Sur un barrage avec un électeur désabusé d’Emmanuel Macron

Pierre Louis gilet jaune
Pierre-Louis Delaunay a pris son vélo pour bloquer la circulation samedi 17 novembre devant le centre commercial Gramont, à l’entrée de Toulouse. « J’essaye de tout faire à mon niveau pour la planète, mais le mépris du peuple est insupportable » dit ce quinquagénaire désabusé. Sur son gilet jaune, il a jeté sa colère  : «  taxes écolos, faut pas nous prendre pour des cons  ». Pierre-Louis raconte qu’il a acheté un véhicule diesel en 2001. « Je l’utilise le moins possible, il ne consomme que 6 litres au 100 et ne pollue pas. J’avais la pastille verte quand je l’ai acheté, et maintenant, j’ai une vignette 5 qui m’empêchera de circuler en cas de pic de pollution ». A ses yeux, il s’agit d’une obsolescence administrativement programmée.

Pierre-Louis, qui se définit politiquement « sans étiquette », raconte qu’il a pourtant voté pour Emmanuel Macron en 2017. « Par défaut », précise-t-il. Il ne se dit même pas déçu. « Je suis plutôt satisfait de sa politique extérieure, je partage ses valeurs sur l’Europe. Mais c’est la cata en politique intérieure. Il a tout fait à l’envers ». La suppression de l’ISF lui est notamment restée en travers de la gorge. Il déplore qu’elle pénalise les associations caritatives et se sent aujourd’hui un peu plus proche des Insoumis.

D’autres manifestants qui ont établi un barrage sur un autre rond-point, quelques centaines de mètres plus loin, sont plus virulents à l’égard du président de la République, caricaturé sur une affiche détournée du Dictateur de Charlie Chaplin. Eux sont venus avec un camion et une sono. Ils étaient bien décidés à rester plusieurs jours sur place, à en croire les tracts qu’ils distribuent. Mais après avoir envahi le périphérique, les gilets jaunes de Gramont ont finalement levé le camp à la tombée de la nuit.

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Interview : faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

 

Aurélie Jean
L’intelligence artificielle va-t-elle définitivement supplanter l’humain, se demande Aurélie Jean dans sa dernière chronique au Point ? En quoi les algorithmes d’aujourd’hui sont-ils différents des logiciels de l’informatique du siècle dernier ?
L’intelligence artificielle, c’est faire résoudre des problèmes par des ordinateurs. Pour cela, il faut d’abord créer un modèle sous forme mathématique. C’est ce qu’on appelle un algorithme. J’ai beau être une «  matheuse  », la calculatrice ira toujours plus vite que les opérations que je peux faire à la main. Je crée donc des algorithmes pour aller plus vite, être plus efficace. La grande différence entre Deep Blue, l’ordinateur d’IBM qui avait battu Garry Kasparov aux échecs et AlphaGo, la nouvelle championne du jeu de go conçue par Google, c’est que la machine a atteint son niveau en jouant d’abord contre elle-même avant de battre un humain. On fixe les règles de base au départ, et l’intelligence artificielle est ensuite capable «  d’apprendre  » toute seule en jouant une multitude de combinaisons contre elle-même. Cette notion de deep learning est déjà ancienne. On distingue deux niveaux d’intelligence artificielle  : la faible et la forte. Dans les modèles les plus évolués, la machine serait capable d’apprendre sans intervention humaine. Elle aurait en quelque sorte «  conscience  » de son existence. On cherche même à la doter d’une intelligence émotive. En réalité, aucune machine n’éprouvera jamais de sentiments, selon moi. Mais elle peut en exprimer, si elle a été programmée pour le faire.
Construire une machine capable de battre des champions de go ou d’échec, c’est une performance qui peut frapper les esprits, mais qui ne porte guère à conséquences. Que penser en revanche d’un programme qui remplacerait les pilotes dans un avion, ou qui prendrait le volant à notre place à bord des voitures autonomes annoncées dans un futur proche  ?
Techniquement, on sait déjà faire beaucoup de choses. On a des «  pilotes automatiques  » à bord des avions ou des métros. Mais l’exemple de la voiture autonome est intéressant, parce que même si elle marche déjà à 90%, ce sont les 10% qui restent qui posent problème. On n’a pas le droit à l’erreur. Je ne suis pas une spécialiste des transports automatiques, mais il me semble que le challenge n’est pas seulement technique. On voit bien que la question est aussi d’ordre éthique. L’IA qui pilote une voiture autonome doit-elle privilégier la sécurité des personnes à bord, ou le piéton qui traverse devant elle  ? La réponse ne peut pas venir uniquement des programmeurs. Le public doit lui aussi pouvoir donner son avis. Je plaide également pour que les scientifiques se rapprochent des parlementaires afin de co-construire la réglementation de demain. Il ne faudrait pas qu’une loi freine l’innovation ou protège faussement la population, voire qui contient des vides technologiques.
On met souvent les erreurs humaines en cause dans les accidents, mais un ordinateur aussi, ça peut «  planter  »…
Quand il y a un bug, il y a deux raisons possibles  : soit c’est que le programme a été mal codé, soit c’est qu’il rencontre un cas non pris en compte au départ. C’est ce qu’on appelle un «  biais  » de programmation. Je prends souvent l’exemple des premiers logiciels de reconnaissance faciale qui n’étaient pas capables de fonctionner correctement avec des personnes noires, simplement parce que les programmateurs étaient blancs. Dans les deux cas, il s’agit de failles humaines. Un logiciel ne peut pas être «  raciste  », ou sexiste comme cela a été dénoncé récemment dans le cas d’un programme d’IA chargé de sélectionner les CV chez Amazon. Je le dis d’autant plus ouvertement alors que je milite personnellement pour davantage d’égalité des sexes dans le monde professionnel. Ce n’est pas le programme qu’il faut incriminer. Il faut au contraire s’attacher à comprendre comment il a été écrit pour pouvoir le corriger, l’améliorer. Cela étant dit, il faut bien reconnaître que si tout le monde vise le «  zéro bug  », il y en aura toujours. Je ne vois pas comment les éviter, mais on peut faire en sorte de les repérer avant qu’ils ne fassent des dégâts. La plupart des outils informatiques que vous utilisez comportent des bugs, mais ils sont supprimés au fur et à mesures des nouvelles versions mises à jour. Quand je travaillais chez Bloomberg, on commençait à tester les nouveaux programmes parmi les 5.000 collaborateurs en interne avant des les diffuser à l’extérieur pour minimiser les risques. L’important, c’est de réagir vite.
La vitesse, cela peut aussi faire peur en cas de crash. Le grand public a pu être choqué d’apprendre que des machines réalisaient des transactions boursières à la place des traders lors de la crise de 2008…
C’est vrai que le trading haute-fréquence est automatisé. Mais cela peut-être intéressant sur des marchés qui fluctuent trop, en permettant au contraire de ré-équilibrer les échanges. Je pense même que les algorithmes peuvent prévenir les crises, même si cela n’a jamais été démontré. On peut désormais faire des prédictions grâce à l’IA, mais à la fin c’est l’humain qui décide. Tant que l’IA ne sert pas à faire de la spéculation financière, son utilisation dans le milieu bancaire et boursier ne me choque pas.
La vitesse et la puissance de calcul ne sont-elles pas en train de marquer le pas face à la montée en puissance de la data, véritable «  carburant  » de l’économie numérique  ?
Effectivement, nous générons toujours plus de données que ce que nous sommes capables d’analyser. C’était l’une de mes grandes frustrations quand j’étais en thèse  : je générais davantage de data que ce je pouvais traiter. Même si on accédait demain à des puissances de calcul encore plus puissantes que celles dont nous disposons, avec par exemple des «  ordinateurs quantiques  », on doit faire face à une croissance exponentielle des facteurs à traiter. La moralité que j’en tire, c’est qu’il faut toujours garder un œil critique sur ce qu’on fait.
La société aussi peut parfois être critique, voire effrayée par un avenir toujours plus «  connecté  » qui évoluerait vers une société de surveillance généralisée, façon cauchemar d’Orwell
Oui, les gens qui expriment ces craintes ont raison. Comme toute innovation, l’IA peut conduire à de bonnes ou de mauvaises utilisations. C’est comme le nucléaire, qui a conduit à la bombe atomique mais aussi à développer des thérapies contre le cancer. Il faut se garder de tout rejet épidermique. Développer l’esprit critique est une bonne chose. Chaque innovation peut provoquer à la fois la peur et la fascination. Mais je sens monter une méfiance envers la science qui m’attriste. Un scientifique digne de ce nom n’a pas à mon sens à être technophile ou technolâtre, il doit juste être techno-réaliste. Je constate qu’il est souvent plus facile de vendre des peurs que des rêves. Comme je me refuse à le faire, mes réponses sont souvent décevantes pour le grand public qui s’attend à une présentation dramatique.

François Delarozière, le retour du fils prodigue à Toulouse

Minotaure Delarozière
Il avait pensé initialement proposer un immense héron volant. Quand Pierre Cohen, l’ancien maire (PS) de Toulouse lui a commandé l’un de ces spectacles de marionnettes géantes dont il a le secret, François Delarozière avait encore en tête cet « arbre aux hérons » qui devrait voir le jour à Nantes. Le fondateur de la compagnie La Machine a finalement conçu un Minotaure de plus de 40 tonnes et 14m de haut spécialement pour la ville. Inspiré par le dédale de ses ruelles médiévales, et singulièrement par cette rue du Taur tracée selon la légende par un taureau traînant le corps du premier évêque martyr de Toulouse à l’époque romaine. Guidé par l’une des deux araignées géantes déjà aperçues à Liverpool ou Montréal, rebaptisée Ariane pour l’occasion, le Minotaure attire la foule en dépit d’une météo capricieuse : 200.000 personnes se sont pressées dès le premier jour sur les bords de la Garonne.

Le nouveau maire, Jean-Luc Moudenc (LR), se déclare satisfait. Il mise beaucoup sur le Minotaure et les autres créations mécaniques de François Delarozière pour renforcer l’attractivité touristique de la ville. L’élu avait pourtant vertement dénoncé le projet de son prédécesseur lors de la campagne électorale de 2014. « J’avais critiqué les modalités de gestion, jamais l’idée », nuance aujourd’hui M Moudenc. Le créateur de La Machine, lui, se tient prudemment en retrait des joutes politiques locales. « Je n’ai jamais pris parti, ça ne m’intéresse pas » confie François Delarozière. Il a patiemment rongé son frein pendant cinq ans. Le Minotaure devait initialement être dévoilé au public en octobre 2013, juste avant les élections municipales.

15 millions pour la Halle de la Machine

Jean-Luc Moudenc raconte qu’il a tenu à rassurer le concepteur du Minotaure dès leur première rencontre. « Je lui ai tout de suite dit qu’on ferait le spectacle ». Mais les tractations ont été longues pour aplanir les questions financières. Le budget pour quatre jours de spectacle, entièrement gratuit, s’élève à plus de 2 millions d’euros. Autant que ce que la métropole a déboursé pour la construction du Minotaure (2,5 millions). A ces 4,7 millions s’ajoutent les 15 millions pour la Halle de la Machine, vaste bâtiment vitré de 6.000 m2 érigé sur l’emplacement de l’aérodrome historique de la ville, celui d’où s’élançaient les pionniers de l’Aéropostale dans le quartier de Montaudran. Cet aspect patrimonial chagrinaient davantage encore les nostalgiques de la glorieuse histoire aéronautique de Toulouse que le budget total alloué à La Machine. Les fans de Mermoz et Saint-Exupéry apprécieront peut-être d’apprendre que François Delarozière a prévu d’ajouter des ailes à son Minotaure. Elles seront dévoilées ce samedi soir.

Minotaure Machine Montaudran

L’artiste-ingénieur doit enfin oublier l’épisode désormais légendaire de l’autobus à la broche. Les vieux Toulousains qui votaient alors pour Dominique Baudis doivent encore se souvenir avec effroi de ce spectacle déjanté du Royal de Luxe qui avait mis en scène dans les années 80 l’incendie d’un vénérable bus de la Semvat, façon méchoui. Privée de subventions, la troupe de théâtre de rue avait alors quitté Toulouse pour Nantes. François Delarozière, lui, a toujours gardé un pied dans l’agglomération. Celui qui a conçu la plupart des machines de spectacles du Royal de Luxe a fondé sa propre compagnie en 2005. Avec un goût prononcé pour les mécaniques de transport. Comme l’éléphant de l’île de Nantes, le Minotaure pourra embarquer des voyageurs quand il aura rejoint ses quartiers de Montaudran. Cinquante personnes pour une dizaine d’euro le trajet.