais » du PS et du gouvernement. « Il ferait mieux de s’occuper de la détresse de nos agriculteurs plutôt que de venir, aux frais du contribuable, pour faire campagne pour le parti socialiste », a réagit aussi sec France Jamet, présidente des élus FN de la région Occitanie.

Stéphane Le Foll n’en a cure. L’extrême-droite, c’est son épouvantail préféré. Comme Carole Delga, autre soutien indéfectible au couple Hollande-Valls à qui elle doit tant, il compte bien jouer sur la crainte de voir le FN remporter le prochain scrutin pour l’emporter sur le fil. Sauf que l’Occitanie de Delga n’est ni la France de Hollande, ni même la Haute-Garonne de Vincini. Le jeune premier secrétaire n’ignore pas que sa fédération départementale, passée sous la barre des 4.000 adhérents, penche plus à gauche et préfère Martine Aubry ou Arnaud Montebourg au président de la République et son premier ministre. En clair, Le Foll ne débarquait pas en terrain conquis dans la ville rose.

Le Foll snobé par le journal de Baylet

A l’exception de Kader Arif, autre hollandais « historique » et ancien patron de la fédération, aucun ténor socialiste du département n’a fait le déplacement, rue Lejeune. Georges Méric, le patron du département qui s’est publiquement démarqué de Hollande, comme Pierre Cohen, qui vient d’ajouter la privatisation de l’aéroport à la liste déjà lourde (déchéance de la nationalité, loi El-Khomry) des « fautes politiques » de l’Elysée (et Matignon), sont restés à la maison. Même le quotidien régional a « snobé » Le Foll au PS. Après avoir vainement attendu pendant 30 minutes un rédacteur du quotidien de Jean-Michel Baylet, Sébastien Vincini a dû se résoudre à lancer une conférence pour… un seul journaliste. Heureusement que la télévision régionale, plus attentionnée, avait dépêché une caméra et un car-régie pour une interview en direct au JT du soir !

« On a besoin de s’expliquer, on a trop tendance à penser que les débats sont entre-nous », plaide Stéphane Le Foll, visiblement fatigué des critiques et des piques internes au PS. Pour autant, la réunion avec les militants restera fermée à la presse. Avant de « laver le linge-sale en famille », l’ex-porte-flingue de François Hollande a défendu vaillamment la loi Travail et tenté de refaire l’unité en dénonçant les attaques contre les locaux du parti ou des permanences parlementaires. Il en appelle à « la gauche qui assume les responsabilités », mais refuse de dire s’il soutiendra Manuel Valls en cas de défection de François Hollande. « Je suis loyal, le président dira en décembre s’il sera candidat, je ne veux pas ajouter à la cacophonie ».

« DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue »

A guichets fermés, Stéphane le Foll a bien entendu été questionné par les militants sur les effets ravageurs du dernier livre d’entretien de François Hollande avec des journalistes. « DSK avait des problèmes avec sa queue, Hollande a des problèmes avec sa langue », résume crûment un participant. L’ancien bras droit de l’actuel président lorsqu’ils étaient rue de Solférino résume en substance le bréviaire du parfait militant à l’usage de tous les élus qui critiquent le président : un socialiste ne devrait pas dire ça.

A l’abri de la pluie, des piles du nouveau tract du PS attendent d’être distribués par les militants. En quatre pages présentées sous la couverture d’un hebdo à sensations, ces « révélations sur le quinquennat Hollande » s’efforcent d’argumenter le vrai du faux en distinguant la droite et la gauche, synonyme de « progrès ». Voila ce qu’il faut dire !

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Pierre Cohen attend Christiane Taubira

 

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L’ancien maire (PS) de Toulouse a passé une mauvaise journée, vendredi au Capitole. « Je vis la double peine de la fin d’un cycle », confesse Pierre Cohen. Il redoute de voir le parti socialiste se déliter après la perte de l’Elysée, comme après sa défaite à la mairie de Toulouse en 2015. Alors que son successeur ne l’a guère épargné durant la nouvelle séance-marathon (9h30, 0h10) des débats municipaux, lui repense au congrès d’Epinay et à François Mitterrand, « quel que soit le jugement qu’on pouvait avoir sur l’homme ».

un homme seul ?

Jean-Luc Moudenc (LR) ne s’est pas privé de s’appuyer sur le vote unanime des élus de l’agglomération réunis durant la semaine adoptant la nouvelle grille tarifaire des transports en commun pour mieux souligner l’isolement politique de Pierre Cohen. Alors que son rival déclaré, Claude Raynal, sénateur et président du groupe PS de Toulouse-Métropole, se félicitait d’avoir « fait reculer la droite » en obtenant le maintien du tarif jeune à 10 euros/mois instauré par Pierre Cohen, l’ancien maire de Toulouse fait la moue. « Les élus socialistes et ceux du Muretain ont cédé au chantage de Moudenc », juge-t-il. « Vous êtes dans la posture politique » lui répond François Chollet, alors que Jean-Luc Moudenc félicite les « amis  » politiques de Pierre Cohen qui ont fait « le pas qu’il fallait » à l’issue d’un « dialogue » constructif.

Le maire de Toulouse enfonce le clou en brandissant les propos sévères d’un ancien adjoint de Pierre Cohen qui juge « désastreux » le bilan transport de l’ancien maire socialiste. « Tout le monde sait que Pierre Cohen ne sera pas la future tête de liste de la gauche toulousaine mais personne ne lui dit », fait mine de s’indigner Nicolas Tissot, l’un des frondeurs du PS local, dans une lettre ouverte au vitriol. « J’ai dit à Moudenc qu’il faut arrêter ce petit jeu. S’il veux jouer à ça, je pourrais moi aussi sortir des déclarations de certains de ses anciens adjoints qui ont rejoint le FN », bougonne Pierre Cohen.

 » les gouvernements Hollande ont fait une faute politique  » Pierre Cohen

Son chemin de croix ne s’arrête pas là. Après les tickets de métro, Jean-Luc Moudenc ne s’est pas fait prié pour rappeler à Pierre Cohen qui lui reprochait d’avoir « négocié » avec les nouveaux actionnaires chinois pour ponctionner « le bas de laine » de l’aéroport que c’est Arnaud Montebourg qui avait lancé cette vraie-fausse privatisation. L’ancien maire PS de Toulouse rétorque en lançant une nouvelle pique… au président de la République. « Avec ou sans Macron, les gouvernements de François Hollande ont fait une faute politique », déclare Pierre Cohen au micro du conseil municipal.

Ce n’est pas la première fois que l’ex-maire de Toulouse, soutien de Martine Aubry, s’en prend à ce qu’il considère comme une dérive « social-libérale » de l’ex-secrétaire général du PS. Ecarté sans ménagement de la présidence de la fédération des élus socialistes et républicains, l’élu toulousain travaille désormais à l’organisation des primaires dans son camp. « On risque d’avoir Valls, Mélenchon et Rivasi, qui est une amie, opposés au premier tour », se désole l’ancien maire de Toulouse, qui attribue sa défaite à la désunion de la gauche. A ses yeux, trois femmes peuvent aujourd’hui remplacer le trio Mitterrand-Deferre-Chevènement qui avait refondé le parti socialiste en 1971 : Martine Aubry, Anne Hidalgo et Christiane Taubira. Sachant que les maires de Lille et Paris ne semblent pas disposées, pour des raisons différentes, à se (re)lancer dans la bataille des primaires, les derniers espoirs de l’ancien maire de Toulouse semblent reposer sur l’ex-ministre de la Justice. Déjà candidate du PRG en 2002, la volcanique Guyanaise a été invitée au carrefour des gauches et de l’écologie prévue le 26 novembre à Paris par les ami(e)s de Martine Aubry. « Elle n’a pas répondu à ce jour », confie Pierre Cohen.

Thomas Brieu, le sommelier qui veut changer « l’Aude en vin »

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Pour la nouvelle brasserie que le chef étoilé Franck Putelat a ouvert au début de l’été à Carcassonne, Thomas Brieu a demandé à des amis vignerons de l’Aude et de l’Hérault de créer des cuvées spéciales. « Je suis fou des vins d’ici », avoue le sommelier du Parc, qui s’affaire au quotidien à faire décoller cette nouvelle adresse de 80 couverts, idéalement située à l’entrée de la ville basse. S’il n’est pas question de proposer des centaines de flacons précieux comme au restaurant gastronomique, la brasserie offre un large choix de bouteilles, de 15 à 150 euros. Pour la nouvelle carte de la saison d’automne, il s’est résolu à abandonner «  les cartouches à plus de 100 euros  ». Désormais associé de Franck Putelat, l’homme de confiance du chef a vite appris à mettre du réalisme économique dans son vin. « Les vins du chef ou du sommelier ne sont pas toujours ceux des clients », philosophe Thomas Brieu.

Pour faire ce métier, il faut être passionné de géographie

Lui-même concède avoir évolué dans ses goûts au fil des années. « A 25 ans, j’aimais les vins body-buildés, de véritables confitures aromatiques. Mon palais s’est affiné », dit ce jeune papa de 37 ans. Il rend hommage aujourd’hui à ses enseignants de Mazamet et de Toulouse, qui l’ont mis sur la voie de la salle, puis de la sommellerie. Lui se voyait plutôt derrière les fourneaux en entrant au lycée hôtelier. Thomas Brieu a toujours travaillé dans la région, mais a beaucoup voyagé sur la carte des vins. « Pour faire ce métier, il faut être passionné de géographie », dit-il. Le sommelier de Carcassonne connaît intiment les domaines et les producteurs de chaque bouteille qu’il conseille. « Je vends le terroir des vignerons », plaide cet avocat passionné de vins aussi « naturels » que possible. Vignes cultivées en agriculture biologique ou en biodynamie, cuvées sans sulfites, etc  .

Le système des appellations ne veut plus rien dire

Thomas Brieu défend les vignerons plutôt que les labels ou les appellations. « Le système actuel des cahiers des charges ne veut plus rien dire. Il y a des gens qui travaillent mal dans toutes les appellations, et des fous partout ». On aura compris qu’il a un faible pour ces derniers. Ceux qui transgressent à l’occasion les règles établies par leurs voisins et leurs aînés pour expérimenter de nouvelles pistes, loin des modes des produits « marketés » pour plaire au plus grand nombre. Plus Nossiter que Parker dans le Mondovino contemporain.
A l’échelle du département, c’est un fervent promoteur du petit groupe d’une quinzaine de producteurs de l’Aude, réunis au sein du collectif Changer l’Aude en vin. « La plupart sont devenus des amis », dit-il. C’est à eux qu’il a demandé d’élaborer les cuvées de la brasserie. Il est aussi très fier d’avoir pu acheter quelques bouteilles à un producteur du Minervois atypique, « qui ferme ses volets dès qu’il voit un journaliste ». Pour autant, Thomas Brieu se défend d’être chauvin. Il se souvient de sa première grande émotion oenologique  : un Gevrey-Chambertin

Saurel remplace Delga à Futurapolis

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Surprise à l’Université de Toulouse, qui accueillait la conférence de presse de présentation du prochain salon Futurapolis. François Baroin a fait une courte apparition dans la salle du conseil. Le sénateur-maire (LR) de Troyes, actuellement en campagne pour Nicolas Sarkozy dans le cadre des primaires de la droite, a tenu à venir saluer Philippe Saurel, maire (DVG) de Montpellier.

Le président de Montpellier-Méditerranée Métropole était la véritable vedette politique de cette présentation. Le trublion de la gauche en Languedoc-Roussillon a remplacé au pied-levé la nouvelle région Occitanie. Carole Delga n’a en effet pas souhaité poursuivre le partenariat engagé dès 2012 par Martin Malvy, Pierre Cohen et l’hebdomadaire le Point, organisateur du salon. Philippe Saurel, qui ne porte pas la nouvelle présidente socialiste de la région dans son cœur, ne s’est pas fait prié pour prendre sa place de partenaire financier de cette manifestation, présentée à l’époque comme «  le Davos de l’Innovation  » par Franz-Olivier Giesbert.

«  Lorsque Le Point m’a proposé d’associer Montpellier à Futurapolis, j’ai tout de suite approuvé, sans même passer un coup de téléphone à Philippe  » raconte Jean-Luc Moudenc, président (LR) de Toulouse Métropole. La conférence de presse a fourni une nouvelle occasion aux maire de Toulouse et Montpellier d’affiche leur bonne entente, au-delà des clivages politiques. Etienne Gernelle, qui a remplacé Franz-Olivier Giesbert à la tête de la rédaction du Point, enfonce le clou  : «  ce sont les métropoles qui tirent l’innovation  ».

La région ne sera toutefois pas oubliée de la 5ème édition de Futurapolis. L’université fédérale de Toulouse-Midi-Pyrénées est également monté d’un cran pour figurr parmi les partenaires de premier rang de l’événement. En dépit du changement de nom de la région, la fédération des universités et des grandes écoles n’a pas (encore?) changé son intitulé, comme le faisait remarquer Philippe Raimbault, son nouveau président.

Contrairement aux allégations de La Dépêche du Midi, qui avait en vain tenter d’organiser une manifestation concurrente à Toulouse en 2014, Futurapolis se déroulera bien les 4 et 5 novembre au Quai des Savoirs.