Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.

 

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La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.

La très discrète fermeture d’un site Seveso de Toulouse

Fenouillet gaz
Les deux grandes cuves semi-enterrées et végétalisées de propane et de butane sont vides. Le centre d’emplissage Finagaz de Fenouillet, au nord de Toulouse, a officiellement fermé ses portes le 31 juillet. Une partie des 15 salariés du site, classé Sévéso, devait être transférés vers Antargaz à Boussens, au sud de la Haute-Garonne.  Mais aucun n’a souhaite déménagé. Les deux entreprises sont la propriété du groupe américain UGI, qui a racheté l’activité GPL de Total en 2015. Les nouveaux propriétaires ont annoncé leur départ de la banlieue toulousaine dans un courrier électronique lapidaire adressé le 21 juin à la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) d’Occitanie. La nouvelle a surpris car le préfet venait d’adopter en juin 2017 le plan de prévention des risques technologiques (PPRT), après dix ans de procédure.

un déménagement évalué à 24 millions par Total

Les élus locaux, marqués par l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001, réclamaient unanimement la fermeture du site depuis des années. Mais la solution d’un déménagement, évalué à 24 millions par Total, n’avait pas été retenue par le préfet. Dans un arrêté signé le 6 décembre 2017, le représentant de l’Etat se contentait de demander au nouvel exploitant d’étudier la mise en place d’un « système d’alerte à destination des gestionnaires du réseau ferré et des axes routiers ». Le site, approvisionné par wagons-citernes, est en effet bordé par l’ancienne route nationale 20, qui passe à seulement 10m de ses grilles. La circulation automobile est intense à l’entrée nord de Toulouse, qui voit passer 30.000 véhicules par jour. Un système de feux de signalisation automatisé pour couper la route entre deux rond-points en cas de fuite de gaz était envisagé. Coût estimé : 140.000 euros, selon les services de Toulouse-Métropole, qui a hérité de l’ancienne nationale transférée dans un premier temps au département.

Le centre commercial s’est rapproché

Le risque industriel n’a toutefois pas empêché l’extension du centre commercial Casino voisin, qui a inauguré entre 2015 et 2016 une nouvelle galerie marchande de 130 boutiques sur 90.000 m2 et un multiplexe de 8 salles de cinéma. Ce nouveau centre commercial géant, avec son parking de 2.600 places, se trouve désormais à 500m seulement du site gazier. Le dernier exercice de secours, organisé en décembre 2016, aurait révélé des difficultés d’évacuation, selon un habitant membre d’une association de riverains. La consigne en cas d’accident est d’évacuer la zone à pied. Mais le site, coincé entre la route d’un coté, les voies ferrées et le canal latéral de l’autre, n’offre aucune échappatoire.

La SNCF a refusé de racheter le site

Un nouveau risque est enfin apparu avec le projet de LGV entre Toulouse et Bordeaux prévoyant la construction de deux nouvelles voies ferrées qui auraient frôlé le site à une centaine de mètres seulement. Le coût pour protéger les trains s’annonçait lourd : entre 14 et 40 millions, selon les premières estimations. Il était question de recouvrir les voies dans une sorte de tunnel, ou de construire des « sarcophages » en béton pour protéger les trains de voyageurs. Une centaine de trains passent chaque jour à proximité du site, sans compter les nombreux trains de marchandises de la gare de triage de Saint-Jory, en pleine restructuration. Il fut même question de vendre les 3 hectares du site gazier à la SNCF, mais l’entreprise publique n’a pas donné suite. Finagaz disposait de son propre embranchement ferré pour approvisionner le site de Fenouillet. En 2015, 735 wagons-citernes ont servi à remplir 1 million de bouteilles de gaz, distribuées par un peu moins de 3.000 camions dans toute la région. La direction de l’entreprise invoque la baisse de la consommation de GPL pour justifier la fermeture de son site de Fenouillet. Elle se refuse à tout autre commentaire. Il reste deux autres sites pétroliers classés Seveso au nord de Toulouse.

Un ourson perdu, capturé puis relâché dans les Pyrénées

Ourse ourson

Un ourson isolé, âgé de 6 mois environ, a été trouvé jeudi soir par un ou des promeneurs sur la commune de Fos (Haute-Garonne). Les conditions de sa découverte, à deux pas de la route qui mène en Espagne en suivant la vallée de la Garonne, demeurent inexpliquées. L’animal était déshydraté et en hypoglycémie, indique la préfecture dans un communiqué. Le ministère de l’Ecologie a autorisé en urgence sa capture. Requinqué, l’animal a aussitôt été relâché dans la nuit, non sans avoir été équipé d’un émetteur posé dans une oreille. “ Dans un secteur à même de lui assurer des conditions de sécurité, de quiétude et de ressources plus favorables, et où sa mère potentielle avait été localisée peu de temps auparavant ”, précise le communiqué.

Les autorités françaises ont manifestement tiré les enseignements du précédent malheureux d’Auberta, une oursonne trouvée dans des conditions similaires à quelques kilomètres de là, coté espagnol, en 2014. L’animal avait alors été placé dans un enclos caché dans la montagne, à l’abri des curiosités. Surveillé par des caméras, il avait pu poursuivre sa croissance durant tout l’été. Mais Auberta est finalement décédée en novembre dans son enclos, peu de temps après avoir été opérée pour être équipée d’un émetteur intra-abdominal en prévision de sa libération dans la nature. Le sort de l’oursonne avait suscité beaucoup d’émotions. Il embarrassait manifestement les autorités locales du Val d’Aran, enclave gasconne bénéficiant d’une certaine autonomie au sein de la région autonome catalane. Les élus locaux aranais avaient proposé à la France de relâcher la petite femelle en Béarn, où ne subsistent que deux mâles. Ils ont encore récemment adopté une motion hostile au mâle slovène réintroduit par les Catalans avec l’aide de l’Europe en 2016, accusé de faire trop de dégâts dans les troupeaux.

Le contexte a changé coté français, puisque Nicolas Hulot a décidé de relâcher deux femelles adultes cet automne dans les Pyrénées Atlantiques. La question du maintien des derniers ours du noyau occidental est posée depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en 2004. La survie de l’ourson trouvé à Fos, elle, n’est pas assurée. Mais elle ne remet pas fondamentalement en cause l’existence de ce noyau central, désormais fort d’une quarantaine d’individus, tous issus des ours relâchés en provenance de Slovénie.

L’ourson de Fos, dont le sexe n’a pas été précisé, a été rapidement relâché après un court séjour en cage de seulement quelques heures. L’équipe technique chargée su suivi des ours espère qu’il arrivera à survivre, même s’il ne retrouve pas sa génitrice. L’ourson de Cannelle, tué à la Toussaint, avait survécu à la mort de sa mère. Les oursons de Mellba, l’une des deux premières ourses slovène également tuée par un chasseur en Haute-Garonne, avaient eux-aussi pu passer l’hiver. Ces petits orphelins de l’automne étaient toutefois moins dépendants que l’ourson de Fos. La préfecture recommande de tenir son chien en laisse quand on se promène en montagne afin d’éviter qu’il perturbe une ourse avec ses petits. C’est vraisemblablement ce qui c’est produit il y a quelques jours dans le secteur de Fos, où deux promeneurs ont rapporté avoir été “chargés” par une ourse. Sans doute la mère du petit abandonné. Des randonnées naturalistes sont également organisées depuis l’an dernier autour du site où ont eu lieu les premières réintroductions d’ours dans les Pyrénées, il y a vingt ans.

Hyperloop en terrain miné à Francazal

Francazal
La « Voie Royale » qui dessert les anciens hangars de la base aérienne doit accueillir la piste d’essai de 1.000m de Hyperloop

Quel sens du timing ! Les premiers éléments de la piste d’essai Hyperloop Transportation Technology (HTT) sont arrivés à Toulouse alors même que les élus de Toulouse Métropole devaient approuver le “bail à construction” destiné à ménager une petite place d’environ 1ha sur l’ancienne base aérienne de Francazal à la start-up californienne. Les images des trois immenses tubes en acier de 20m de long et 4m de circonférence, pesant chacun 55 tonnes et arrivés d’Espagne à bord de convois exceptionnels, ont volé la vedette aux arguties juridiques d’un contrat de 34 pages rédigé par des notaires. A défaut d’être aussi spectaculaire, le document confirme les révélations de Médiacités sur la présence de bombes héritées de la deuxième guerre mondiale dans le sous-sol de Francazal. Il aura fallu pas moins de trois études techniques, entre 2010 et 2018, pour admettre l’évidence : les terrains, désormais considérés comme une “friche militaire”, devront faire l’objet d’une “dépollution pyrotechnique” avant toute reconversion civile.

La présence avérée d’au moins 26 “cibles pyrotechniques”, pour reprendre l’expression du dernier diagnostic réalisé en février 2018, ne permet pas à HTT de construire dans l’immédiat son démonstrateur le long de la “Voie Royale” qui longe les anciens bâtiments militaires, comme prévu initialement. Sur cette mince bande de 300m de largeur, il est impossible de creuser sans risque jusqu’à 20m de profondeur pour réaliser les fondations des pylônes en béton destinés à supporter le tube où des capsules doivent circuler à très grande vitesse, sous vide. En attendant les démineurs, la start-up se contentera de poser au sol une première piste d’essai de 300m le long de la clôture de l’ancienne base aérienne. Au total, 16 tubes d’acier seront nécessaires pour réaliser ce premier “tube à essai”. La première capsule, également fabriquée en Espagne, devrait pour sa part arriver en juillet, annonce l’un des deux fondateurs de HTT. « J’estime que la vitesse pourra aller aux alentours de 400 à 500 km/h », ajoute Dick Alborn dans l’interview qu’il a accordé à La Tribune. On est loin de la vitesse “supersonique” promise par Elon Musk, le PDG des fusées Space X et des voitures électriques Tesla qui a organisé la course entre plusieurs start-up pour développer le concept Hyperloop.

Déminage « pragmatique »

Pour accélérer les travaux annoncés en fanfare en janvier 2017, Toulouse Métropole prendra en charge les coûts de déminage. En contrepartie, l’Etat s’engage à lui vendre la parcelle sur laquelle va s’installer la start-up. « Nous voulons que l’Etat rembourse les frais en défalquant la dépollution du prix du terrain » explique Jean-Luc Moudenc, maire de la Toulouse et président de l’agglo. Le prix de vente a été fixé à 640.000 €. Celui du déminage reste aléatoire. Dominique Faure, vice-présidente en charge du développement économique qui suit le dossier, évoque le chiffre de 400.000 €. Tout dépendra en réalité du niveau de dépollution des terrains. « Il serait impossible, et au demeurant inutile, de réaliser des affouillements jusqu’à 20m de profondeur pour garantir la dépollution pyrotechnique », indique l’esquisse de protocole annexé à la délibération de Toulouse Métropole. Ce document explique qu’il n’est pas envisagé de passer tout le terrain au détecteur à métaux, de crainte que le moindre « bip » causé par un débris métallique soit interprété comme une bombe potentielle. Le protocole, qui se veut « pragmatique », préconise de s’en tenir à des sondages sur des carrés de 5m de coté au droit des futurs pylônes, limités à 4 m de profondeur en raison de la présence de la nappe phréatique.

Découverte de pétrole et d’amiante

Au passage, on découvre qu’en plus des bombes, le sous-sol a aussi été pollué par les hydrocarbures de l’ancien dépôt pétrolier de la base aérienne, en dépit de la « réhabilitation » du site que les militaires affirment avoir entrepris en 2011, un an avant la désaffection de Francazal. Quant à l’ancien mess des sous-officiers, qui doit abriter le futur centre de recherche de HTT, il devra bien être désamianté, contrairement à ce que laissait entendre une première étude du bureau Véritas en 2012. Face aux multiples approximations de l’Etat, la start-up a préféré réalisé sa propre étude géotechnique pour savoir où elle mettait les pieds. Jean-Luc Moudenc annonce pour sa part avoir demandé une étude alternative à celle commandée par l’Etat. Les résultats de cette première étude, commandée à un service spécialisé de l’armée basé à Bordeaux, se font toujours attendre selon Dominique Faure. Elle concerne l’intégralité des 38 hectares de la parcelle que Toulouse Métropole souhaite toujours racheter à l’Etat. Mais la cession « ne peut être envisagée à très court terme », indique l’acte notarié en guise d’explication à ce « bail à construction », signé pour 40 ans pour à peine 1ha. La vente de Francazal sera-t-elle un feuilleton aussi miné que les milliers de tonnes de nitrocellulose toujours enfouies dans les « ballastières » à proximité de l’Oncopole ?

 

L’école des mines d’Albi dans la course au véhicule propre

Semac Albi

Comme Silverstone au Royaume-Uni, le circuit automobile d’Albi a été tracé autour d’un aérodrome. Inauguré en 1959, il a bien failli disparaître en  2014, au grand soulagement des riverains qui se plaignent des nuisances sonores. Du 12 au 14 mai dernier, la piste de 3500 mètres a accueilli la première édition de l’Albi Eco Race : une course enfin silencieuse, réservée aux voitures électriques. Des étudiants de l’Ecole des mines Albi-Carmaux (EMAC) ont participé à la compétition à bord de l’Eucl’Hyd II. Ce concept-car a déjà vu passer des générations d’étudiants depuis sa première course, en  2005. Il doit son nom au premier prototype développé au sein de l’école, qui roulait à l’hydrogène.

Contrairement aux voitures électriques qui utilisent des batteries pour stocker l’électricité, les voitures à hydrogène fabriquent leur propre énergie grâce à des piles à combustible. Enseignant depuis 1997 à l’EMAC, Didier Grouset s’est beaucoup investi pour développer la filière hydrogène, parent pauvre de la mobilité électrique en France. Le chercheur a même créé une entreprise pour extraire et purifier ce gaz à moindre coût, financier et énergétique, à partir de la fermentation des déchets. Une première « station-service » distribuant cet hydrogène « vert », conçue par un ancien étudiant du professeur Grouset, a été inaugurée en  2014 sur le site du Centre d’enfouissement technique des déchets du Tarn, à Graulhet. Une autre station a été implantée sur le circuit automobile d’Albi, alimentée par la société Air Liquide. Là encore, c’est un ancien étudiant de l’EMAC qui a piloté les travaux. Grâce à lui, la pompe à hydrogène n’aura coûté que 120 000  euros.  » L’entreprise NGhy m’en demandait un million « , s’étouffe Jean-Michel Bouat, adjoint (DVD) au maire d’Albi.

Des Kangoos « à prolongateur électrique »

Sous l’impulsion de cet élu chargé du développement durable, le circuit d’Albi est devenu un centre d’essai des véhicules électriques unique en France. La pompe à hydrogène sert depuis deux ans à alimenter deux Renault Kangoo expérimentés par La Poste. Ces véhicules utilitaires  » à prolongateur électrique  » disposent de plus d’autonomie grâce à leur pile à combustible d’appoint. Une dizaine de ces modèles se sont retrouvés à l’ouverture de la première Albi Eco Race pour démontrer que la technologie est déjà en service.   » Il ne faut pas opposer les véhicules électriques et les véhicules à hydrogène « , dit Jean-Michel Bouat.

 » L’avantage de ces véhicules par rapport aux autres voitures électriques, c’est le temps de rechargement beaucoup plus rapide « , note Alexandre Rousseau, l’un des trois étudiants de l’EMAC qui ont participé à l’organisation de la course. Passionné de sports mécaniques, le jeune diplômé de l’Ecole des mines était aussi team manager de l’équipe qui a participé au Shell Eco Marathon de Rotterdam avec Eucl’Hyd en  2016.  » Je suis frappé par la rapidité de la conversion électrique de ces compétitions « , dit le jeune homme. Alors que les carburants alternatifs comme l’éthanol ou le biodiesel tenaient encore la vedette il y a quelques années, les moteurs électriques alignent des performances désormais proches d’une formule 3, affirme l’ancien étudiant de l’EMAC, qui a trouvé un emploi dans une entreprise spécialisée du côté du circuit de Magny-Cours (Nièvre). Cette évolution technologique majeure n’a pas échappé à la Fédération internationale de l’automobile : celle-ci a lancé en  2013 la formule E, qui prendra le -relais de la F1 à moyen terme.

Créée en  1993 pour anticiper la fermeture de la mine de charbon de Carmaux, l’Ecole des mines d’Albi, accessible sur concours après deux années de classes préparatoires, forme 200  étudiants par an. Elle est également ouverte depuis 2008 aux titulaires d’un BTS ou d’un DUT, qui peuvent y préparer un diplôme d’ingénieur en trois ans par alternance. Cette filière accueille aujourd’hui 148 étudiants.

Ancien enseignant dans des lycées techniques, Bernard Gilabert se félicite de cette évolution.  » Les grandes écoles forment d’excellents mathématiciens qui ont parfois peur de la technique « ,estime cet élu régional (PS), très impliqué dans le développement de la filière hydrogène dans la région. Les courses de prototypes électriques comme l’Albi Eco Race permettent à ses yeux de développer une  » pédagogie du projet « . Les étudiants de l’EMAC y avaient notamment pour challengers des lycéens d’Albi ou de Decazeville (Aveyron), qui planchent eux aussi sur le futur des véhicules électriques. La croisade des Albigeois n’est pas finie.

 

article paru dans le supplément Universités et Grandes Ecoles du Monde le 07/11/2017

photo : SEMAC (Shell Eco Marathon Albi Club)

 

Sur les pas de l’ours (en léger différé)

ours Alex Adrien

 » On ne part pas à la chasse à l’ours « , précise d’emblée Adrien Derousseau. Animateur de l’Adet-pays de l’ours, association à l’origine des premières réintroductions du plantigrade il y a vingt ans (1996-1997) dans les Pyrénées, ce jeune accompagnateur en montagne guide des touristes sur les hauteurs de Melles (Haute-Garonne) à la recherche d’indices de présence de l’animal. La randonnée, qui sort franchement des sentiers battus, suit le même protocole scientifique que toutes les sorties réalisées régulièrement sur une quarantaine d’itinéraires à travers tout le massif franco-espagnol par les membres du « groupe ours », dont Adrien fait partie. Recherche d’empreintes, de poils et « pièges » photographiques automatiques : il ne s’agit pas d’un « safari » pour tenter d’apercevoir l’animal, mais de relever de précieux indices qui viennent nourrir la connaissance de la population d’ours dans les Pyrénées. « On se limite à une visite hebdomadaire pour des groupes de 8 personnes maximum afin d’éviter de déranger les ours », ajoute Adrien Derousseau.

Départ au petit matin (7h30) depuis le petit village de Melles, perché juste au-dessus de la frontière avec le Val d’Aran espagnol. Après une trentaine de minutes de « mise en jambe », première halte obligée au « mémorial » aménagé dans la forêt sur le site d’où furent lâchés trois ours capturés en Slovénie : deux femelles qui s’avéreront gravides et donneront naissance dès leur premier hiver dans les Pyrénées à 5 oursons, et un mâle, Pyros, géniteur de la plupart des oursons nés depuis cette époque (dont les premiers conçus en Slovénie). Agé de bientôt 30 ans, ce mâle dominant est toujours en vie. Sa suprématie, qui n’est pas sans poser des problèmes de consanguinité, commence toutefois à décliner. La Catalogne a d’ailleurs lâché un jeune mâle supplémentaire en 2016 de l’autre coté de la frontière, avec l’objectif affiché de le remplacer.

Pour cette sortie qui s’annonce humide, sinon pluvieuse, Adrien est accompagné d’un jeune apprenti qui prépare un BTS dans le même lycée agricole dont il est issu, dans le Jura, et d’une « cliente » venue du Var avec son fils aîné. « J’ai lu un reportage sur cette sortie dans un magazine chez mon coiffeur, ça m’a tout de suite intéressée » dit Caroline, adepte de tourisme-nature. En camping du coté de Lourdes, elle a passé la nuit à l’auberge du Crabère, unique et minuscule hôtel de montagne de Melles. Alex, son fils, collégien qui se rêve vétérinaire, a manifesté un vif intérêt pour tous les relevés effectués durant la journée. La sortie, pédagogique grâce aux explications fournies par Adrien, se veut aussi « participative » : tout le monde est invité à suivre le protocole et à mettre la main à la pâte (de l’ours).

ours poils

Après une visite au « revoir », espace de terre meuble dégagé au pied d’un arbre mort dans l’espoir d’y trouver une empreinte de pas, il faut inspecter le premier des « pièges à poils » disposés sur le parcours. Il s’agit d’un fil de fer barbelé, dont les pointes ont été tournées pour ne pas blesser les animaux, disposés sur des arbres enduits d’un peu de goudron de Norvège. L’odeur de bois fumé de cette mixture attire les animaux. Elle remplace la térébenthine, utilisée auparavant comme appât. Avec la lampe d’une tablette, qui sert aussi à noter systématiquement la présence (ou l’absence) d’indices à toutes les stations géolocalisées avec précision, Adrien observe minutieusement le piège à la recherche du moindre poil. S’il trouve un poil d’ours, il le prélèvera avec des gants pour un examen génétique qui permet de suivre chaque animal individuellement. Avant de partir, il faut enfin stériliser le piège avec un mini-chalumeau pour éviter que d’éventuels résidus viennent « polluer » les prochaines recherches d’ADN.

ours caméra

Petite déconvenue en arrivant, après presque trois heures d’une montée harassante, devant le premier des quatre pièges photographiques disposés sur le parcours : l’appareil semble avoir été à moitié décroché. Sabotage ? La présence de ces « radars automatiques » disposés sur les « routes » des ours n’est pas plus appréciée que certains de leurs « cousins » automobiles par les opposants aux plantigrades. Au total, une cinquantaine de boîtiers sont disposés dans tout le massif. Mais quelques communes, hostiles à la présence des ours, ont interdit leur pose sur leur territoire. Cela n’empêche pas les caméras, qui se déclenche automatiquement au passage d’un animal, de fournir chaque année de précieux indices sur la population d’ours dans les Pyrénées. L’Office national de chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui supervise le suivi scientifique des plantigrades, dispose même désormais de sa propre chaîne YouTube où elle diffuse régulièrement ses plus images, fixes ou animées. En 2016, les 48 appareils ont pris 228 photos ou vidéos d’ours dans les Pyrénées françaises.

En 2017, le rapport annuel de l’ONCFS s’enrichira de quelques images supplémentaires prises sur le circuit « touristique » de l’Adet. Outre les passages de sangliers, de cervidés ou de renards, la caméra n°1 a en effet enregistré le passage d’un plantigrade le 3 juillet, avant de se décrocher partiellement. La caméra n°2, qui tourne des vidéos quelques mètres plus loin, confirme le passage nocturne de l’animal, vraisemblablement une femelle. C’est désormais à Marine Paris, qui visualise toutes les images au siège de l’Adet en collaboration étroite avec les techniciens du groupe de suivi de l’ours, de prendre le relais pour un « dé-rushage » scientifique des images. Les fichiers, transférés sur une tablette, peuvent être visualisés « en direct » sur le terrain. Caroline et son fils Alex pourront rentrer dans le Var en annonçant triomphalement qu’ils ont bien crapahuté « sur les pas de l’ours ». En prime, ils recevront toutes les images glanées lors de cette sortie mémorable par les caméras automatiques. Dont celle d’un chat forestier qui bondit soudain sur une branche, à l’image de ses cousins domestiques plus familiers.

 

si vous êtes intéressé(e)s par l’un de ces sorties, il reste des places le 27 juillet et le 7 août ; à partir de septembre, elles auront lieu le samedi. prix : 99, 90 euros par personne.