Une école « libre » communale dans le Lot

écoles RPI Lot

Pas besoin de classes de CP « dédoublées » à Molières, petite commune de moins de 400 habitants dans le Lot. Le maire du village a décidé de braver l’inspection d’académie qui voulait fermer l’école en envoyant les enfants vers la commune voisine de Leyme (940 habitants), à moins de 4 kilomètres de là. Fort du soutien des parents d’élèves, qui ont fondé une association et recruté une institutrice, l’élu prend en charge le salaire de l’enseignante et celui de autres trois femmes pour s’occuper de l’entretien, de la garderie et de la cantine. La vieille école communale de Molières est donc devenue une école associative gérée par « les Pitchouns à Molières » où Cécile Bernardino, 26 ans, a effectué sa première journée de classe pour dix enfants de maternelle.

Pour l’occasion, le maire, Jean-Marie Laborie, avait invité toutes les personnes âgées du village. Toutes approuvent sa décision, refusant de voir fermer l’école où des générations de villageois ont été scolarisés. L’élu se déclare prêt à consacrer chaque année entre 20 et 30.000 euros pour faire fonctionner cette vraie-fausse école « libre », qui restera gratuite pour les familles de la commune. Neuf des dix conseillers municipaux ont voté en faveur de cette rébellion. Mais tout le monde ne voit pas l’initiative d’un bon oeil dans le département.

«  Cette « école » est un couteau dans le dos du service public  », regrette Vincent Gomez, enseignant du SGEN-CFDT, sur sa page Facebook. Le syndicaliste redoute la fermeture rapide d’une des quatre classes de l’école de Leyme, où dix «  pitchouns  » manquaient à l’appel, hier. Il dit « comprendre » le maire de Molières et les parents d’élèves, mais défend avant tout le principe du RPI (regroupement pédagogique intercommunal). Il entend poser le problème de l’autorisation de cette école ni publique, ni privée, ce mardi à Cahors devant le nouveau préfet du Lot et le nouvel inspecteur d’académie. Vincent Gomez s’interroge notamment sur les diplômes de l’enseignante recrutée à Molières, parmi quatre autres candidat(e)s. Surveillante au collège Masbou de Figeac l’an dernier, la jeune femme est titulaire d’une licence d’espagnol et a passé le concours d’enseignant l’an dernier. «  J’étais admissible, mais pas admise  », explique Cécile Bernardino.

L’enseignant-syndicaliste lotois redoute surtout que le cas de Molières fasse école en sapant les regroupements de classes, dernière alternative aux fermetures d’écoles dans les zones rurales. «  Si on autorise ça, ça va faire comme une poussée de champignons  », s’alarme Vincent Gomez. Il voit derrière l’histoire de l’école lotoise la patte de l’association Ecole et Territoire, fondée au siècle dernier pour lutter contre les RPI mis en place par Lionel Jospin. L’association, qui attaque systématiquement les fermetures de classe devant les tribunaux administratifs, a bien déposé un recours en référé pour l’école de Molières. Elle a été déboutée le 10 mai dernier, comme pour les quatre autres recours déposés pour le seul département du Lot. L’association avait en revanche gagné un répit pour l’école de Molières, déjà menacée en 1999, en faisant valoir que la commune avait créé un lotissement susceptible d’apporter du sang neuf. Las, vingt ans plus tard, les chiffres de la population de Molières demeurent sous la barre des 400 habitants.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s