Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

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A Toulouse, les tours poussent plus vite que les arbres autour de la gare Matabiau

Moudenc N&B Matabiau
La commission d’enquête sur le futur visage du quartier de la gare Matabiau de Toulouse (projet TESO) a rendu son rapport le 4 juillet dernier. Sans surprise, la présidente de la commission et ses deux assesseurs donnent leur feu vert au projet, très discuté, de la tour d’Occitanie surplombant les voies de chemin de fer et le canal du midi à Marengo. Sabine Nascinguerra avait elle-même suggéré la construction d’un gratte-ciel pouvant s’élever jusqu’à 150m sur l’emplacement de l’ancien tri postal lors d’une précédente enquête publique, comme l’avait relevé Médiacités.
Sensible aux critiques qui pointent l’absence de logements sociaux dans cette tour de prestige, réservée à des immeubles de standing, un hôtel de luxe et des bureaux, la commission recommande toutefois que le promoteur contribue financièrement à la construction de logements accessibles à des ménages modestes dans ce quartier en pleine recomposition urbaine. Les commissaires-enquêteurs s’inquiètent également des expropriations qui vont toucher environ 500 personnes du faubourg Bonnefoy, notamment au bas de l’avenue de Lyon et l’étroite rue des Cheminots. “ Le projet TESO aura un impact humain considérable dès la première phase, largement passé sous silence dans le dossier soumis à enquête ”, souligne le rapport qui ne s’aventure pas pour autant à faire le procès d’une “gentrification” du quartier instruit par certain(e)s.
Non à des immeubles de 60m
Mais si le maire de Toulouse se réjouit d’avoir obtenu un “feu vert” pour son projet de gratte-ciel et s’apprête à délivrer sans tarder le permis de construire, Jean-Luc Moudenc s’est vu décerner un “feu orange clignotant” pour d’autres immeubles de grande hauteur dans le secteur. La commission d’enquête s’oppose en effet à la construction d’immeubles de 60m de haut le long de l’avenue de Lyon. “ La Commission constate que de telles hauteurs ne sont pas conformes à la version initiale du PGU (plan guide urbain, NDR) et qu’elles résultent d’une évolution récente peu expliquée au public. Elles sont en rupture très nette avec les hauteurs fixées par le PLU ou par le PLUiH qui vient d’être approuvé par la Métropole lesquelles varient selon les zones entre 15 et 30 mètres ”, soulignent les commissaires-enquêteurs.
Sabine Nascinguerra et ses deux assesseurs réclament davantage d’espaces verts dans ce secteur, soulignant “ le peu d’ambition ” de la ville en la matière. La plantation d’arbres “en pleine terre” est recommandée à la place des grandes tours projetées. De façon peu habituelle, le rapport fait état d’un entretien avec le maire de Toulouse qui défendait la construction d’immeubles de 60m de haut pour avoir plus de place au sol destinée aux espaces verts. “ Or, c’est justement la grande hauteur des immeubles le long de l‘avenue de Lyon qui contribue aux îlots de chaleur urbain et qui heurte un grand nombre de contributeurs en raison d’une transformation trop radicale du quartier , rétorquent les commissaires-enquêteurs. Presque un désaveu pour Jean-Luc Moudenc, qui aime à se présenter dans l’optique des prochaines élections municipales comme “l’homme qui plantait des arbres”.

Les ours à l’heure des soustractions dans les Pyrénées

Ourse ourson

Les deux oursons de Sorita, l’une des deux femelles importées de Slovénie et réintroduites l’automne dernier dans les Pyrénées Atlantiques, sont probablement décédés. Ils avaient été aperçus pour la première fois le 17 avril par un agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sur les hauteurs de Luz Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées), mais leurs dernières traces dans la neige remontent au 1er mai. Les petits ont probablement été tués par un ours qui cherche à se reproduire, indique l’ONCFS dans un communiqué. Des agents ont en effet aperçu la femelle en compagnie d’un ours mâle le 8 mai dernier et ont remarqué que ses déplacements étaient incompatibles avec la présence des oursons à ses cotés.

Le décès des deux oursons, qui doit encore être confirmé par des recherches sur le terrain, arrive comme un bémol supplémentaire à la nouvelle vague de réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées. Annoncée par Nicolas Hulot, alors ministre de l’Ecologie, mais fortement contestée par la plupart des éleveurs, l’opération consiste à renforcer le noyau béarnais où aucune naissance d’ourson n’a a été constaté depuis des années, faute de femelles. Il ne subsisterait plus que deux mâles dans le secteur. Selon les derniers comptages, on recensait 40 ours « détectés » dans les Pyrénées en 2018, contre 43 en 2017. Plusieurs ours manquent à l’appel, morts ou trop discrets pour avoir été repérés. Depuis le début des opérations de réintroductions dans les années 90, la population augmentait chaque année par le jeu des naissances, supérieures aux décès enregistrés.

Un ou des ours « à problèmes » ?

Parmi les ours disparus figure Pyros, père de la plupart des ours nés dans les Pyrénées. C’est pour remplacer ce mâle jugé trop dominant, à cause des risques de consanguinité, qu’un premier lâcher a eu lieu en 2016 coté espagnol. Las, son successeur baptisé Goiat, est considéré comme « un ours à problème ». L’animal s’est attaqué à plusieurs reprises à des chevaux, des proies bien plus imposantes que les brebis qui tombent régulièrement sous les griffes des plantigrades. Des éleveurs réclament son retrait, coté français et espagnol. Le 9 mai, l’ONCFS a confirmé le comportement « anormalement prédateur » de Goiat. Le préfet des Hautes-Pyrénées s’appuie sur ce rapport pour envisager des « tirs d’effarouchement » avec des balles en plastique. Contrairement au loup, l’espèce  n’est pas considéré comme suffisamment « viable » pour autoriser un abattage pur et simple. Il peut être envisagé en dernier recours de capturer l’animal, mais pas de le tuer. Les Espagnols ont déjà capturé Goiat l’an dernier pour lui poser une nouvelle balise GPS avant de le relâcher, au grand désespoir des éleveurs anti-ours. « Étant donné que la viabilité à long terme de la population ursine n’est pas assurée, en cas d’élimination, le remplacement de l’individu éliminé par un nouvel individu sera effectué », précise le protocole « ours à problème ».

La révision de ce protocole offre l’occasion d’une nouvelle passe d’armes entre pro et anti-ours. Soucieux de donner l’impression aux éleveurs qu’ils sont entendus, le gouvernement envisage de généraliser les « effarouchements » y compris en Ariège, où sont concentrés la plupart des ours… et des anti-ours les plus virulents. Ceux-ci avaient déjà « accueillis » les précédentes réintroductions à coups de casseroles dans la montagne et de coups de fusil… en l’air. Consulté, le conseil national de protection de la nature (CNPN) a donné un avis négatif. Aux yeux de ces spécialistes, permettre les effarouchements en Ariège constitue « une dérive dangereuse laissant entendre que tous les ours sont considérés comme des «ours à problème ». A l’appel des associations pro-ours, des milliers de personne ont également fait connaître leur désapprobation sur le site internet ouvert à la consultation jusqu’au 14 juin. Le préfet de la région Occitanie doit présenter la « feuille de route » pastoralisme et ours jeudi 6 juin à Toulouse, mais à qui ? Les associations pro-ours ont annoncé qu’elles boycotteraient ce plan de « fausse route ». Les associations d’éleveurs anti-ours manifesteront également leur désapprobation en jouant la politique de la chaise vide.

Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

scouts climat (2)

Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

gaz climat

Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Deux citernes de gaz condamnées par le préfet à Boussens

Boussens auberge de l'ours
Contrairement à l’ancien site Seveso de Finagaz de Fenouillet, personne ne demande ouvertement la fermeture d’Antargaz à Boussens. Seul le maire de Roquefort-sur-Garonne, commune située de l’autre coté du fleuve, raconte avoir demandé le transfert du site vers la zone industrielle de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Mais sans insister. « Le gaz fait partie de notre ADN » reconnaît Jean-Bernard Portet. Il faut dire que c’est ici, dans le sud de la Haute-Garonne, qu’on a découvert le premier gisement français en 1939. Avant même le gaz de Lacq (Pyrénées Atlantiques). Le dernier puits de forage du Comminges a été fermé en 2009. Comme à Fenouillet, le gaz arrive donc désormais sous forme liquide (GPL) en wagon-citerne depuis la Méditerranée avant d’être livré, en vrac ou en bouteilles, par une noria de camions. Mais contrairement au site du nord de Toulouse, les cuves de Boussens ne sont pas à moitié enterrées sous des talus végétalisés pour réduire les risques en cas d’explosion. Les six citernes blanches sont à l’air libre.

 

L’ancienne entrée du site a été condamnée. Elle a été déplacée une centaine de mètres plus loin, avant le pont sur la Garonne. Un ancien restaurant situé au carrefour est muré. Le propriétaire a été exproprié, comme le stipule un avis placardé le 15 octobre par le maire de la commune voisine de Mancioux. Une maison d’habitation de l’autre coté de la route a également fermé définitivement ses volets en application du plan de prévention des risques technologiques (PPRT), approuvé en 2015 par le préfet. Au total, 5 bâtiments sont inclus dans le secteur délimité pour les expropriations à Mancioux. Le site Seveso étant situé à la sortie de Boussens, ce sont surtout les communes voisines qui sont impactées. A Roquefort, 11 maisons sont inscrites «  en délaissement  »  : « je dois aller voir les familles chaque année pendant six ans pour leur demander si elles souhaitent vendre et déménager », explique le maire. Trois propriétaires ont accepté de partir à ce jour. « Pour le préfet et l’administration, ce ne sont que des numéros sur un plan », soupire Jean-Bernard Portet.
Un PPRT jugé « insuffisant »
Coup de théâtre supplémentaire, trois maisons du hameau du Fourc, situé juste en face du dépôt de gaz sur la rive droite de la Garonne, ont été inscrites en novembre 2017 dans la zone rouge des  » effets létaux significatifs « . Les études de danger de l’industriel ont été revues à la hausse par l’administration à l’occasion de leur révision quinquennale réglementaire. Le PPRT est jugé  » insuffisant  » par l’inspection des installations classées. « Une sous-estimation des intensités de certains phénomènes dangereux, évaluées dans l’étude de 2009, est avérée », écrivent notamment les deux inspecteurs dans leur rapport du 17 octobre 2017. Le maire de Roquefort tombe des nues. L’élu assure que les services de l’Etat ne l’ont pas prévenu. « Le hameau du Fourc existait pourtant avant l’exploitation du gaz », fait valoir Jean-Bernard Portet.

Au total, huit bâtiments supplémentaires figurent dans le  » périmètre des effets létaux  » d’Antargaz après le nouveau rapport des inspecteurs des installations classées. L’usine de l’équipementier automobile Continental, qui s’est installée sur l’ancien site d’Elf-Aquitaine, est notamment impactée : un bâtiment où travaille une trentaine de salariés se retrouve dans la zone rouge des « effets forts + « . Pour éviter le tollé que ne manquerait pas de provoquer la publication de leurs conclusions, le préfet a pris en janvier 2018 une mesure radicale : il a fermé provisoirement deux des quatre citernes de propane du site de Boussens. Amputé d’autorité d’une part significative de sa capacité de stockage, le site Seveso voit mécaniquement son périmètre de danger se réduire dans les limites antérieures du PPRT.

L’arrêté préfectoral du 21 décembre 2018, présenté comme provisoire en attendant que l’industriel investisse pour réduire le danger à la source, n’a toujours pas été révisé. Une réunion technique entre les ingénieurs de l’Etat et de d’Antargaz était programmée en décembre 2018. Un exercice de sécurité civile a également été organisé en décembre dernier à Boussens. Il concernait le site gazier, mais également l’usine chimique BASF, elle aussi classée Seveso. A la demande des industriels, les caméras ont été déclarées indésirables ce jour-là dans la petite bourgade du sud de la Haute-Garonne.

Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.