Sur les pas de l’ours (en léger différé)

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 » On ne part pas à la chasse à l’ours « , précise d’emblée Adrien Derousseau. Animateur de l’Adet-pays de l’ours, association à l’origine des premières réintroductions du plantigrade il y a vingt ans (1996-1997) dans les Pyrénées, ce jeune accompagnateur en montagne guide des touristes sur les hauteurs de Melles (Haute-Garonne) à la recherche d’indices de présence de l’animal. La randonnée, qui sort franchement des sentiers battus, suit le même protocole scientifique que toutes les sorties réalisées régulièrement sur une quarantaine d’itinéraires à travers tout le massif franco-espagnol par les membres du « groupe ours », dont Adrien fait partie. Recherche d’empreintes, de poils et « pièges » photographiques automatiques : il ne s’agit pas d’un « safari » pour tenter d’apercevoir l’animal, mais de relever de précieux indices qui viennent nourrir la connaissance de la population d’ours dans les Pyrénées. « On se limite à une visite hebdomadaire pour des groupes de 8 personnes maximum afin d’éviter de déranger les ours », ajoute Adrien Derousseau.

Départ au petit matin (7h30) depuis le petit village de Melles, perché juste au-dessus de la frontière avec le Val d’Aran espagnol. Après une trentaine de minutes de « mise en jambe », première halte obligée au « mémorial » aménagé dans la forêt sur le site d’où furent lâchés trois ours capturés en Slovénie : deux femelles qui s’avéreront gravides et donneront naissance dès leur premier hiver dans les Pyrénées à 5 oursons, et un mâle, Pyros, géniteur de la plupart des oursons nés depuis cette époque (dont les premiers conçus en Slovénie). Agé de bientôt 30 ans, ce mâle dominant est toujours en vie. Sa suprématie, qui n’est pas sans poser des problèmes de consanguinité, commence toutefois à décliner. La Catalogne a d’ailleurs lâché un jeune mâle supplémentaire en 2016 de l’autre coté de la frontière, avec l’objectif affiché de le remplacer.

Pour cette sortie qui s’annonce humide, sinon pluvieuse, Adrien est accompagné d’un jeune apprenti qui prépare un BTS dans le même lycée agricole dont il est issu, dans le Jura, et d’une « cliente » venue du Var avec son fils aîné. « J’ai lu un reportage sur cette sortie dans un magazine chez mon coiffeur, ça m’a tout de suite intéressée » dit Caroline, adepte de tourisme-nature. En camping du coté de Lourdes, elle a passé la nuit à l’auberge du Crabère, unique et minuscule hôtel de montagne de Melles. Alex, son fils, collégien qui se rêve vétérinaire, a manifesté un vif intérêt pour tous les relevés effectués durant la journée. La sortie, pédagogique grâce aux explications fournies par Adrien, se veut aussi « participative » : tout le monde est invité à suivre le protocole et à mettre la main à la pâte (de l’ours).

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Après une visite au « revoir », espace de terre meuble dégagé au pied d’un arbre mort dans l’espoir d’y trouver une empreinte de pas, il faut inspecter le premier des « pièges à poils » disposés sur le parcours. Il s’agit d’un fil de fer barbelé, dont les pointes ont été tournées pour ne pas blesser les animaux, disposés sur des arbres enduits d’un peu de goudron de Norvège. L’odeur de bois fumé de cette mixture attire les animaux. Elle remplace la térébenthine, utilisée auparavant comme appât. Avec la lampe d’une tablette, qui sert aussi à noter systématiquement la présence (ou l’absence) d’indices à toutes les stations géolocalisées avec précision, Adrien observe minutieusement le piège à la recherche du moindre poil. S’il trouve un poil d’ours, il le prélèvera avec des gants pour un examen génétique qui permet de suivre chaque animal individuellement. Avant de partir, il faut enfin stériliser le piège avec un mini-chalumeau pour éviter que d’éventuels résidus viennent « polluer » les prochaines recherches d’ADN.

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Petite déconvenue en arrivant, après presque trois heures d’une montée harassante, devant le premier des quatre pièges photographiques disposés sur le parcours : l’appareil semble avoir été à moitié décroché. Sabotage ? La présence de ces « radars automatiques » disposés sur les « routes » des ours n’est pas plus appréciée que certains de leurs « cousins » automobiles par les opposants aux plantigrades. Au total, une cinquantaine de boîtiers sont disposés dans tout le massif. Mais quelques communes, hostiles à la présence des ours, ont interdit leur pose sur leur territoire. Cela n’empêche pas les caméras, qui se déclenche automatiquement au passage d’un animal, de fournir chaque année de précieux indices sur la population d’ours dans les Pyrénées. L’Office national de chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui supervise le suivi scientifique des plantigrades, dispose même désormais de sa propre chaîne YouTube où elle diffuse régulièrement ses plus images, fixes ou animées. En 2016, les 48 appareils ont pris 228 photos ou vidéos d’ours dans les Pyrénées françaises.

En 2017, le rapport annuel de l’ONCFS s’enrichira de quelques images supplémentaires prises sur le circuit « touristique » de l’Adet. Outre les passages de sangliers, de cervidés ou de renards, la caméra n°1 a en effet enregistré le passage d’un plantigrade le 3 juillet, avant de se décrocher partiellement. La caméra n°2, qui tourne des vidéos quelques mètres plus loin, confirme le passage nocturne de l’animal, vraisemblablement une femelle. C’est désormais à Marine Paris, qui visualise toutes les images au siège de l’Adet en collaboration étroite avec les techniciens du groupe de suivi de l’ours, de prendre le relais pour un « dé-rushage » scientifique des images. Les fichiers, transférés sur une tablette, peuvent être visualisés « en direct » sur le terrain. Caroline et son fils Alex pourront rentrer dans le Var en annonçant triomphalement qu’ils ont bien crapahuté « sur les pas de l’ours ». En prime, ils recevront toutes les images glanées lors de cette sortie mémorable par les caméras automatiques. Dont celle d’un chat forestier qui bondit soudain sur une branche, à l’image de ses cousins domestiques plus familiers.

 

si vous êtes intéressé(e)s par l’un de ces sorties, il reste des places le 27 juillet et le 7 août ; à partir de septembre, elles auront lieu le samedi. prix : 99, 90 euros par personne.

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Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du cannabis rebondit à Toulouse

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Ils disent non « à l’hypocrisie ». Quatre militants politiques et associatifs ont adressé une tribune à la télévision régionale pour réclamer « la légalisation des drogues douces » après un nouveau règlement de comptes meurtrier dans le quartier du Mirail à Toulouse. « Le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement et les morts qui font la une des journaux ne sont que la partie immergée de l’iceberg », se désolent les auteurs, qui ont comptabilisé 13 morts violentes dans la ville rose depuis 2011.
« On a déjà eu pas mal de réactions sur les réseaux sociaux, même de la part de gens qui nous disent qu’ils ne sont pas d’accord. Il y a un vrai débat » se félicite l’un des co-signataires, Salah Amokrane. Ancien élu municipal des Motivés, le grand frère des chanteurs du groupe Zebda a été candidat aux élections législatives sous l’étiquette EELV, après avoir fait la campagne présidentielle de Benoît Hamon.
La Dépêche du Midi réclame un débat
La tribune, qui dénonce « les politiques qui instrumentalisent le trafic de drogue », prolonge un éditorial publié dans la Dépêche du Midi au lendemain du dernier règlement compte, début juillet. « Pourquoi ne pas rouvrir un grand débat national sur la dépénalisation du cannabis ? », s’interrogeait Dominique Delpiroux, fils d’un ancien policier. Une position qui s’inscrit dans la droite ligne de la position adoptée par Jean-Michel Baylet, propriétaire du journal et ancien président du parti radical de gauche lors de la précédente primaire de la gauche.
Collomb annonce des « contraventions »
Nicole Belloubet, nouvelle garde des Sceaux et ancienne adjointe au maire de Toulouse, saisira-t-elle la perche pour clarifier la position du ministère de la Justice sur sa politique pénale ? Son homologue du ministère de l’Intérieur a semblé vouloir faire un pas vers un éventuelle dépénalisation du cannabis. L’ancien maire de Lyon avait annoncé peu après sa prise de fonction vouloir désormais punir les fumeurs d’une simple contravention « d’ici trois ou quatre mois ». Mais on ignore la position officielle du premier ministre et du président de la République, qui a paru hésiter sur le sujet lors de la campagne électorale.
Localement, la tribune anti-probitionniste suscite des réactions mitigées. « L’économie souterraine de la drogue, si elle est majoritairement réalisée avec le cannabis, prospère aussi avec tous les autres types de substances. Les « petites mains » des trafics locaux ne tarderaient pas soit à diversifier leur activité si lucrative, ou bien à redynamiser une activité parallèle et low-cost » redoute Didier Martinez, policier au commissariat central de Toulouse et syndicaliste (Force Ouvrière).

Un starchitecte dessine le nouveau visage du Cap d’Agde

Agde Wilmotte

Les « engrenages » de Jean-Michel Wilmotte seront au Cap d’Agde ce que les fameuses « pyramides » de Jean Balladur furent à la Grande Motte au siècle passé. L’architecte a dessiné quatre grands bâtiments circulaires qui vont spectaculairement marquer l’entrée de la station balnéaire de l’Hérault. « J’aurais été incapable de faire des bâtiments rectilignes sur ce site », raconte Jean-Michel Wilmotte sous le chapiteau écrasé de chaleur dressé au milieu d’un immense rond-point en plein chantier. C’est là, à quelques encablures du port de plaisance, que le fameux architecte-designer qui travaille dans le monde entier a imaginé ses constructions de béton blanc, rondes, moutonnées d’arbres et de plantes qui dégringolent de larges terrasses en gradins. A ses yeux, ces quatre bâtiments en forme d’arènes végétalisées sont comme autant de « rouages » pour « faire marcher tout le quartier ».

Le maire de la commune, qui avait lancé l’idée d’une grande opération immobilière pour revaloriser l’image d’une station construite ex-nihilo dans les années 70 entre Sète et Béziers, est ravi. « C’est un joyau architectural qui va conforter notre rang de plus grande station balnéaire de France », se félicite Gilles d’Ettore. L’élu a prévu de déménager le casino dès 2018 et d’ériger un nouveau palais des congrès d’ici 2020 sur ce site de 10 hectares. Jean-Michel Wilmotte a tracé une « rambla » arborée de 300 mètres pour relier le nouveau quartier au port. Tous les bâtiments prévus s’articulent autour de cet axe piétonnier que l’architecte imagine déjà bordé d’échoppes et de terrasses de café. « Il y aura de la vie toute l’année, même la nuit », promet l’architecte à la centaine d’invités venus découvrir les plans du quartier.

Pour le maire comme pour le promoteur, il s’agit d’élargir l’offre immobilière et de proposer de nouveaux services à une population qui vit désormais toute l’année dans la station. « Les années 80 sont dépassées » affirme Jacques Rubio, directeur général du groupe Kaufman & Broad pour le Grand Sud Ouest. Le promoteur, qui a commencé sa carrière chez Malardeau, promet des appartements de standing de plus de 200 m2, dotés de terrasses de 150 m2 avec vue sur la mer dès le 3ème étage. Le programme, qui s’étend sur 25.000 m2 et 3.000 m2 de commerces et services, comprend la construction de 217 logements, mais aussi une résidence de tourisme et une résidence senior d’une centaine de lits chacune. Le calendrier prévoit la livraison d’une première tranche de travaux au premier semestre 2020.

Un Orly-Val à la place du tramway pour Toulouse-Blagnac

tram Blagnac

Surprise mercredi 5 juillet au conseil syndical de Tisséo  : deux ans seulement après sa mise en service, en avril 2015, le tramway qui dessert l’aéroport de Toulouse-Blagnac est envoyé sur une voie de garage. Plus surprenant encore, ce petit événement pourtant lourd de significations a été «  noyé  » sous la présentation du tracé définitif de la ligne de métro Toulouse Aerospace Express (TAE), qui doit relier Colomiers à Labège en 2024. La branche (T2) de la ligne de tram reliant Toulouse à Blagnac (T1) sera pourtant bel et bien coupée avec l’arrivée de la troisième ligne de métro voulue par Jean-Luc Moudenc. Le programme, voté à l’unanimité (moins une abstention), annonce pudiquement la retraite anticipée des rames du tram construit par Pierre Cohen, son prédécesseur (PS) à la mairie de Toulouse (et à Toulouse Métropole).

le tram sur une voie de garage

Le texte de la délibération évoque de futures « navettes à haute fréquence »  qui « emprunteront les infrastructures  » de l’actuelle ligne de tram toutes les cinq minutes avec “ du matériel roulant adapté aux voyageurs se rendant à l’aéroport ”. En clair, les rames actuelles du Citadis d’Alstom seront recyclées sur la ligne T1, qui doit être prolongée vers le futur parc des expo de Beauzelle. Actuellement, un tram sur trois en direction de Blagnac est « dévié » vers l’aéroport, soit une rame toutes les 15 minutes. Moins de 3.000 personnes empruntent le tram au terminus de l’aéroport de Blagnac. Plus lent mais mais moins cher que la navette de bus qui relie l’aéroport au centre de Toulouse, le tram “Envol” s’est crashé en bout de piste. Les trois stations de cette “virgule” de 2.375m ajoutée tardivement à l’unique ligne de tramway de l’agglomération sont davantage fréquentées par les salariés d’Airbus et des entreprises de la zone aéroportuaire que par des passagers des compagnies aériennes, qui n’ont aucun endroit pour déposer leurs bagages dans les rames. Son remplacement par un métro automatique de type « hectométrique » (personal movers en anglais) va entraîner la construction d’une nouvelle gare multimodale métro+tram à la lisière entre les communes de Toulouse et Blagnac. La future station Jean Mauga se présente déjà comme la sœur jumelle de la station des Arènes pour accéder au «  Far Ouest  » aéronautique de Toulouse.

la fin d’une guerre de 30 ans

Le plus étonnant, c’est que le PS et la gauche toulousaine n’ont pas eu un mot pour tenter de sauver le tram de l’aéroport. Serait-ce le signe de la paix des braves dans le long combat opposant depuis 30 ans à Toulouse le métro «  de droite  » au tramway «  de gauche  » ? Seul Bernard Keller, maire (PRG) de Blagnac, a publiquement regretté que les futures navettes automatiques de l’aéroport seront plus chères pour l’usager qu’un simple ticket de métro. La délibération n’a pas fixé le prix exact du billet, qui devrait se situer entre un trajet simple (1,60 euros aujourd’hui) et celui de navette de bus actuelle (8 euros). Ce bémol n’a pas empêché le maire de Blagnac de voter la délibération qui enterre le tramway à l’aéroport.

échanges musclés avec l’aéroport

La critique la plus ferme du choix des élus de la métropole et de Tisséo est venu du conseil d’administration de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB). « À l’heure où l’aéroport investit fortement pour devenir une porte d’entrée internationale aux plus hauts standards de qualité, l’absence de liaison directe avec la gare SNCF et les pôles économiques de Toulouse nous semble préjudiciable à l’attractivité du territoire », écrit Anne-Marie Idrac, présidente du Conseil de surveillance d’ATB. Les élus de la ville de Toulouse ont aussitôt réagit au communiqué incendiaire de l’ex-patronne de la RATP et de la SNCF en rendant publique une lettre qu’ils lui avait adressée la veille. «  A l’horizon de la mise en service de TAE, l’aéroport sera à 24 minutes de la gare Matabiau et à 20 minutes de la gare de Colomiers  », écrivent Jean-Luc Moudenc et Jean-Michel Lattes, président de Tisséo.

les Chinois déclinent la « privatisation »

Le maire de Toulouse et son premier adjoint justifient le choix d’une ligne spécifique de navettes dédiées, à la manière de la liaison Orly-VAL, par des considérations financières. L’investissement serait de seulement 45 millions d’euros, contre 250 millions pour une ligne directe. Une troisième hypothèse, qui envisageait une “fourche” avec une branche du métro reliant l’aéroport à la manière de ligne actuelle du tram T2, était évaluée à 110 millions d’euros. Lors du conseil syndical du 5 juillet, jean-Luc Moudenc a également laissé entendre qu’il était prêt à sortir les futures navettes de l’aéroport de la régie des transports pour en confier l’exploitation à une entreprise sous concession. Mais Anne-Marie Idrac et les nouveaux actionnaires chinois n’ont pas saisi la perche tendue par le maire de Toulouse, qui souhaitait que l’aéroport participe financièrement à TAE. Du coté de l’aéroport, on affirme qu’il n’était pas possible juridiquement d’investir en dehors du périmètre aéroportuaire. Le bras de fer entre les élus et les nouveaux actionnaires privés de Toulouse-Blagnac ne fait que commencer.

et à la fin, c’est Siemens qui gagne ?

Le choix d’une ligne et d’un matériel spécifique pour relier l’aéroport donne un coup d’avance pour la troisième ligne de métro à Siemens, qui équipe déjà les deux lignes de métro existantes à Toulouse . Le constructeur allemand, qui a repris la production du VAL inventé par Matra dans les années 80, a déménagé le siège de cette branche de Lille vers la ville rose. Siemens a inscrit à son catalogue une version spécialement adaptée aux aéroports de son dernier modèle de métro automatique. Mais d’autres constructeurs de “personal movers” pourraient se mettre sur les rangs quand l’appel d’offre sera lancé. Le budget total de la troisième ligne de métro toulousaine, baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE), est estimé à 2, 33 milliards d’euros en incluant son “annexe” vers l’aéroport, baptisée pour sa part “Aéroport Express”.

 

Béziers : « l’escalier d’eau », l’ascenseur et le téléphérique

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C’est le « petit Versailles » légué par Pierre-Paul Riquet à sa ville natale. Promoteur du vénérable canal royal du Languedoc, cet ancien collecteur de gabelle de Louis XIV a construit un monumental « escalier d’eau » constitué de huit écluses successives pour faire descendre son grand œuvre au niveau de l’Orb, le fleuve qui coule au pied de Béziers. Le site attirait entre 450.000 et 500.000 visiteurs chaque année, selon les estimations de l’office de tourisme. Mais depuis l’automne 2015, l’accès aux écluses de Fonseranes demeurait interdit au public.

Le 1er juillet, les grilles du chantier qui a remodelé le site avec tact et parcimonie seront enfin enlevées. « Le plus difficile, ce fut d’expliquer la fermeture au public pendant presque deux ans », témoigne Philippe Deliau, le paysagiste qui a imaginé et coordonné l’opération. En digne successeur de Riquet, son travail fut de « canaliser » le flot de visiteurs. La foule, qui se pressait jadis au plus près des écluses dans un désordre bien peu réglementaire entre les cordages, les cris et le rugissement des eaux, est désormais tenue à distance. « Fonseranes, c’est un monument mais c’est aussi un spectacle », dit le paysagiste qui a imaginé des sortes de  bastingages métalliques où l’on pourra s’accouder pour regarder les bateaux en toute sécurité ; et sans gêner les manoeuvres. Philippe Deliau a aussi pensé à poser des bancs en béton blanc et planté des centaines d’arbres pour procurer de l’ombre aux visiteurs.

une « muséographie de plein-air »

Au total, le chantier représente un investissement de 11 million d’euros hors-taxes, dont 8 millions de travaux. Fait notable, le traitement paysager (4 millions) a mobilisé davantage de crédits que les bâtiments neufs (3 millions). La principale construction nouvelle est un élégant restaurant conçu comme une extension quasi transparente de l’ancien bâtiment historique de la « dînée », où les passagers des barques de poste déjeunaient déjà avant l’arrivée du chemin de fer entre Toulouse et Sète. Le bâtiment historique abrite désormais l’office de tourisme et une mini-salle de spectacle qui présente l’histoire du canal « en immersion » et douze minutes chrono.

Le parti-pris de l’aménagement privilégie une « muséographie de plein-air » plutôt qu’en intérieur. Accentuant l’effet d’un parc jardiné du petit « Versailles » bitterois, l’architecte, Aurélia Coche, a dessiné des kiosques disséminés sur les 12 hectares du site pour abriter une buvette et des sanitaires. Son alter-égo paysagiste a pour sa part aménagé une aire de pique-nique planté d’oliviers en contre-bas du site. L’architecte a enfin jeté trois passerelles en bois et métal pour franchir les écluses et le canal à pied. La foule pourra ainsi se disperser sur l’ensemble du site en suivant plusieurs parcours, ponctués de discrets rappels historiques.

l’ascenseur et la pente d’eau

Les écluses de Fonseranes seront accessibles aux handicapés en fauteuil roulant grâce à un ascenseur aménagé dans l’une des nouvelles passerelles. Ironie de l’histoire, cet élévateur discret en verre se trouve à deux pas de la monstrueuse « pente d’eau » conçue dans les années 70 pour permettre aux péniches de marchandises de « zapper » les huit écluses de Fonseranes, mais qui n’a pratiquement jamais fonctionné. L’engin, massif et immobile, rouille comme une verrue anachronique sur ce site classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Des voiturettes seront même à disposition des visiteurs handicapés pour les aider à remonter la forte pente (8%) entre le haut et le bas du site, précise Aurélia Coche.

la pente d'eau de Fonseranes
Impossible de bouger la machine qui devait permettre aux péniches de « zapper » les écluses
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La passerelle et son ascenseur offrent une nouvelle vue sur Béziers et son « Acropole »

En définitive, la principale « révolution » de ces aménagements résolument minimalistes réside dans l’aménagement d’un parking de 400 places, nouvelle porte d’entrée principale de Fonseranes. La signalisation routière, jusqu’alors inexistante, canalise désormais les visiteurs vers ce nouveau parc de stationnement, payant, aménagé en bordure d’un grand axe de circulation vers Narbonne et l’autoroute A9. L’objectif est clairement de procurer des recettes pour le fonctionnement du site, qui doit s’auto-financer dès 2019. L’office de tourisme a prévu de consacrer un budget de 700.000 euros annuels à Fonseranes. Pour autant, l’accès du site demeurera libre. « On a voulu éviter le syndrome du Pont-du-Gard », affirme Philippe Deliau.

Béziers-Méditerranée « les pieds dans l’eau »

Le chantier, pris en charge à hauteur de 4 millions par les 17 communes de l’agglomération Béziers-Méditerranée, n’est clairement qu’une première étape dans l’esprit de son président, Frédéric Lacas. « Investir 13 millions sur le site, ce n’est pas suffisant » proclame le maire de Sérignan, rappelant que l’ancien maire de Béziers ne voulait pas mettre plus d’un million sur la table à l’origine. Frédéric Lacas s’est battu pour obtenir le label Grands Sites pour les écluses de Fonseranes, jumelées pour la circonstance avec le tunnel du Malpas et l’oppidum d’Ensérunes, à une dizaine de kilomètres de là, autres attractions majeures du canal du midi entre Béziers et Capestang. La vision du maire de Sérignan court du port fluvial de Capestang à Valras, sur la côte. « Béziers les pieds dans l’eau, ça peut se faire », affirme-t-il à la manière d’un Georges Frêche à Montpellier.

Il reste à trouver le meilleur moyen d’acheminer le flot des visiteurs de Fonseranes jusqu’à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers, désormais bien visible sur son « Acropole » depuis que le canal a perdu sa chevelure de platanes centenaires. A peine 3% des visiteurs des écluses se rendent au centre-ville. Frédéric Lacas a repris sérieusement à son compte l’idée jugée fantaisiste d’un ancien candidat écologiste aux élections municipales qui proposait de construire un téléphérique. « J’ai proposé que l’agglo finance une étude technique, mais Robert Ménard refuse », regrette M Lacas.