La 3ème ligne de métro de Toulouse confrontée au crash commercial de l’A380 d’Airbus

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Le maire de Toulouse a-t-il vu trop grand pour sa troisième ligne de métro, annoncée pour 2024 pour relier Colomiers et Labège ? Officiellement repoussé d’un an, le projet de Jean-Luc Moudenc vient d’être sévèrement étrillé par la Cour des Comptes, qui le considère comme « un pari incertain ». La chambre régionale des comptes de Montpellier estime même qu’elle ne pourrait pas aboutir avant 2027. Cette ligne de 27 kms doit notamment connecter les usines et les bureaux de l’industrie aéronautique et spatiale disséminés entre l’ouest et le sud-est de l’agglomération. Baptisée Toulouse Aerospace Express (TAE), elle répond en priorité à la demande pressante d’Airbus qui ne cachait plus son irritation de voir des milliers de ses salariés coincés quotidiennement dans les bouchons. Mais le PDG du groupe européen vient d’annoncer la fin de la production de son super-jumbo A380 pour 2021. La nouvelle, ajoutée aux réserves de la Cour des Comptes, a fait l’effet d’une douche froide sur TAE. Quand Airbus tousse, c’est Toulouse qui s’enrhume.

Sacha et le pot-au-lait

La principale critique des magistrats financiers porte sur le plan de financement de la troisième ligne de métro. Pour s’offrir un investissement pesant plusieurs milliards d’euros, les élus toulousains auraient tendance à sur-estimer les recettes de fonctionnement de Tisséo, le syndicat mixte des transports de l’agglomération. La principale ressource financière de Tisséo, avant même les recettes de billetterie, repose sur le « versement transport » réglé par toutes les entreprises de 11 salariés et plus. En 2016, cet impôt avait rapporté 245 millions. Il devrait rapporter plus du double en 2030, selon les calculs de Sacha Briand, le grand argentier du Capitole et de Tisséo. Ce pronostic financier n’est pas sans rappeler une fameuse fable de Lafontaine, avec Airbus dans le rôle de la cruche de Perrette, la fermière qui allait au marché avec un pot-au-lait sur la tête en rêvant par avance aux bénéfices qu’elle allait réaliser.

Quelle masse salariale en 2030 ?

Selon un premier plan de financement présenté en juin 2017, Sacha Briand escomptait un versement transport (VT) de 397 millions en 2030. Les magistrats de la chambre régionale des comptes le trouvait déjà présomptueux, relevant qu’un cabinet d’expert estimait de son coté les recettes du VT dans une fourchette comprise entre 343 et 383 millions « dans l’hypothèse la plus optimiste ». Cette variation du VT s’explique par son mode de calcul : il repose sur la masse salariale distribuée par les entreprises assujetties à cette taxe. Faisant fi des critiques des juges de Montpellier, Sacha-Perrette a présenté une nouvelle étude de « soutenabilité financière » encore plus optimiste qui table sur une augmentation annuelle de 42,5 millions du VT. Elle estime que 10.000 emplois vont affluer d’ici 2025 dans la métropole du simple fait de l’annonce de la construction du nouveau métro et que 3.000 emplois supplémentaires seront encore créés chaque année à partir de 2030. Faute de pouvoir augmenter lui-même le VT, dont le taux a atteint en juillet 2011 le plafond maximum (2%) fixé par la loi, Sacha Briand compte enfin sur la prodigalité d’Airbus et des autres chefs d’entreprises de l’agglomération qui devraient augmenter les salaires de 2,25% par an dès 2019. Verra-t-on l’adjoint aux finances du maire de Toulouse manifester avec la CGT pour « consolider » ses prévisions budgétaires ?

« crash test » financier

Mais que se passerait-il si Airbus et toute la filière aéronautique, qui pèse 70.000 emplois dans l’agglomération, venait à battre de l’aile ? La question est tabou à Toulouse. L’arrêt de la construction de l’A380 dans l’usine géante construite spécialement à la sortie de Blagnac va pourtant « impacter » entre 3.000 et 3.500 emplois, de l’aveu même de Tom Enders, le PDG d’Airbus. De la même façon que le constructeur d’avions soumet chaque nouveau modèle à de sévères essais pour obtenir sa certification, les financiers qui seront sollicités pour prêter les 3 à 4 milliards nécessaires pour financer le futur métro et les autres investissements prévus dans la nouveau « plan de mobilités » de l’agglomération vont faire subir au plan de Sacha Briand des « crash-test », comme disent les banquiers. La fin annoncée de l’A380 en est un, grandeur nature. L’agglomération s’était pourtant fortement endettée pour accueillir le super-jumbo, inaugurant pour la circonstance une première ligne de tramway jusqu’à Blagnac. C’est à se demander qui pilote vraiment le métro automatique de Toulouse : les élus de l’agglo et de Tisséo, ou les dirigeants d’Airbus ?

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