La très discrète fermeture d’un site Seveso de Toulouse

Fenouillet gaz
Les deux grandes cuves semi-enterrées et végétalisées de propane et de butane sont vides. Le centre d’emplissage Finagaz de Fenouillet, au nord de Toulouse, a officiellement fermé ses portes le 31 juillet. Une partie des 15 salariés du site, classé Sévéso, devait être transférés vers Antargaz à Boussens, au sud de la Haute-Garonne.  Mais aucun n’a souhaite déménagé. Les deux entreprises sont la propriété du groupe américain UGI, qui a racheté l’activité GPL de Total en 2015. Les nouveaux propriétaires ont annoncé leur départ de la banlieue toulousaine dans un courrier électronique lapidaire adressé le 21 juin à la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) d’Occitanie. La nouvelle a surpris car le préfet venait d’adopter en juin 2017 le plan de prévention des risques technologiques (PPRT), après dix ans de procédure.

un déménagement évalué à 24 millions par Total

Les élus locaux, marqués par l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001, réclamaient unanimement la fermeture du site depuis des années. Mais la solution d’un déménagement, évalué à 24 millions par Total, n’avait pas été retenue par le préfet. Dans un arrêté signé le 6 décembre 2017, le représentant de l’Etat se contentait de demander au nouvel exploitant d’étudier la mise en place d’un « système d’alerte à destination des gestionnaires du réseau ferré et des axes routiers ». Le site, approvisionné par wagons-citernes, est en effet bordé par l’ancienne route nationale 20, qui passe à seulement 10m de ses grilles. La circulation automobile est intense à l’entrée nord de Toulouse, qui voit passer 30.000 véhicules par jour. Un système de feux de signalisation automatisé pour couper la route entre deux rond-points en cas de fuite de gaz était envisagé. Coût estimé : 140.000 euros, selon les services de Toulouse-Métropole, qui a hérité de l’ancienne nationale transférée dans un premier temps au département.

Le centre commercial s’est rapproché

Le risque industriel n’a toutefois pas empêché l’extension du centre commercial Casino voisin, qui a inauguré entre 2015 et 2016 une nouvelle galerie marchande de 130 boutiques sur 90.000 m2 et un multiplexe de 8 salles de cinéma. Ce nouveau centre commercial géant, avec son parking de 2.600 places, se trouve désormais à 500m seulement du site gazier. Le dernier exercice de secours, organisé en décembre 2016, aurait révélé des difficultés d’évacuation, selon un habitant membre d’une association de riverains. La consigne en cas d’accident est d’évacuer la zone à pied. Mais le site, coincé entre la route d’un coté, les voies ferrées et le canal latéral de l’autre, n’offre aucune échappatoire.

La SNCF a refusé de racheter le site

Un nouveau risque est enfin apparu avec le projet de LGV entre Toulouse et Bordeaux prévoyant la construction de deux nouvelles voies ferrées qui auraient frôlé le site à une centaine de mètres seulement. Le coût pour protéger les trains s’annonçait lourd : entre 14 et 40 millions, selon les premières estimations. Il était question de recouvrir les voies dans une sorte de tunnel, ou de construire des « sarcophages » en béton pour protéger les trains de voyageurs. Une centaine de trains passent chaque jour à proximité du site, sans compter les nombreux trains de marchandises de la gare de triage de Saint-Jory, en pleine restructuration. Il fut même question de vendre les 3 hectares du site gazier à la SNCF, mais l’entreprise publique n’a pas donné suite. Finagaz disposait de son propre embranchement ferré pour approvisionner le site de Fenouillet. En 2015, 735 wagons-citernes ont servi à remplir 1 million de bouteilles de gaz, distribuées par un peu moins de 3.000 camions dans toute la région. La direction de l’entreprise invoque la baisse de la consommation de GPL pour justifier la fermeture de son site de Fenouillet. Elle se refuse à tout autre commentaire. Il reste deux autres sites pétroliers classés Seveso au nord de Toulouse.

Un ourson perdu, capturé puis relâché dans les Pyrénées

Ourse ourson

Un ourson isolé, âgé de 6 mois environ, a été trouvé jeudi soir par un ou des promeneurs sur la commune de Fos (Haute-Garonne). Les conditions de sa découverte, à deux pas de la route qui mène en Espagne en suivant la vallée de la Garonne, demeurent inexpliquées. L’animal était déshydraté et en hypoglycémie, indique la préfecture dans un communiqué. Le ministère de l’Ecologie a autorisé en urgence sa capture. Requinqué, l’animal a aussitôt été relâché dans la nuit, non sans avoir été équipé d’un émetteur posé dans une oreille. “ Dans un secteur à même de lui assurer des conditions de sécurité, de quiétude et de ressources plus favorables, et où sa mère potentielle avait été localisée peu de temps auparavant ”, précise le communiqué.

Les autorités françaises ont manifestement tiré les enseignements du précédent malheureux d’Auberta, une oursonne trouvée dans des conditions similaires à quelques kilomètres de là, coté espagnol, en 2014. L’animal avait alors été placé dans un enclos caché dans la montagne, à l’abri des curiosités. Surveillé par des caméras, il avait pu poursuivre sa croissance durant tout l’été. Mais Auberta est finalement décédée en novembre dans son enclos, peu de temps après avoir été opérée pour être équipée d’un émetteur intra-abdominal en prévision de sa libération dans la nature. Le sort de l’oursonne avait suscité beaucoup d’émotions. Il embarrassait manifestement les autorités locales du Val d’Aran, enclave gasconne bénéficiant d’une certaine autonomie au sein de la région autonome catalane. Les élus locaux aranais avaient proposé à la France de relâcher la petite femelle en Béarn, où ne subsistent que deux mâles. Ils ont encore récemment adopté une motion hostile au mâle slovène réintroduit par les Catalans avec l’aide de l’Europe en 2016, accusé de faire trop de dégâts dans les troupeaux.

Le contexte a changé coté français, puisque Nicolas Hulot a décidé de relâcher deux femelles adultes cet automne dans les Pyrénées Atlantiques. La question du maintien des derniers ours du noyau occidental est posée depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en 2004. La survie de l’ourson trouvé à Fos, elle, n’est pas assurée. Mais elle ne remet pas fondamentalement en cause l’existence de ce noyau central, désormais fort d’une quarantaine d’individus, tous issus des ours relâchés en provenance de Slovénie.

L’ourson de Fos, dont le sexe n’a pas été précisé, a été rapidement relâché après un court séjour en cage de seulement quelques heures. L’équipe technique chargée su suivi des ours espère qu’il arrivera à survivre, même s’il ne retrouve pas sa génitrice. L’ourson de Cannelle, tué à la Toussaint, avait survécu à la mort de sa mère. Les oursons de Mellba, l’une des deux premières ourses slovène également tuée par un chasseur en Haute-Garonne, avaient eux-aussi pu passer l’hiver. Ces petits orphelins de l’automne étaient toutefois moins dépendants que l’ourson de Fos. La préfecture recommande de tenir son chien en laisse quand on se promène en montagne afin d’éviter qu’il perturbe une ourse avec ses petits. C’est vraisemblablement ce qui c’est produit il y a quelques jours dans le secteur de Fos, où deux promeneurs ont rapporté avoir été “chargés” par une ourse. Sans doute la mère du petit abandonné. Des randonnées naturalistes sont également organisées depuis l’an dernier autour du site où ont eu lieu les premières réintroductions d’ours dans les Pyrénées, il y a vingt ans.