Manu Galure  : «  le Zénith, c’est une piscine olympique »

Manu Galure Sorano

Manu Galure n’a pas froid aux yeux. Les fans de la première heure de ce jeune chanteur toulousain bourré de talent ont été un peu décontenancés l’an dernier de le voir jouer la «  nouvelle star  » à la télévision. Voulait-il forcer le destin en déboulant dans le monde du show-biz  ?

Ses plus ardents supporters seront rassurés d’apprendre que Manu Galure vient de se lancer, en solo et à pied, dans une drôle d’aventure  : une tournée loin des chemins balisés pour chanter dans le moindre village qui voudra bien l’accueillir. On est à mille lieux de la fabrication des vedettes cathodiques à la chaîne.

Avant son départ d’un périple prévu pour durer deux ans qui s’apparente à un véritable tour de France, notre nouveau compagnon si singulier de la chanson a donné un dernier spectacle dans sa ville natale. A la fin du concert, tous ses potes musiciens sont venus hier soir lui donner l’aubade pour une mise en scène très réussie de son départ devant le théâtre Sorano.

N’en déplaise à Daniel Colling, nouveau patron du Zénith de Toulouse, tous les musiciens de la ville ne rêvent pas forcément de se produire dans l’immense salle de concert de la Cartoucherie. Avec sa malice coutumière, Manu Galure nous a confié comment il voyait son Zénith à lui.

Vu de mon balcon, jouer au Zénith c’est un peu comme si j’avais un bassin olympique dans mon jardin : ça épaterait les copines et les copains, mais faut le remplir. Et faut un grand jardin.

Je m’explique.

Mettons, par exemple, que je joue ce soir dans une salle de 100 places, des places assises je préfère, et que viennent assister au concert 96 spectateurs (parce que des fois les gens réservent et se trompent de date, ou alors ils vont dans le mauvais théâtre, une fois un type est venu en croyant que c’était Manu Dibango qui jouait alors il est reparti). Avec l’équipe technique, les organisateurs et les bénévoles, on frise à 21h les 102 âmes.

Et bien, sans me vanter, il n’y a aucune raison qu’à 22h30 tout le monde n’ait pas passé une délicieuse soirée. Venez me voir à l’occasion.

Maintenant, imaginons le même spectacle, le même concert avec ses même 96 spectateurs, techniciens, organisateurs et bénévoles, soit 102 personnes, le même piano au milieu de la scène et ma pomme dans la lumière, mais cette fois au Zénith. Avec beaucoup de courage et en comptant l’équipe de sécurité, les pompiers, ma maman qui sera venu parce-que-quand-même-mon-fils-joue-au-Zénith, et même en attendant un peu, il restera toujours à 21h30 quelque chose comme 10 882 places vides, dans un Zénith de 9223 mètres carré. Contre toute attente et à moins d’un miracle, la soirée sera longue.

Pour étayer mon propos, je cite le poète : « Quand on baise un con trop petit / cré nom de dieu on s’arrache le vit / mais quand on baise un con trop large / on ne sent plus quand on décharge / et se branler c’est des plus emmerdants / cré nom de dieu on n’est jamais content ».

Quand à l’effet que ça fait de jouer dans un Zénith, c’est une excellent question, merci de me l’avoir posée.

Manu Galure se produit ce samedi soir au fond d’une roseraie à Verfeil, petite commune à la frontière de la Haute-Garonne et du Tarn. Un site web permet suivre son périple qui doit le mener le 21 juin 2018 à Paris.

Publicités

Une école « libre » communale dans le Lot

écoles RPI Lot

Pas besoin de classes de CP « dédoublées » à Molières, petite commune de moins de 400 habitants dans le Lot. Le maire du village a décidé de braver l’inspection d’académie qui voulait fermer l’école en envoyant les enfants vers la commune voisine de Leyme (940 habitants), à moins de 4 kilomètres de là. Fort du soutien des parents d’élèves, qui ont fondé une association et recruté une institutrice, l’élu prend en charge le salaire de l’enseignante et celui de autres trois femmes pour s’occuper de l’entretien, de la garderie et de la cantine. La vieille école communale de Molières est donc devenue une école associative gérée par « les Pitchouns à Molières » où Cécile Bernardino, 26 ans, a effectué sa première journée de classe pour dix enfants de maternelle.

Pour l’occasion, le maire, Jean-Marie Laborie, avait invité toutes les personnes âgées du village. Toutes approuvent sa décision, refusant de voir fermer l’école où des générations de villageois ont été scolarisés. L’élu se déclare prêt à consacrer chaque année entre 20 et 30.000 euros pour faire fonctionner cette vraie-fausse école « libre », qui restera gratuite pour les familles de la commune. Neuf des dix conseillers municipaux ont voté en faveur de cette rébellion. Mais tout le monde ne voit pas l’initiative d’un bon oeil dans le département.

«  Cette « école » est un couteau dans le dos du service public  », regrette Vincent Gomez, enseignant du SGEN-CFDT, sur sa page Facebook. Le syndicaliste redoute la fermeture rapide d’une des quatre classes de l’école de Leyme, où dix «  pitchouns  » manquaient à l’appel, hier. Il dit « comprendre » le maire de Molières et les parents d’élèves, mais défend avant tout le principe du RPI (regroupement pédagogique intercommunal). Il entend poser le problème de l’autorisation de cette école ni publique, ni privée, ce mardi à Cahors devant le nouveau préfet du Lot et le nouvel inspecteur d’académie. Vincent Gomez s’interroge notamment sur les diplômes de l’enseignante recrutée à Molières, parmi quatre autres candidat(e)s. Surveillante au collège Masbou de Figeac l’an dernier, la jeune femme est titulaire d’une licence d’espagnol et a passé le concours d’enseignant l’an dernier. «  J’étais admissible, mais pas admise  », explique Cécile Bernardino.

L’enseignant-syndicaliste lotois redoute surtout que le cas de Molières fasse école en sapant les regroupements de classes, dernière alternative aux fermetures d’écoles dans les zones rurales. «  Si on autorise ça, ça va faire comme une poussée de champignons  », s’alarme Vincent Gomez. Il voit derrière l’histoire de l’école lotoise la patte de l’association Ecole et Territoire, fondée au siècle dernier pour lutter contre les RPI mis en place par Lionel Jospin. L’association, qui attaque systématiquement les fermetures de classe devant les tribunaux administratifs, a bien déposé un recours en référé pour l’école de Molières. Elle a été déboutée le 10 mai dernier, comme pour les quatre autres recours déposés pour le seul département du Lot. L’association avait en revanche gagné un répit pour l’école de Molières, déjà menacée en 1999, en faisant valoir que la commune avait créé un lotissement susceptible d’apporter du sang neuf. Las, vingt ans plus tard, les chiffres de la population de Molières demeurent sous la barre des 400 habitants.