Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

scouts climat (2)

Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

gaz climat

Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

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Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Deux citernes de gaz condamnées par le préfet à Boussens

Boussens auberge de l'ours
Contrairement à l’ancien site Seveso de Finagaz de Fenouillet, personne ne demande ouvertement la fermeture d’Antargaz à Boussens. Seul le maire de Roquefort-sur-Garonne, commune située de l’autre coté du fleuve, raconte avoir demandé le transfert du site vers la zone industrielle de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Mais sans insister. « Le gaz fait partie de notre ADN » reconnaît Jean-Bernard Portet. Il faut dire que c’est ici, dans le sud de la Haute-Garonne, qu’on a découvert le premier gisement français en 1939. Avant même le gaz de Lacq (Pyrénées Atlantiques). Le dernier puits de forage du Comminges a été fermé en 2009. Comme à Fenouillet, le gaz arrive donc désormais sous forme liquide (GPL) en wagon-citerne depuis la Méditerranée avant d’être livré, en vrac ou en bouteilles, par une noria de camions. Mais contrairement au site du nord de Toulouse, les cuves de Boussens ne sont pas à moitié enterrées sous des talus végétalisés pour réduire les risques en cas d’explosion. Les six citernes blanches sont à l’air libre.

 

L’ancienne entrée du site a été condamnée. Elle a été déplacée une centaine de mètres plus loin, avant le pont sur la Garonne. Un ancien restaurant situé au carrefour est muré. Le propriétaire a été exproprié, comme le stipule un avis placardé le 15 octobre par le maire de la commune voisine de Mancioux. Une maison d’habitation de l’autre coté de la route a également fermé définitivement ses volets en application du plan de prévention des risques technologiques (PPRT), approuvé en 2015 par le préfet. Au total, 5 bâtiments sont inclus dans le secteur délimité pour les expropriations à Mancioux. Le site Seveso étant situé à la sortie de Boussens, ce sont surtout les communes voisines qui sont impactées. A Roquefort, 11 maisons sont inscrites «  en délaissement  »  : « je dois aller voir les familles chaque année pendant six ans pour leur demander si elles souhaitent vendre et déménager », explique le maire. Trois propriétaires ont accepté de partir à ce jour. « Pour le préfet et l’administration, ce ne sont que des numéros sur un plan », soupire Jean-Bernard Portet.
Un PPRT jugé « insuffisant »
Coup de théâtre supplémentaire, trois maisons du hameau du Fourc, situé juste en face du dépôt de gaz sur la rive droite de la Garonne, ont été inscrites en novembre 2017 dans la zone rouge des  » effets létaux significatifs « . Les études de danger de l’industriel ont été revues à la hausse par l’administration à l’occasion de leur révision quinquennale réglementaire. Le PPRT est jugé  » insuffisant  » par l’inspection des installations classées. « Une sous-estimation des intensités de certains phénomènes dangereux, évaluées dans l’étude de 2009, est avérée », écrivent notamment les deux inspecteurs dans leur rapport du 17 octobre 2017. Le maire de Roquefort tombe des nues. L’élu assure que les services de l’Etat ne l’ont pas prévenu. « Le hameau du Fourc existait pourtant avant l’exploitation du gaz », fait valoir Jean-Bernard Portet.

Au total, huit bâtiments supplémentaires figurent dans le  » périmètre des effets létaux  » d’Antargaz après le nouveau rapport des inspecteurs des installations classées. L’usine de l’équipementier automobile Continental, qui s’est installée sur l’ancien site d’Elf-Aquitaine, est notamment impactée : un bâtiment où travaille une trentaine de salariés se retrouve dans la zone rouge des « effets forts + « . Pour éviter le tollé que ne manquerait pas de provoquer la publication de leurs conclusions, le préfet a pris en janvier 2018 une mesure radicale : il a fermé provisoirement deux des quatre citernes de propane du site de Boussens. Amputé d’autorité d’une part significative de sa capacité de stockage, le site Seveso voit mécaniquement son périmètre de danger se réduire dans les limites antérieures du PPRT.

L’arrêté préfectoral du 21 décembre 2018, présenté comme provisoire en attendant que l’industriel investisse pour réduire le danger à la source, n’a toujours pas été révisé. Une réunion technique entre les ingénieurs de l’Etat et de d’Antargaz était programmée en décembre 2018. Un exercice de sécurité civile a également été organisé en décembre dernier à Boussens. Il concernait le site gazier, mais également l’usine chimique BASF, elle aussi classée Seveso. A la demande des industriels, les caméras ont été déclarées indésirables ce jour-là dans la petite bourgade du sud de la Haute-Garonne.