Un arrêté anti-bivouacs « explosif » contre la mafia albanaise à Toulouse

Moudenc rentrée

Les boulevards de Toulouse ne sont pas un camping, même humanitaire. Face à la récente mais persistante multiplication des campements sauvages sur les trottoirs de la ville rose, Jean-Luc Moudenc s’est décidé à prendre le taureau par les cornes. Lors de sa rentrée politique, le maire (LR) a annoncé un arrêté « anti-bivouacs » assorti de commentaires acides qui risquent de faire quelques vagues, à quelques mois des élections municipales.

Sans prononcer le mot de « mafia », M Moudenc a pointé du doigt « des réseaux organisés en lien avec l’Albanie » qui auraient volontairement mis en place ces campements « dans des endroits bien visibles ». « C’est un phénomène nouveau », observe le maire de Toulouse, qui a comptabilisé un roulement permanent « entre 5 et 26 tentes » depuis le début de l’année. Il opère un distingo avec les campements de roumains ou de bulgares, installés généralement en périphérie, et que la ville s’attache à résorber en coopération avec la préfecture et des associations caritatives. Contrairement à ces ressortissants d’autres pays de l’Est, l’Albanie n’est pas membre de l’Union Européenne observe le maire de Toulouse. Il a pris soin de d’accorder son violon avec la préfecture avant de lancer sa charge, explosive. Lors de sa propre conférence de presse de rentrée, le préfet Guyot avait déjà mentionné deux jours plus tôt la problématique de ces campements sauvages en plein centre-ville. « Il faut distinguer les demandeurs d’asile, à qui nous devons proposer un logement correct, des autres qui doivent être raccompagnés à la frontière », précisait Etienne Guyot.

Mais selon le maire de Toulouse, 80% des expulsions prononcées par la justice ne sont pas exécutées, faute de moyens. Certains « campeurs » refuseraient même de déposer une demande d’asile, selon M Moudenc qui y décèle une nouvelle preuve d’un comportement mafieux. « C’est l’Etat qui est responsable, mais c’est moi que les gens interpellent » ajoute Jean-Luc Moudenc, qui redoute que l’exposition de la misère au centre de Toulouse et l’impuissance manifeste à y remédier fasse « prospérer les extrêmes » à l’approche du scrutin municipal.

Offensif, le maire de Toulouse dénonce également « les associations politisées » qui font, à ses yeux, le jeu de cette mafia en leur apportant une assistance.  « Le Cedis31 ne se sent pas concerné », a rapidement réagit sur Twitter l’une des principales organisations qui travaille sur le sujet à Toulouse. « Ce sont avant tout l’Etat et les pouvoirs qui font le jeu des réseaux organisés en bafouant les droits les plus fondamentaux. N’inversons pas les rôles, ne reprochons pas aux exclus d’être exclus », ajoute ce collectif de travailleurs sociaux, qui collabore régulièrement avec la ville et la préfecture pour résorber les bidonvilles de migrants. « Je ne veux pas cibler une association, mais un comportement » explique de son coté M Moudenc, pressé de préciser ses accusations.

A Toulouse, le microcosme a parfaitement compris que le maire s’attaquait, sans le nommer, au porte-parole du DAL, qui vient de démissionner pour être candidat aux élections municipales. « Les propos de M Moudenc sont dignes de ceux de Matéo Salvini et de l’extrême-droite en Italie. A Toulouse, les réfugiés ne sont pas noyés dans la mer, mais sous le béton » réagit vivement François Piquemal. L’ancien porte-parole du DAL souligne qu’il avait alerté la municipalité sur la présence de familles « livrées à des marchands de sommeil de la mafia albanaise » dans un squat démantelé il y a deux ans dans le quartier des Arènes.

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Le « Gilet Bleu » a-t-il été délibérément bousculé par un policier à Toulouse ?

Gilets bleus et BAC
Des « Gilets Bleus » de l’Observatoire des pratiques policières et des policiers de la BAC à Toulouse (archives)

 » Je n’ai rien vu venir, j’étais en train de filmer un type qui s’est pris des lacymos à seulement 15cm du visage par un policier armé d’une gazeuse « , témoigne Pascal Gassiot. Ce militant de la fondation Copernic, un think-tank de la gauche « anti libérale », est l’un des principaux animateurs de l’observatoire des pratiques policières (OPP) à Toulouse. Il a été blessé à la tête samedi lors d’une charge de la police à la fin de la rituelle manifestation des Gilets Jaunes. C’est la deuxième fois qu’un membre de l’OPP est blessé dans la ville rose. En février déjà, un autre de ces observateurs qui portent souvent des chasubles bleues sous leurs gilets fluos pour se distinguer des manifestants avait reçu un projectile sur son casque.

Pascal Gassiot  » a été poussé à terre par l’un des policiers qui l’a visé directement et l’a fait chuter au cours d’une charge inutile et excessive.  Sa tête a alors heurté le sol, entraînant un saignement important et une prise en charge par les Streets médics, puis une évacuation par les pompiers aux urgences de Purpan « , déplore l’observatoire dans un communiqué. Le directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Garonne nie que ses troupes ont délibérément ciblé le militant. «  Il est bien connu de l’ensemble des policiers et parfaitement reconnaissable. Il n’est jamais visé « , affirme Nelson Bouard dans le quotidien régional. Le patron des flics toulousains laisse entendre que Pascal Gassiot est une victime collatérale qui se trouvait trop près de l’action.

 » Ils voudraient qu’on reste loin «  réagit le militant de l’OPP, peu flatté d’être comparé « à un délinquant multi-récidiviste » par l’expression consacrée « bien connu des services de police ». Pascal Gassiot ne croit pas une seconde à une bousculade involontaire.  » Ce n’est pas un CRS venu de Marseille ou d’ailleurs qui a fait ça. Les flics de la BAC nous balancent régulièrement des gentillesses en passant quand ils chargent, comme des coups de boucliers », raconte-t-il.

Gassiot et OPP
Pascal Gassiot (au centre) lors de la présentation du dernier bilan de l’OPP, très critique vis à vis de l’action des policiers de la BAC lors des manifestations à Toulouse

Il faut dire que l’OPP n’est pas tendre avec les policiers de la brigade anti-criminalité, chargés des interpellations lors des manifestations. L’observatoire estime que ces policiers, en civil mais généralement casqués, ne sont pas formés au maintien de l’ordre, contrairement à leurs collègues CRS ou de la gendarmerie mobile.  » Ils créent des tensions inutiles dans une logique de recherche de l’affrontement « , dénonce l’OPP dans son communiqué.

Pascal Gassiot, qui redoute d’avoir des côtes cassées, ne sait pas encore s’il va porter plainte.  » Je suis en grande discussion avec moi-même ». Il souligne que la plainte déposée par le premier militant de l’OPP blessé en février est demeurée sans suite à ce jour. L’enquête devait établir si le projectile reçu sur son casque venait bien des forces de l’ordre.

 

 

Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

A Toulouse, les tours poussent plus vite que les arbres autour de la gare Matabiau

Moudenc N&B Matabiau
La commission d’enquête sur le futur visage du quartier de la gare Matabiau de Toulouse (projet TESO) a rendu son rapport le 4 juillet dernier. Sans surprise, la présidente de la commission et ses deux assesseurs donnent leur feu vert au projet, très discuté, de la tour d’Occitanie surplombant les voies de chemin de fer et le canal du midi à Marengo. Sabine Nascinguerra avait elle-même suggéré la construction d’un gratte-ciel pouvant s’élever jusqu’à 150m sur l’emplacement de l’ancien tri postal lors d’une précédente enquête publique, comme l’avait relevé Médiacités.
Sensible aux critiques qui pointent l’absence de logements sociaux dans cette tour de prestige, réservée à des immeubles de standing, un hôtel de luxe et des bureaux, la commission recommande toutefois que le promoteur contribue financièrement à la construction de logements accessibles à des ménages modestes dans ce quartier en pleine recomposition urbaine. Les commissaires-enquêteurs s’inquiètent également des expropriations qui vont toucher environ 500 personnes du faubourg Bonnefoy, notamment au bas de l’avenue de Lyon et l’étroite rue des Cheminots. “ Le projet TESO aura un impact humain considérable dès la première phase, largement passé sous silence dans le dossier soumis à enquête ”, souligne le rapport qui ne s’aventure pas pour autant à faire le procès d’une “gentrification” du quartier instruit par certain(e)s.
Non à des immeubles de 60m
Mais si le maire de Toulouse se réjouit d’avoir obtenu un “feu vert” pour son projet de gratte-ciel et s’apprête à délivrer sans tarder le permis de construire, Jean-Luc Moudenc s’est vu décerner un “feu orange clignotant” pour d’autres immeubles de grande hauteur dans le secteur. La commission d’enquête s’oppose en effet à la construction d’immeubles de 60m de haut le long de l’avenue de Lyon. “ La Commission constate que de telles hauteurs ne sont pas conformes à la version initiale du PGU (plan guide urbain, NDR) et qu’elles résultent d’une évolution récente peu expliquée au public. Elles sont en rupture très nette avec les hauteurs fixées par le PLU ou par le PLUiH qui vient d’être approuvé par la Métropole lesquelles varient selon les zones entre 15 et 30 mètres ”, soulignent les commissaires-enquêteurs.
Sabine Nascinguerra et ses deux assesseurs réclament davantage d’espaces verts dans ce secteur, soulignant “ le peu d’ambition ” de la ville en la matière. La plantation d’arbres “en pleine terre” est recommandée à la place des grandes tours projetées. De façon peu habituelle, le rapport fait état d’un entretien avec le maire de Toulouse qui défendait la construction d’immeubles de 60m de haut pour avoir plus de place au sol destinée aux espaces verts. “ Or, c’est justement la grande hauteur des immeubles le long de l‘avenue de Lyon qui contribue aux îlots de chaleur urbain et qui heurte un grand nombre de contributeurs en raison d’une transformation trop radicale du quartier , rétorquent les commissaires-enquêteurs. Presque un désaveu pour Jean-Luc Moudenc, qui aime à se présenter dans l’optique des prochaines élections municipales comme “l’homme qui plantait des arbres”.

Transports urbains : la gratuité, ou les gratuités ?

tram Blagnac

A l’approche des élections municipales, la question de la gratuité des transports urbains refait surface. Sachant que le prix d’un ticket de bus ou de métro ne couvre que très partiellement les frais de fonctionnement des réseaux, pourquoi ne pas s’affranchir totalement de la billetterie pour inciter les automobilistes à prendre les transports en commun, suggèrent ses partisans ? La question se pose avec encore plus d’acuité à l’aulne du réchauffement climatique, qui incite à réduire la place de la voiture en ville.

A Toulouse, un collectif constitué de syndicalistes retraités annonce son intention de lancer une pétition cet été avant d’interpeller tous les candidats à la rentrée. Il fait implicitement campagne pour La France Insoumise, qui a décidé de faire de la question une « ligne rouge » dans ses négociations avec les autres formations de gauche, à Toulouse comme à Bordeaux. Et du parti communiste. A Strasbourg, c’est l’unique élu communiste de la métropole qui a mis la question sur le tapis. Idem à Bordeaux. Au parti socialiste comme chez les écologistes, la gratuité ne fait pas l’unanimité. Offrir la gratuité dans des métros ou des tramways déjà saturés ne peut pas donner envie aux automobiliste d’abandonner leur cocon climatisé, fait-on valoir de l’autre coté de la barre.

A Paris, Anne Hidalgo a fait mine d’étudier la question avant de se résoudre à limiter la gratuité aux enfants de moins de 12 ans. A Nantes, la maire (PS) innove en proposant de limiter la gratuité aux week-end. Car la gratuité a un coût : 80 à 100 millions par an à Toulouse, 200 millions à Marseille selon un rapport destiné à « enterrer » la question posée par la dauphine (LR) désignée par Gaudin pour lui succéder et jusqu’à 300 millions à Bordeaux, selon un élu communiste. « Si on renonce à faire payer l’usager, il faudra solliciter le contribuable et augmenter les impôts », prévient Jean-Michel Lattes, adjoint au maire de Toulouse chargé des transports. C’est la réponse habituelle de la plupart des responsables des réseaux de transports urbains, toutes étiquettes politiques confondues, réunis au sein du GART. La gratuité serait-elle uniquement une promesse démagogique de campagne électorale ?

Dans la ville rose, la gratuité pourrait bien délimiter une ligne de fracture entre deux gauches, « radicale » contre « gestionnaire ». « Il y a des gratuités nécessaires » juge Pierre Cohen, l’ancien maire socialiste. Désormais membre de Générations, le parti de Benoît Hamon, l’homme qui ne désespère pas prendre sa revanche en 2020 estime qu’il faut a minima rétablir les mesures de gratuité « ôtées par Jean-Luc Moudenc ». Le maire (LR) de Toulouse n’a pas hésité à supprimer la gratuité offerte dans les années 70 par la première municipalité Baudis aux retraités. L’abonnement « illimité » à 10 euros par mois offert par la municipalité Cohen aux jeunes de moins de 25 ans a également été rognée au profit d’une tarification « solidaire » qui prend en compte les revenus plutôt que les tranches d’âges. « Nous voulions nous aussi mettre en place une tarification proportionnelle aux revenus mais Moudenc a détourné notre étude », accuse l’ancien maire. Outre les transports, Pierre Cohen cite également la gratuité des cantines scolaires comme un autre « marqueur » de la future campagne électorale.

La gratuité des transports pourrait a minima être appliquée en cas de pics de pollution, suggèrent de leur cotés les écologistes. Pas question répond Jean-Michel Lattes, qui défend les recettes de Tisséo pour pouvoir financer la 3ème ligne de métro. L’adjoint au maire préfère étudier la mise en place d’un tarif réduit dédié (4€). Le président de Tisséo fait valoir que la RATP s’est rangé à cette solution à Paris. A Toulouse, la question ne s’est pas posée concrètement car la circulation alternée prévue en cas de pics de pollution n’a encore jamais été mise en œuvre. Mais l’opposition de gauche semble cette fois unie pour réclamer cette gratuité minimale, temporaire et « climatique ».

Le téléphérique urbain de Toulouse enfin « sur les rails »

telepherique-rangueil

On en parle depuis plus de dix ans, mais cette fois c’est certain : Toulouse ajoutera un téléphérique dès la fin 2020 à son offre de transports urbains. Les travaux pour édifier les 5 pylones de la ligne ne seront lancés qu’à la rentrée, mais les élus de la métropole ont tenu à donner dès ce 5 juillet le « coup d’envoi » symbolique de ce projet qui commençait à ressembler à une Arlésienne sur les bords de la Garonne. Contrairement aux lourds chantiers du métro ou du tramway, il faudra à peine plus d’un an pour construire cette nouvelle ligne de 3 kilomètres de long. Dotée de 17 cabines capables d’emporter 34 personnes (dont 17 à 20 places assises), elle reliera l’université Paul Sabatier à l’Oncopôle bâti au bord de la Garonne en passant par le CHU de Rangueil, construit dans les années 70 sur une colline dominant la ville et son fleuve. Dessinées par le célèbre designer italien Pinifarina, les cabines seront accessibles aux handicapés en fauteuil roulant et on pourra même y embarquer en vélo.

« Je suis content de voir cette idée se concrétiser et être repris dans d’autres villes » se félicite Philippe Douste-Blazy, initiateur du projet lorsqu’il fut maire de Toulouse (2001-2004). Dans l’esprit de l’ancien ministre de la Santé, il s’agissait juste d’offrir une liaison aux étudiants de médecine du CHU et leurs professeurs vers l’Oncopôle qu’il a fait émerger sur les anciens terrains dévastés par l’explosion de l’usine AZF en 2001. Pierre Cohen, qui lui a succédé au Capitole, a rajouté le tronçon qui redescend de Pech David sur l’autre versant, vers l’université. Le maire socialiste de Toulouse avait rebaptisé le projet « aérotram ». Il espérait l’inaugurer en 2017. Estimé initialement à 43 millions d’euros (hors-taxes), le téléphérique a été à plusieurs reprises revu à la hausse : 63 millions, puis 83 millions d’euros.

Pour ce prix, les cabines fabriquées par Pomagalski en Isère doivent pouvoir circuler même avec du vent d’autan jusqu’à 108km/h. La maintenance du téléphérique a été confiée à Altiservices, une filiale d’Engie qui exploite plusieurs stations de ski dans les Pyrénées, pour 2 millions par an supplémentaires. L’arrêt du service pour maintenance devrait être limité à 11 jours par an. Les trois câbles qui supportent les cabines seront posés par drone pour limiter l’impact sur le trafic aérien lors du chantier. Ils seront peints en rouge et blanc pour être visibles par les pilotes d’hélicoptère qui survolent parfois le secteur. Des indemnités « dégressives » seront même versées à six propriétaires survolés par le téléphérique : plus les cabines passent bas au-dessus de la propriété, plus la somme est élevée.

En dépit de ces modifications du projet initial qui font grimper la facture, le téléphérique urbain s’annonce comme l’un des moyens de transports les plus économes fait valoir Francis Grass, adjoint au maire chargé du chantier. Presque une « récréation » pour cet ancien directeur de la société d’exploitation des bus et du métro toulousain qui pilote également le projet de troisième ligne de métro, lourd de plusieurs milliards d’euros, qui ne devrait être mis en service qu’à l’horizon 2025… si tout va bien. Contrairement au métro, qui continue de diviser la classe politique locale, le téléphérique fait désormais consensus alors même que beaucoup le considéraient au départ comme un « gadget ».

La conception du téléphérique n’a cependant pas été un long fleuve tranquille. Il faudra surélever la station de l’Oncopole, située en zone inondable, surveiller les pylônes sur le versant de Pech David sujet aux glissements de terrain à l’aide de « d’inclinomètres », survoler les ballastières où dorment encore plus de 5.000 tonnes d’explosifs engloutis après la première guerre mondiale et traverser les fumées de la dernière usine chimique classée Seveso du secteur. Il a surtout fallu rassurer les enseignants et les parents d’élèves du lycée Bellevue, qui craignaient que le survol de leur établissement par les cabines perturbent les élèves. Le lycée, soutenu par la région Occitanie, a refusé de sacrifier ses (vastes) terrains arborés pour abriter le terminus du téléphérique. Il sera donc construit à l’entrée de l’université Paul Sabatier, de l’autre coté de la route de Narbonne.

Toutes ces réserves expliquent que le téléphérique ne pourra pas être inauguré avant les élections municipales, comme le maire, Jean-Luc Moudenc, l’aurait voulu. Sceptique à l’origine sur l’idée d’un téléphérique urbain, l’ancien adjoint aux transports de Philippe Douste-Blazy envisage désormais d’étendre le téléphérique vers les quartiers du Mirail et de Montaudran en survolant le périphérique. Mais sans s’engager sur un calendrier.

Les ours à l’heure des soustractions dans les Pyrénées

Ourse ourson

Les deux oursons de Sorita, l’une des deux femelles importées de Slovénie et réintroduites l’automne dernier dans les Pyrénées Atlantiques, sont probablement décédés. Ils avaient été aperçus pour la première fois le 17 avril par un agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sur les hauteurs de Luz Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées), mais leurs dernières traces dans la neige remontent au 1er mai. Les petits ont probablement été tués par un ours qui cherche à se reproduire, indique l’ONCFS dans un communiqué. Des agents ont en effet aperçu la femelle en compagnie d’un ours mâle le 8 mai dernier et ont remarqué que ses déplacements étaient incompatibles avec la présence des oursons à ses cotés.

Le décès des deux oursons, qui doit encore être confirmé par des recherches sur le terrain, arrive comme un bémol supplémentaire à la nouvelle vague de réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées. Annoncée par Nicolas Hulot, alors ministre de l’Ecologie, mais fortement contestée par la plupart des éleveurs, l’opération consiste à renforcer le noyau béarnais où aucune naissance d’ourson n’a a été constaté depuis des années, faute de femelles. Il ne subsisterait plus que deux mâles dans le secteur. Selon les derniers comptages, on recensait 40 ours « détectés » dans les Pyrénées en 2018, contre 43 en 2017. Plusieurs ours manquent à l’appel, morts ou trop discrets pour avoir été repérés. Depuis le début des opérations de réintroductions dans les années 90, la population augmentait chaque année par le jeu des naissances, supérieures aux décès enregistrés.

Un ou des ours « à problèmes » ?

Parmi les ours disparus figure Pyros, père de la plupart des ours nés dans les Pyrénées. C’est pour remplacer ce mâle jugé trop dominant, à cause des risques de consanguinité, qu’un premier lâcher a eu lieu en 2016 coté espagnol. Las, son successeur baptisé Goiat, est considéré comme « un ours à problème ». L’animal s’est attaqué à plusieurs reprises à des chevaux, des proies bien plus imposantes que les brebis qui tombent régulièrement sous les griffes des plantigrades. Des éleveurs réclament son retrait, coté français et espagnol. Le 9 mai, l’ONCFS a confirmé le comportement « anormalement prédateur » de Goiat. Le préfet des Hautes-Pyrénées s’appuie sur ce rapport pour envisager des « tirs d’effarouchement » avec des balles en plastique. Contrairement au loup, l’espèce  n’est pas considéré comme suffisamment « viable » pour autoriser un abattage pur et simple. Il peut être envisagé en dernier recours de capturer l’animal, mais pas de le tuer. Les Espagnols ont déjà capturé Goiat l’an dernier pour lui poser une nouvelle balise GPS avant de le relâcher, au grand désespoir des éleveurs anti-ours. « Étant donné que la viabilité à long terme de la population ursine n’est pas assurée, en cas d’élimination, le remplacement de l’individu éliminé par un nouvel individu sera effectué », précise le protocole « ours à problème ».

La révision de ce protocole offre l’occasion d’une nouvelle passe d’armes entre pro et anti-ours. Soucieux de donner l’impression aux éleveurs qu’ils sont entendus, le gouvernement envisage de généraliser les « effarouchements » y compris en Ariège, où sont concentrés la plupart des ours… et des anti-ours les plus virulents. Ceux-ci avaient déjà « accueillis » les précédentes réintroductions à coups de casseroles dans la montagne et de coups de fusil… en l’air. Consulté, le conseil national de protection de la nature (CNPN) a donné un avis négatif. Aux yeux de ces spécialistes, permettre les effarouchements en Ariège constitue « une dérive dangereuse laissant entendre que tous les ours sont considérés comme des «ours à problème ». A l’appel des associations pro-ours, des milliers de personne ont également fait connaître leur désapprobation sur le site internet ouvert à la consultation jusqu’au 14 juin. Le préfet de la région Occitanie doit présenter la « feuille de route » pastoralisme et ours jeudi 6 juin à Toulouse, mais à qui ? Les associations pro-ours ont annoncé qu’elles boycotteraient ce plan de « fausse route ». Les associations d’éleveurs anti-ours manifesteront également leur désapprobation en jouant la politique de la chaise vide.