Pyrénées : protéger « en même temps »  les ours et les moutons

ours Balès

Emmanuel Macron va-t-il donner son feu vert à Nicolas Hulot pour remettre des ours en Béarn au printemps ? Cette mesure, réclamée depuis des années par des scientifiques et des écologistes de tous poils, demeure décriée localement par des éleveurs et des élus locaux avec la même vigueur. Soupçonnant le gouvernement de vouloir procéder à deux nouveaux lâchers de femelles dans les Pyrénées Atlantiques où ne subsisterait plus qu’un ou deux mâles, des éleveurs transhumants du secteur ont écrit directement au président de la République pour lui demander d’en finir avec « cette épée de Damoclès ». « Evitons-nous cette guerre », écrivent les opposants qui estiment que « les dernières introductions d’ours sur des territoires voisins se sont toutes soldées par des cuisants échecs, pour les éleveurs et pour les ours ».

Ce n’est pas l’avis des magistrats du tribunal administratif de Toulouse, qui viennent de donner raison à deux associations de protection de l’ours reprochant à l’Etat d’avoir suspendu toute réintroduction depuis 2006. Dans leurs attendus, les magistrats toulousains relèvent que la population des ours a certes repris du poil de la bête dans les Pyrénées (moins de 10 ours avant le « plan ours » de François Mitterrand en 1981, une trentaine actuellement), mais que « les perspectives futures demeurent défavorables ». Le jugement bât en brèche la doctrine des gouvernements successifs, qui misait sur un accroissement naturel grâce aux naissances enregistrées chaque année parmi la population d’ours importés de Slovénie. Il s’alarme d’une première baisse de la population en 2015 et du « risque génétique », la plupart des oursons ayant le même géniteur. La crainte de la consanguinité a conduit le gouvernement régional catalan a réintroduire un nouveau mâle coté espagnol en 2016. Les juges estiment enfin les dégâts causés aux troupeaux « relativement mesurés » et dégonflent les rodomontades des éleveurs : « il n’est pas établi que les oppositions locales feraient obstacle à toute opération de réintroduction efficace ».

Il reste à Nicolas Hulot à démontrer à Emmanuel Macron, habitué à venir chaque été en vacances chez sa grand-mère de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), que les avantages écologiques de nouveaux lâchers seraient supérieurs aux inconvénients politiques locaux. Un sondage Ifop commandé par un collectif d’associations écologistes a confirmé que les Français sont majoritairement favorables aux réintroductions. Les élus de la région Nouvelle Aquitaine semblent désormais plus enclins à tenter l’expérience que leurs voisins de la région Occitanie, où se concentrent l’essentiel des ours (et des problèmes) actuellement. Le Béarn abrite enfin depuis 1975 une association discrète mais efficace, le fond d’intervention éco-pastoral (FIEP) qui a la singularité de ne pas opposer l’ours et les bergers. Basé à Pau, le FIEP consacre davantage de crédits au pastoralisme (héliportages, radiotéléphones, promotion du fromage de montagne, etc) qu’à la faune sauvage. Son slogan historique, « pour que l’ours et le berger puisse vivre ensemble dans les Pyrénées », résonne aujourd’hui à l’unisson du fameux « en même temps » macronien.

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