Béziers : « l’escalier d’eau », l’ascenseur et le téléphérique

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C’est le « petit Versailles » légué par Pierre-Paul Riquet à sa ville natale. Promoteur du vénérable canal royal du Languedoc, cet ancien collecteur de gabelle de Louis XIV a construit un monumental « escalier d’eau » constitué de huit écluses successives pour faire descendre son grand œuvre au niveau de l’Orb, le fleuve qui coule au pied de Béziers. Le site attirait entre 450.000 et 500.000 visiteurs chaque année, selon les estimations de l’office de tourisme. Mais depuis l’automne 2015, l’accès aux écluses de Fonseranes demeurait interdit au public.

Le 1er juillet, les grilles du chantier qui a remodelé le site avec tact et parcimonie seront enfin enlevées. « Le plus difficile, ce fut d’expliquer la fermeture au public pendant presque deux ans », témoigne Philippe Deliau, le paysagiste qui a imaginé et coordonné l’opération. En digne successeur de Riquet, son travail fut de « canaliser » le flot de visiteurs. La foule, qui se pressait jadis au plus près des écluses dans un désordre bien peu réglementaire entre les cordages, les cris et le rugissement des eaux, est désormais tenue à distance. « Fonseranes, c’est un monument mais c’est aussi un spectacle », dit le paysagiste qui a imaginé des sortes de  bastingages métalliques où l’on pourra s’accouder pour regarder les bateaux en toute sécurité ; et sans gêner les manoeuvres. Philippe Deliau a aussi pensé à poser des bancs en béton blanc et planté des centaines d’arbres pour procurer de l’ombre aux visiteurs.

une « muséographie de plein-air »

Au total, le chantier représente un investissement de 11 million d’euros hors-taxes, dont 8 millions de travaux. Fait notable, le traitement paysager (4 millions) a mobilisé davantage de crédits que les bâtiments neufs (3 millions). La principale construction nouvelle est un élégant restaurant conçu comme une extension quasi transparente de l’ancien bâtiment historique de la « dînée », où les passagers des barques de poste déjeunaient déjà avant l’arrivée du chemin de fer entre Toulouse et Sète. Le bâtiment historique abrite désormais l’office de tourisme et une mini-salle de spectacle qui présente l’histoire du canal « en immersion » et douze minutes chrono.

Le parti-pris de l’aménagement privilégie une « muséographie de plein-air » plutôt qu’en intérieur. Accentuant l’effet d’un parc jardiné du petit « Versailles » bitterois, l’architecte, Aurélia Coche, a dessiné des kiosques disséminés sur les 12 hectares du site pour abriter une buvette et des sanitaires. Son alter-égo paysagiste a pour sa part aménagé une aire de pique-nique planté d’oliviers en contre-bas du site. L’architecte a enfin jeté trois passerelles en bois et métal pour franchir les écluses et le canal à pied. La foule pourra ainsi se disperser sur l’ensemble du site en suivant plusieurs parcours, ponctués de discrets rappels historiques.

l’ascenseur et la pente d’eau

Les écluses de Fonseranes seront accessibles aux handicapés en fauteuil roulant grâce à un ascenseur aménagé dans l’une des nouvelles passerelles. Ironie de l’histoire, cet élévateur discret en verre se trouve à deux pas de la monstrueuse « pente d’eau » conçue dans les années 70 pour permettre aux péniches de marchandises de « zapper » les huit écluses de Fonseranes, mais qui n’a pratiquement jamais fonctionné. L’engin, massif et immobile, rouille comme une verrue anachronique sur ce site classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Des voiturettes seront même à disposition des visiteurs handicapés pour les aider à remonter la forte pente (8%) entre le haut et le bas du site, précise Aurélia Coche.

la pente d'eau de Fonseranes
Impossible de bouger la machine qui devait permettre aux péniches de « zapper » les écluses
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La passerelle et son ascenseur offrent une nouvelle vue sur Béziers et son « Acropole »

En définitive, la principale « révolution » de ces aménagements résolument minimalistes réside dans l’aménagement d’un parking de 400 places, nouvelle porte d’entrée principale de Fonseranes. La signalisation routière, jusqu’alors inexistante, canalise désormais les visiteurs vers ce nouveau parc de stationnement, payant, aménagé en bordure d’un grand axe de circulation vers Narbonne et l’autoroute A9. L’objectif est clairement de procurer des recettes pour le fonctionnement du site, qui doit s’auto-financer dès 2019. L’office de tourisme a prévu de consacrer un budget de 700.000 euros annuels à Fonseranes. Pour autant, l’accès du site demeurera libre. « On a voulu éviter le syndrome du Pont-du-Gard », affirme Philippe Deliau.

Béziers-Méditerranée « les pieds dans l’eau »

Le chantier, pris en charge à hauteur de 4 millions par les 17 communes de l’agglomération Béziers-Méditerranée, n’est clairement qu’une première étape dans l’esprit de son président, Frédéric Lacas. « Investir 13 millions sur le site, ce n’est pas suffisant » proclame le maire de Sérignan, rappelant que l’ancien maire de Béziers ne voulait pas mettre plus d’un million sur la table à l’origine. Frédéric Lacas s’est battu pour obtenir le label Grands Sites pour les écluses de Fonseranes, jumelées pour la circonstance avec le tunnel du Malpas et l’oppidum d’Ensérunes, à une dizaine de kilomètres de là, autres attractions majeures du canal du midi entre Béziers et Capestang. La vision du maire de Sérignan court du port fluvial de Capestang à Valras, sur la côte. « Béziers les pieds dans l’eau, ça peut se faire », affirme-t-il à la manière d’un Georges Frêche à Montpellier.

Il reste à trouver le meilleur moyen d’acheminer le flot des visiteurs de Fonseranes jusqu’à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers, désormais bien visible sur son « Acropole » depuis que le canal a perdu sa chevelure de platanes centenaires. A peine 3% des visiteurs des écluses se rendent au centre-ville. Frédéric Lacas a repris sérieusement à son compte l’idée jugée fantaisiste d’un ancien candidat écologiste aux élections municipales qui proposait de construire un téléphérique. « J’ai proposé que l’agglo finance une étude technique, mais Robert Ménard refuse », regrette M Lacas.

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