L’Unesco contre la légende des châteaux « cathares »

Carcassonne cité

La Cité de Carcassonne va-t-elle rejoindre le Mont Saint-Michel ou la cathédrale de Reims dans le club très fermé des monuments classés deux fois par l’Unesco ? L’ancienne ville forte des vicomtes de Trencavel, assiégée lors de la guerre contre les cathares et rattachée à la couronne de France à l’issue de cette curieuse « croisade » menée loin de la Terre Sainte, vient en effet d’être inscrite par la ministre de la Culture sur la liste indicative des biens à présenter au patrimoine mondial. Déjà inscrite en 1997, la Cité restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle se présente cette fois devant le jury en compagnie des forteresses d’Aguilar, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus et Termes, dans les Corbières (Aude). A ces cinq « fils de Carcassonne », pour reprendre l’expression des sergents de la garnison dans un mémoire rédigé en 1483, s’ajoutent les quatre châteaux en ruine de Lastours, perdus dans le Minervois à proximité de l’ancienne mine d’or de Salsigne, et la triste carcasse de Montségur perchée sur son « pog » en Ariège, célèbre à cause des 225 « hérétiques » qui périrent sur le bûcher en refusant d’abjurer leur foi à l’issue d’un siège épique, le 16 mars 1244.

Inscrites depuis 1862 sur la liste des monuments historiques, quelques temps après les remparts de Carcassonne, les ruines de Montségur ne sont classées qu’en mars 1989 en tant que « château cathare ». Une appellation battue en brèche dans le document de présentation du dossier de candidature à l’Unesco, qui dénonce « un grand malentendu ». « En effet, la plupart de ces châteaux ont été réaménagés et même le plus souvent reconstruits après la Croisade contre les Albigeois, et ce à l’initiative du roi de France qui souhaitait alors consolider sa frontière avec le royaume d’Aragon. L’exploitation touristique des forteresses, qui commence dans les années 60, repose sur ce contresens », peut-on lire dans cet épais document de 167 pages rédigé par un comité scientifique de 14 personnalités, qui planche discrètement sur le sujet depuis 2013.

Ce ne sont donc pas d’improbables châteaux « cathares » qui seront proposés à la reconnaissance de l’Unesco, mais des forteresses militaires édifiées par le roi Philippe Auguste, sur le modèle du Crac des Chevaliers édifié par les Croisés dans l’actuelle Syrie. Les spécialistes évoquent un « modèle d’architecture militaire philippienne », à l’oeuvre à Carcassonne et dans ses « châteaux sentinelles de montagne ». Ce qui frappe aujourd’hui, c’est surtout le contraste entre les parkings bondés de la Cité de Carcassonne ripolinée par Viollet-le-Duc, où plus de 500.000 visiteurs se sont pressés en 2015, et l’isolement des ces « citadelles du vertige » décrites en 1966 par Michel Roquebert, journaliste de La Dépêche du Midi devenu écrivain de « L’épopée cathare » (5 tomes publiés de 1970 à 1988, éditions Privat puis Perrin), membre du comité scientifique. La Cité, qui a vu sa fréquentation baisser de 300.000 visiteurs en trois ans, doit enfin bénéficier d’un classement national au titre des « Grands Sites ».

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