Le squat « payant » était devenu une « jungle »

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Thomas Couderette souffle le chaud après l’effroi. Après avoir sonné l’alerte médiatique sur « le plus grand squat de Toulouse », où près de 400 personnes seraient concentrées dans des conditions indignes et dangereuses, ce militant associatif laisse entrevoir le désamorçage de cette bombe sociale. « Le site sera évacué d’ici 6 mois, nous craignons encore un drame, comme un incendie, mais la situation devrait tout de même grandement s’améliorer », annonce sur Facebook le lanceur d’alerte du Cedis, un collectif de travailleurs sociaux engagés de la Ville rose.

À la préfecture de région, la sous-préfète qui suit ce dossier sensible relativise un peu ce bulletin de quasi-victoire. Michèle Lugrand annonce qu’une association est mandatée pour procéder en urgence à « une évaluation sociale et sanitaire » du bidonville improvisé, qui a subitement grandi à l’ombre de l’imposante barre d’immeuble du Cristal et ses 450 logements empilés sur 15 étages. Dès la semaine prochaine, l’association France Horizon va se rendre dans cette mini « jungle » du quartier des Arènes pour recenser les différentes catégories de personnes qui cohabitent dans des bureaux et entrepôts désaffectés d’une entreprise d’électricité : SDF, sans-papiers et demandeurs d’asile, familles roms, travailleurs précaires français, Européens ou Syriens, Algériens, etc. Une tour de Babel horizontale sous la barre du Cristal !

papiers « en règle » et « participation financière »

France Horizon, créée à l’origine en 1940 pour venir en aide aux « Français indigents rapatriés d’outre-mer », gère un centre d’hébergement à Toulouse et une dizaine d’autres un peu partout en France. Elle n’a pas la capacité d’héberger à elle seule les centaines de personnes qui ont mystérieusement afflué dans les anciens locaux de l’entreprise Cégelec depuis l’été 2016. Le site a commencé à être occupé par une cinquantaine de personnes dès 2015. Mais l’initiateur de ce squat a été rapidement débordé. « Il y a eu des rixes, des armes, c’est devenu une décharge à ciel ouvert », regrette Guillaume, 32 ans. Le jeune homme, qui vivait alors lui-même dans une petite maison squattée au bord du canal du midi, explique qu’il avait monté une association avec des gens de Marseille pour tenter de « gérer » le site. Une « charte » avait même été rédigée, réclamant une participation financière (1 euro/jour) aux occupants, qui devaient obligatoirement avoir des papiers en règle pour accéder à cet improbable campement officieux.

Las, les statuts de l’association n’ont jamais été déposés, ni à Toulouse ni à Marseille, et Guillaume est accusé d’être un « marchand de sommeil ». « Réclamer de l’argent pour vivre dans un squat est une pratique inadmissible », réagit François Piquemal, porte-parole du DAL à Toulouse. L’association se fendra d’une lettre recommandée en décembre 2015 pour se démarquer de l’initiateur du squat, qui se présentait comme un militant du Droit au logement. Honni par tous les militants toulousains des nombreux autres squats, artistiques ou politiques de la ville, le jeune homme sera condamné à deux ans de prison pour « extorsion de fonds », avant d’être relaxé en appel, le 2 août 2016. « Il a été victime en première instance d’une organisation maladroite », résume Pascal Nakache, son avocat. Guillaume a quitté Toulouse pour être travailleur saisonnier dans les stations alpines.

« Réquisitions » de bâtiments publics

Les tribulations judiciaires de ce jeune homme et l’inquiétante évolution de la mini « jungle » des Arènes démontrent que les squats sont loin des meilleurs sentiments militants. Dans la Ville rose, le DAL dénonce régulièrement le manque de logements en procédant à des occupations spectaculaires. La dernière en date concerne des bâtiments hospitaliers au centre-ville, avec l’objectif affiché d’arracher à la ville une convention d’occupation temporaire, sur le modèle de celle que l’AP-HP a concédée à l’Hôtel-Dieu de Paris.

Moins ouvertement politique, le Cedis ne rechigne pas à l’occasion à pratiquer des « réquisitions » de bâtiments publics pour mettre à l’abri des personnes qui vivent dans la rue. Ce collectif de professionnels de l’action sociale, parfois fonctionnaires, est apparu en 2013 à Toulouse à la suite de la grève des employés du 115, excédés de ne pas avoir de places à proposer aux SDF qui appellent le service. Tout ce monde, en dépit de moments de tensions, parvient à trouver des solutions avec la ville et la préfecture, qui ne se renvoient plus la balle comme par le passé. « Toulouse est une des rares villes à avoir connu ces 3 dernières années une baisse du nombre de personnes à la rue (- 10 %) et sur les bidonvilles (- 40 %) et cela, généralement, grâce à des sorties “par le haut” et pas des évacuations sèches et de la répression », se félicite Thomas Couderette.

 

article rédigé pour le site du Point

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