Un téléphérique urbain à Toulouse en 2020

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Invitera-t-il Philippe Douste-Blazy à l’inauguration ? Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), espère bien lancer un moyen de transport original au-dessus de la Garonne «  début 2020  », soit quelques semaines avant la fin de son mandat. Entouré de deux de ses adjoints, il a présenté le vainqueur de l’appel d’offre lancé pour construire un téléphérique urbain présenté comme particulièrement innovant. L’entreprise Poma va planter sept pylônes pour lancer 14 cabines de 35 places à l’assaut des coteaux de Pech David, qui dominent la ville avec le CHU de Rangueil à leur sommet. Un investissement de plus de 54 millions pour 3 kilomètres et trois stations, de l’Oncopole voulue par Philippe Douste-Blazy sur les ruines de l’ancienne usine chimique AZF jusqu’à l’université Paul Sabatier. «  Notre décision établira une jurisprudence nationale, nous n’avons pas le droit de nous rater  », s’enflamme M Moudenc, alors que le téléphérique inauguré en novembre au-dessus de la rade de Brest connaît quelques difficultés de mise au point.

Le maire de Toulouse, qui a regagné la ville en promettant une troisième ligne de métro aux habitants… en 2024, n’avait pourtant pas inscrit ce projet « aérien » dans son programme électoral. Il était même sceptique quand Philippe Douste-Blazy, dont il était alors l’adjoint chargé des transports, en avait lancé l’idée. Tout aussi dubitatif, Pierre Cohen (PS), qui avait succédé à l’ancien ministre de la Santé et de la Culture au Capitole, avait lui aussi été finalement séduit par ces télécabines, jusqu’ici davantage dédiées aux loisirs et aux stations de ski qu’aux transports urbains. Le maire socialiste promettait un «  aéro-tram  » pour 2017 à Toulouse. Le coût relativement faible d’un téléphérique comparé à des modes de transports lourds comme le tramway ou le métro et la facilité relative du chantier suscitent désormais un véritable engouement pour ce mode de transport alternatif. Des projets de transports « par câbles » sont régulièrement annoncés à Grenoble, Marseille, Perpignan, Béziers ou en région parisienne (Créteil). Poma, concurrent inattendu de Siemens ou Alstom dans les villes  ?

A Toulouse, l’entreprise basée à Voreppe (Isère) était en concurrence avec des constructeurs suisses, italiens ou autrichiens. Contrairement au modèle choisi à Brest, le téléphérique retenu pour la ville rose circulera sur trois câbles. Il sera capable de faire face aux rafales du vent d’Autan jusqu’à 100 km/h. Poma et ses concurrents avaient également proposé des cabines suspendues à un câble unique, moins chères à l’achat mais finalement écartées par les élus toulousains, au profit d’une plus grande fiabilité de service. Le contrat prévoit également une somme de 2 millions par an pour la maintenance du système. Elle sera assurée par des employés d’Altiservice, une filiale du groupe Engie (ex-GDF/Suez) qui gère déjà plusieurs stations de ski dans les Pyrénées. L’exploitation du téléphérique sera néanmoins assurée par la régie des transports publics de l’agglomération toulousaine, qui table sur un trafic de 7.000 passagers par jour. Les cabines devraient donc être accessibles pour le prix d’un ticket de bus ou de métro. Séduits, les élus toulousains envisagent déjà d’étendre cette première ligne « aérienne » au-delà du périphérique, pour la connecter à la future troisième ligne de métro qui desservira le nouveau campus aéronautique qui sort de terre au sud-est de la ville, et à la ligne A du métro dans le quartier du Mirail (Basso Cambo).  » On peut même envisager techniquement d’aller jusqu’à Tournefeuille, tout est ouvert « , glisse Jean-Michel Lattes, adjoint de M Moudenc aux transports.

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Super-région et hyper-présidence

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Carole Delga a le bras long. La jeune présidente (PS) de la nouvelle grande région Occitanie « tire la sonnette d’alarme » des trains régionaux, nous apprend la télévision régionale. Le sujet diffusé lors du JT de la mi-journée s’ouvre bizarrement sur des images d’archives de Carole Delga dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, où elle a retrouvé son siège de député depuis qu’elle a démissionné du gouvernement pour mener la campagne des élections régionales. Au JT du soir, d’autres images montrent enfin la présidente de région dans un train. Mais ce sont encore des archives. Et pour cause : Carole Delga se trouve depuis le début de la semaine… au Japon. Aurait-elle « tiré la sonnette d’alarme » depuis son avion ?

Plus sérieusement, le sujet de la télévision régionale n’était en fait que l’habillage, plus ou moins habile, d’un communiqué de presse diffusé la veille par le service presse de la région. Les TER sont un sujet important pour toute l’Occitanie. Il est parfaitement légitime que la présidente s’agace des retards à répétition (un TER sur 5 fin novembre), des rames en panne et d’autres désagréments à répétition subis par les usagers, qui sont aussi les électeurs de Carole Delga.

Mais quelle urgence impose de signer un courrier courroucé au directeur régional de la SNCF depuis Tokyo pour évoquer la ligne de Latour-de-Carol ? Et pourquoi la télévision régionale choisit-elle des images conservées « au frigo » pour illustrer ce sujet faussement brûlant et tristement récurrent ? Etait-il inimaginable de donner la parole par exemple à Jean-Luc Gibelin, vice-président (PCF) « en charge des mobilités et des infrastructures de transports » à la région ?

Cet élu du Gard était pourtant présent, lundi 5 décembre à Toulouse pour représenter Carole Delga aux cotés du préfet et d’un cadre régional de la SNCF lors de l’inauguration d’un nouveau quai de la gare Matabiau. Là encore, le communiqué de presse de la région dote sa présidente, absente, d’un surprenant super-pouvoir de ventriloque. «  Au total, depuis 2009, nous avons consacré une enveloppe de plus de 8 M d’euros à la modernisation de la gare Matabiau. Demain, nous irons encore plus loin dans l’amélioration de l’offre TER. C’est ce que je dévoilerai lors de la restitution des Etats généraux du rail et de l’intermodalité, le 14 décembre », aurait (télé)déclaré Carole Delga, pourtant alors à 10.239 kilomètres de là. M Gibelin, lui, est resté -officiellement et médiatiquement- muet. Parce qu’il n’a rien à dire ?

La troisième ligne de métro de Toulouse vue par les ingénieurs

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« J’ai été frappé de voir la ville aussi changée en quinze ans », confie Patrick Vandevoorde en tirant sur sa pipe éternelle. Ce Polytechnicien flegmatique, qui a conduit le chantier de la première ligne de métro de Toulouse à la fin des années 80, est revenu depuis quelques mois s’installer dans la ville rose à l’heure de la retraite. « Je compte bien aller le consulter sur notre projet de troisième ligne de métro », confie Jean-Michel Lattes, président de Tisséo. Le premier adjoint du maire de Toulouse a constitué une équipe d’une vingtaine d’ingénieurs qui a dévoilé un premier projet de tracé en décembre 2015. Surprise  : la ligne qui doit relier Colomiers aux portes de Labège ne passe pas l’aéroport. Si les nouveaux actionnaires chinois veulent le métro, ils devront payer, explique en substance Jean-Luc Moudenc.

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De retour à Toulouse, Patrick Vandevoorde réside entre Esquirol et les Carmes

Les questions de financement apparaissent centrales dans ce projet ambitieux, qui fait l’objet depuis le 12 septembre d’un débat public passionné. Jean-Luc Moudenc avait créé la surprise en sortant de son chapeau cette nouvelle ligne de métro, alors que Pierre Cohen ne jurait que par le tramway. Le candidat estimait alors son coût à 1,7 milliards d’euros. Il est désormais chiffré à plus de 2,2 milliards. Une somme qui paraît plus réaliste aux yeux de Patrick Vandevoorde. L’ingénieur, qui a poursuivit sa carrière au sein du groupe de la Caisse des Dépôts et Consignation, est devenu un spécialiste du financement des infrastructures de transport. Converti aux formules de participation public-privé. Il figurait même dans l’une des équipes candidates au rachat des actions de l’Etat dans l’aéroport de Toulouse-Blagnac. « La France a longtemps été droguée à la dette publique pour financer ses réseaux. Aujourd’hui, ça n’est plus possible », lâche-t-il entre deux bouffée de tabac.

Puni pour avoir trop bien réussi ?

La réputation de bon gestionnaire de Patrick Vandevoorde remonte à ses années toulousaines à l’époque de Dominique Baudis. Il livrera non seulement la première ligne de métro en temps et en heure en 1993, mais avec même un léger « rabais » sur le coût initialement fixé (3,3 milliards de francs de l’époque). L’ingénieur dirigeait une société d’économie mixte spécialement créée pour la circonstance, Métro Toulouse Développement (MTD), en partenariat avec la Caisse des dépôts et Consignation. Le contrat passé avec MTD stipulait que l’entreprise prendrait à sa charge tous les dépassements éventuels, mais pouvait conserver le reliquat en cas de budget excédentaire. « C’était la principale innovation de la ligne A », juge Patrick Vandevoorde.

Mais cette forme de concession intéressée a été jugée non réglementaire par les magistrats de Cour des Comptes. La société MTD a été dissoute. « Il a été puni pour avoir trop bien travaillé et condamné à reverser les excédents à la ville et au département », s’exclame Jean-Michel Lattes, l’actuel président du syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération.

les quatre stations oubliées coûteront 180 millions

Pour gagner du temps et faire de économies, Patrick Vandevoorde a toutefois  « oublié » de construire tous les quais des stations de la ligne A à 52 mètres. « Il fallait tenir le budget, on se disait qu’on n’aurait pas besoin de doubler les rames avant longtemps », se justifie aujourd’hui l’ingénieur. Il reconnaît que la première ligne peut désormais apparaître comme sous-dimensionnée, notamment du coté de ses parkings, pris d’assaut et vite saturés. « On ne s’attendait pas à un tel succès », plaide Patrick Vandevoorde. La capacité de la ligne A devrait finalement être doublée d’ici 2019, pour un coût supplémentaire évalué à 180 millions d’euros. La ligne sera fortement perturbée pendant les travaux, qui nécessite de couper la circulation pendant six semaines, trois été de suite. Le début de la galère pour les habitués est annoncé dès l’été 2017.

un nouveau métro « bâtard » vers Blagnac

Depuis son retour dans la ville rose, Patrick Vandevoorde juge le tramway qui permet enfin de relier l’aéroport de Blagnac particulièrement « lent ». Il juge le projet de troisième ligne de métro plus adapté à la métropole d’aujourd’hui, « multipolaire ». « L’agglomération a changé d’échelle et de fonctionnement. A l’époque, il fallait concevoir un métro pour limiter la circulation automobile au centre-ville. Il faut désormais relier les différents pôles d’activité de l’agglomération entre eux », approuve-t-il.

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Retraité à Luchon, Jean Deligny (à gauche de Régis Godec, élu municipal EELV) s’implique contre le tracé de la troisième ligne de métro

Contrairement à l’appréciation bienveillante de Patrick Vandevoorde, un autre ancien ingénieur de l’Equipement se montre féroce pour le projet de troisième ligne de métro porté par Jean-Luc Moudenc. « Une incohérence de plus (…) un projet bâtard, plus adapté à un tram de surface » juge Jean-Louis Deligny, dans sa contribution écrite au débat public en cours. Pourtant sévère pour la ligne de tram T1 et son tracé « aberrant » tout comme son extension (T2) vers l’aéroport qualifié de « rustine », ce haut-fonctionnaire désormais retraité à Luchon propose néanmoins de détourner le tramway de Blagnac vers Matabiau via le canal et de percer un métro « radial » qui desservirait le stade des Sept Deniers et l’université Toulouse-1 Capitole, avant de poursuivre sa route « en aérien » vers la Cote Pavée.

Au passage, M Deligny révèle que les services de l’Equipement préconisaient déjà « un téléporté » pour relier la gare et l’aéroport en longent le canal dès les années 90. L’ancêtre de « l’aérotram » annoncé entre l’Oncopole et l’université Paul Sabatier par les coteaux de Pech David ?