Les Tops et les Flops de Moudenc à Toulouse

Un an avant les élections municipales, Le Point tire le bilan du mandat du maire de Toulouse dans un supplément spécial. Retrouvez les bons et les mauvais points de Jean-Luc Moudenc sur 10 dossiers essentiels.

Le Point lacrymo

La troisième ligne de métro

Les tunneliers n’ont pas commencé à creuser le projet-phare de la campagne du candidat Moudenc de 2014, mais le principe d’une troisième ligne de métro est désormais acté. Pierre Cohen peste régulièrement contre cette ligne « virtuelle » qui s’affiche déjà dans les rames actuelles, mais la plupart des opposants au maire de Toulouse ne menacent plus de renvoyer le métro sur une voie de garage pour ressortir les tramways chers à l’ancien maire socialiste. Claude Raynal, chef de file des élus socialistes à Toulouse-Métropole, a fait savoir qu’il ne remettrait pas en cause ce nouveau métro en cas de victoire. Cela ne l’empêche pas de tirer à boulets rouges sur son coût, jugé dispendieux. Le projet, initialement chiffré à 1,2 milliard par M Moudenc, est désormais estimé à 2,6 milliards. La Cour des Comptes elle-même s’en est émue dans son rapport annuel, jugeant la troisième ligne comme « un pari dont le financement reste à stabiliser ».

Le maire de Toulouse a bénéficié d’emblée du soutien d’Airbus, sensible à la desserte de plusieurs de ces sites de Colomiers jusqu’aux portes de Labège. Il a déminé les réticences des élus du Sicoval, qui redoutaient que cette nouvelle ligne remette en cause le prolongement de la ligne B, laissant à son 1er adjoint, Jean-Michel Lattes, le soin d’affiner le tracé et de répondre aux critiques d’un collectif qui réclame de passer davantage au centre ville.
La tour d’Occitanie

Une  » forêt verticale  » qui s’enroule en spirale autour d’un building de 40 étages entre la gare Matabiau et l’arche Marengo. L’audacieux projet de la tour d’Occitanie dessiné par l’architecte Daniel Libeskind est incontestablement la plus grande surprise du mandat. Ce gratte-ciel de 155m de haut ne figurait pas dans les promesses de campagne de Jean-Luc Moudenc. Le maire est toutefois bien décidé à délivrer sans tarder un permis de construire à la Compagnie de Phalsbourg, qui prévoit d’y loger un hôtel Hilton, une centaine d’appartements de standing, des bureaux et des commerces dans la base de la tour qui s’avance comme la proue d’un navire au bord du canal du midi, sur le terrain de l’ancien tri postal qui appartient à la SNCF.

L’enquête publique qui devait s’achever le 30 avril montre une population très partagée. La moitié des avis recueillis sur le registre numérique applaudit  : « ce projet va faire passer Toulouse d’une métropole à une mégapole », se félicite ainsi Augustin Gauthier. L’autre moitié d’indigne  : « ce building n’est pas du tout dans le style local, il va complètement défigurer la ville et rompre son harmonie » estime Fabien Mitton. La focalisation de ces avis très tranchés sur la tour a fait passer au second plan la mue annoncée de tout le quartier de la gare. La tour d’Occitanie est un peu l’arbre qui cache la forêt des immeubles qui pourront atteindre 60m de haut dans le cadre du projet TESO (Toulouse Euro Sud-Ouest), également soumis à enquête publique. Jean-Luc Moudenc espère que le projet Libeskind fera école. « J’attends que d’autres urbanistes et architectes proposent d’autres immeubles végétalisés », dit le maire dans l’entretien qu’il nous a accordé.
L’eau « la moins chère de France »

A partir du mois de mars, les habitants des 37 communes de Toulouse paieront le même prix pour l’eau. La facture sera inférieure à 3 euros le m3 (2,91€). «  Le tarif le plus bas de France  », assure Toulouse-Métropole. Il comprend l’eau du robinet (1,57€) distribué par Veolia, et le coût de l’assainissement (1,65€) désormais assuré par Suez. Le concurrent de Veolia va donc assurer la gestion de la station d’épuration de Ginestous, mais cette petite révolution sera transparente pour l’abonné, qui ne réglera qu’une seule facture, en baisse dans toutes les communes. Cela représente une économie annuelle de 120€ pour une consommation moyenne de 120m3 à Toulouse, et de 45 à 240€ dans les autres communes. Une harmonisation «  par le bas  » qui vient clore l’éternel débat entre gestion publique en régie et délégation à un groupe privé.

Les opposants au maire de Toulouse voulaient chasser Veolia de Toulouse avec un argument simple  : une régie est forcément moins chère, puisqu’elle n’a pas de profits à distribuer à ses actionnaires. Stupeur  : l’étude comparative confiée à un cabinet spécialisé par Jean-Luc Moudenc a finalement révélé que Suez et Veolia étaient les mieux-disants. Le maire de Toulouse a confié parallèlement le soin de négocier le renouvellement de la concession à Pierre Trautmann, l’homme qui avait déjà conclu le contrat avec Veolia il y 30 ans. L’ancien directeur des services de Dominique Baudis a su habilement tirer parti de cette double concurrence. Mais la baisse spectaculaire laisse dubitative Nadia Pellefigue. « Est-ce qu’on n’a pas payé l’eau trop cher pendant des années », s’interroge la candidate qui brigue le Capitole en 2020  ?

Le Minotaure

Minotaure Montaudran

Plus de 800.000 personnes sont tombées sous le charme du Minotaure lors de sa déambulation dans les rues de Toulouse lors du long week-end de la Toussaint. Depuis cette parade enchantée, saluée jusque dans les colonnes du New-York Times, la mécanique géante conçue par François Delarozière a rejoint d’autres inventions de cet artiste-ingénieur hors-normes à Montaudran. Le public s’y presse pour monter à bord de l’imposante machine de 47 tonnes et 14m de haut. Le curieux baldaquin fixé définitivement sur son dos à l’issue du spectacle de rue peut embarquer jusqu’à 50 personnes. On y grimpe à l’aide d’un escalator et d’un quai d’embarquement semblable à celui des aéroports.

Le Minotaure sort plusieurs fois par jour pour fouler l’ancienne piste d’envol des pionniers de l’Aéropostale. Lorsqu’il était dans l’opposition, Jean-Luc Moudenc avait vivement critiqué ce choix de Pierre Cohen. C’est en effet l’ancien maire socialiste qui avait passé commande du Minotaure, puis fait construire le grand bâtiment vitré pour abriter les créations de Delarozière. A la grande fureur de plusieurs associations de défense du patrimoine aéronautique toulousain. A son retour au Capitole, le maire n’a finalement pas rayé le projet de son prédécesseur d’un trait de plume. Tout en renégociant les conditions financières avec Delarozière, il a réussi à concilier le Minotaure avec la mémoire de Latécoère. Fair-play, Jean-Luc Moudenc a même rendu hommage à Pierre Cohen lors de l’inauguration de la Halle de La Machine.
Saint-Sernin sans voitures

Le grand chantier mené autour de la basilique Saint-Sernin depuis deux ans est en passe de se terminer. Le changement le plus spectaculaire est la disparition du parking devant le lycée, partiellement remplacé par un bosquet d’arbres. Débarrassée de toute circulation automobile, la place s’intègre à l’extension du  » plateau piétonnier  » mené par Joan Busquets. L’architecte catalan a fait disparaître les 160 places de stationnement, planté une nouvelle fontaine sur le parvis et retiré les grilles qui corsetait la basilique. Pour Jean-Luc Moudenc, le nouveau visage de la place est un élément supplémentaire pour la candidature du centre historique de Toulouse au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais la centaine d’arbres plantés par Busquets ne sont pas du goût de tous. Des passionnés d’archéologie redoutent que leurs racines endommagent des trésors enfouis. Ils auraient voulu profiter du chantier pour mener des fouilles plus approfondies. Les arbres sont aussi accusés de cacher la vue de la basilique. Un argument à la limite de la mauvaise foi quand on sait que ces amoureux des vieilles pierres voulaient ériger un nouveau bâtiment, avec cafeteria sur le toit, pour étendre le musée Saint-Raymond à la place des arbres.

Saint Sernin parvis

Hausse des impôts

En dépit de ses promesses électorales, Jean-Luc Moudenc a augmenté de 15% le taux de la taxe d’habitation dès 2015. Une augmentation identique, mais lissée sur deux ans, est votée à Toulouse Métropole. Cette décision tranche avec les années de stabilité fiscale qui furent la marque de fabrique des années Baudis. Le maire de Toulouse a beau rejeter la faute sur la gestion de son prédécesseur et le tour de vis imposé aux collectivités par le gouvernement socialiste, la pilule est dure à avaler. Ses opposants ne manqueront pas de lui rappeler en 2020. Claude Raynal, chef de file des élus PS à la Métropole, dénonce « le mensonge fiscal » de Moudenc. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Sacha Briand, adjoint aux Finances, a tenté d’expliquer que cette hausse était rétrospectivement judicieuse, puisque le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé la suppression pure et simple de la taxe d’habitation.

L’augmentation des impôts s’est accompagnée d’une révision à la hausse de plusieurs tarifs municipaux. L’opposition dénonce une dégradation générale des services publics. « On paie plus sans en avoir plus », résume Romain Cujives, autre prétendant socialiste au Capitole. En guise d’exemple, la fermeture de la piscine d’Ancely est régulièrement brandie par les élus communistes. La suppression de la gratuité dans les cantines ou dans les bus et le métro pour les retraités, est aussi beaucoup commentée.
Les bouchons

En attendant la troisième ligne de métro, dont la mise en service a déjà été reportée d’un an (2025) par Tisséo, les embouteillages sont le lot quotidien de plus en plus de Toulousains. Les bouchons ont même tendance à s’aggraver selon l’étude annuelle de l’Inrix, un institut qui mesure le trafic routier à l’échelle mondiale. Avec 130 heures passés en moyenne dans les bouchons en 2018, Toulouse est moins bien classée que Los Angelès (128h)  ! « On ne peut pas dire aux gens coincés dans les bouchons qu’il suffira d’attendre le futur métro » pointe Nadia Pellefigue, vice-présidente (PS) du conseil régional et candidate déclarée au Capitole.

Pour tenter de résorber à terme la thrombose automobile, Toulouse Métropole a voté le 14 février dernier un important programme routier de 1,8 milliards sur 20 ans. Le PARM (programme d’aménagements routiers métropolitains) est le pendant automobile du PDU, qui prévoit les investissements pour les transports en commun. C’est surtout un succédané à la  » deuxième rocade « , que le maire de Toulouse réclame en vain pour éloigner le trafic de transit de la ville. Le département a accepté de co-financer le PARM, et notamment le nouveau pont qui doit traverser la Garonne du coté de Saint-Jory. « Je risque d’attendre 20 ans pour voir un rond-point sur ma commune » réagit François Lépineux, maire de Brax, qui siège avec les élus écologistes à Toulouse-Métropole. A l’opposé de tous ces projets routiers, plusieurs associations réclament avec instance la suppression de la circulation automobile sur le pont Neuf et la rue de Metz. Jean-Luc Moudenc a demandé une étude avant de se prononcer.

LGV : ça rame

Quand il a été élu en 2014, Jean-Luc Moudenc avait encore l’espoir que la ligne à grande vitesse (LGV) reliant Paris via Bordeaux arrive en 2024 à Matabiau. Alain Juppé a obtenu un TGV qui met sa ville à deux heures de la capitale, mais il en faut plus de double pour Toulouse. La LGV a été stoppée en juillet 2017 à Bordeaux-Saint-Jean d’une simple phrase de Nicolas Hulot  : la prolongation de la ligne n’est plus « une priorité ». Depuis, le maire de Toulouse rame pour que la LGV ne soit pas complètement abandonnée. Il n’est pas seul dans cette galère. Carole Delga, présidente (PS) de la région, partage son combat. En donnant la priorité aux  » trains du quotidien « , le ministère des Transports a décidé de tronçonner les investissements. La LGV est repoussée à l’horizon 2037. Pour ne rien arranger, les tribunaux administratifs ont annulé les déclarations d’utilité publique des travaux prévus au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux, faute de plan de financement.

Les nouveaux modes de financement (taxes poids lourds et taxes sur les bureaux) proposés par Carole Delga et Jean-Luc Moudenc n’ont pas convaincu Berçy. Le maire de Toulouse tente de sauver sa taxe en usant de ses relations auprès de parlementaires pour glisser un amendement à la future loi Mobilités (LOM) de la ministre des Transports. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Régis Godec (EELV) s’est toutefois étonné  : la future tour d’Occitanie, construite sur un terrain de la SNCF à Matabiau, serait exemptée de cette hypothétique taxe sur les bureaux pour payer la LGV.
OPA ratée sur le département

L’idée d’Emmanuel Macron de fusionner métropoles et départements sur le modèle expérimenté par Gérard Collomb à Lyon a fait pschitt. Président de France Urbaine, l’association qui regroupe les grandes villes et leurs intercommunalités, Jean-Luc Moudenc était à la manœuvre pour faire bouger les lignes avec Macron et Collomb, alors ministre de l’Intérieur. Les élus socialistes au sein de Toulouse Métropole lui ont reproché de négocier sans avoir sollicité leur avis. « Vous essayez de gagner sur tapis vert ce que vous avez échoué à remporter dans les urnes » lui a lancé Claude Raynal lors du vote d’une motion pro-métropolisation qui a remporté un succès mitigé auprès des maires de l’agglomération. Le sénateur PS faisait référence aux dernières élections départementales de 2015, où plusieurs adjoints au maire de Toulouse étaient candidats pour tenter de faire basculer la majorité socialiste. Jean-Luc Moudenc a enterré la hache de guerre en signant avec Georges Méric, président (PS) du département, un  » protocole de coopération  » portant sur plusieurs centaines de millions d’euros de financements croisés.

Moudenc métropole

Le « parvis » Matabiau

Le maire de Toulouse s’est finalement résolu à couvrir l’écluse Matabiau qui fait face à la gare. Contre l’avis d’un inspecteur des Monuments Historiques, qui voulait profiter du chantier lancé pour la future gare TGV pour restaurer l’ancienne écluse double en brique de Riquet. Trop cher a estimé Jean-Luc Moudenc. Outre le prix (environ 50 millions d’euros), les délais de ce lourd chantier de restauration n’étaient pas compatibles avec le calendrier de livraison du futur  » parvis  » de la gare. L’affaire est similaire au chantier du parvis de Saint-Sernin. Pour rassurer l’Unesco, qui a classé le canal au patrimoine mondial, Jean-Luc Moudenc assure que la couverture en bois de l’écluse sera « réversible ». Sauf que contrairement aux abords de la basilique, le parvis de Matabiau ne sera pas piétonnier. Le flot automobile continuera de couler devant la gare.

« Joan Busquets voulait fermer le robinet automobile du canal » souligne Guillaume Drijard, président de l’Union des comités de Quartier. L’architecte catalan choisi par Pierre Cohen avait travaillé à la demande de l’ancien maire sur l’hypothèse de la prolongation du tramway jusqu’à la gare. Jean-Luc Moudenc, qui s’est fait élire en dénonçant « la chasse aux voitures » de la municipalité socialiste, assume le changement de direction : «  j’ai dit à Busquets qu’il fallait davantage s’attacher au patrimoine  ». Mais où vont passer les voitures détournées derrière la gare dans le projet TESO, s’inquiète Guillaume Drijard  ?

 

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