Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

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Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

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Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

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Des balles en caoutchouc contre les ours dans les Pyrénées

Ourse ourson

Alors que la polémique bat son plein sur l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, les gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) pourraient être autorisés à tirer des balles en caoutchouc pour éloigner les ours des troupeaux cet été. Cette mesure-choc est issue d’un rapport d’experts des ministères de l’agriculture et de l’écologie. Après avoir auditionné les éleveurs ariégeois les plus remontés contre les attaques des plantigrades qui se concentrent sur le département, ils devaient présenter leurs solutions ce lundi à la préfecture de Toulouse. Las, les associations d’éleveurs, qui n’ont pas digéré la réintroduction de deux nouvelles femelles en Béarn au mois d’octobre dernier, ont préféré boycotter la réunion. Ils estiment que la présence de l’ours est incompatible avec le pastoralisme.

Les experts ont formulé une liste de propositions largement inspirées des pratiques déjà en cours en Béarn, où l’ours n’a jamais disparu contrairement à l’Ariège. Ils préconisent ainsi la plantation d’arbres fruitiers pour éloigner les ours des estives en les « fixant » dans la forêt, la construction de nouvelles cabanes ou l’amélioration de la couverture du réseau de téléphonie mobile pour les bergers. Le rapport souligne que les indemnisations sont désormais conditionnées à la présence permanente de gardiens et la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Il accorde un délai supplémentaire d’un an aux éleveurs qui s’y refusent, notamment en Ariège et dans les Hautes-Pyrénées.

Pour diminuer le nombre de prédations, les experts proposent d’équiper les bergers de « moyens d’effarouchement sonores ou lumineux ». Mais contrairement au loup, pas question de sortir les fusils pour « réguler » la présence des ours, dont les effectifs sont estimés à une quarantaine dans les Pyrénées. Les gardes de l’ONCFS, et éventuellement des lieutenants de louveteries des départements, seraient seuls habilités à tirer sur le plantigrade ; mais pas à balle réelle. Le protocole « ours à problème », qui doit également être révisé, ne prévoit l’abattage d’un ours qu’en dernière extrémité. L’ours Goiat, accusé d’attaques à répétition contre des troupeaux de chevaux, a ainsi été capturé et équipé d’un nouveau collier GPS avant d’être relâché cet automne coté espagnol. Ce mâle originaire de Slovénie a été réintroduit en 2016 par la Catalogne pour remplacer le vénérable Pyros, père de la plupart des oursons nés dans les Pyrénées depuis le début du plan ours, qui aurait 30 ans cette année mais n’a plus donné de signe de vie depuis avril 2017.

L’usage de chiens spécialement dressés pour faire fuir les ours est également envisagé. Les chiens de Carélie viendraient ainsi à la rescousse des Patous, ces gros chiens blancs utilisés pour la défense des troupeaux. Toutes ces propositions doivent encore recueillir l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. Elles vont rapidement faire l’objet d’une consultation publique afin de pouvoir être mise en ouvre dès la montée des troupeaux en estive, le mois prochain. Les élus régionaux et les associations environnementales pourraient se prononcer dès cette semaine : ils ont rendez-vous jeudi à Toulouse pour une réunion du comté de massif. Le tir de balles en caoutchouc a été expérimenté l’an dernier pour effaroucher des loups à la frontière de l’Autriche et de la République tchèque.

Deux citernes de gaz condamnées par le préfet à Boussens

Boussens auberge de l'ours
Contrairement à l’ancien site Seveso de Finagaz de Fenouillet, personne ne demande ouvertement la fermeture d’Antargaz à Boussens. Seul le maire de Roquefort-sur-Garonne, commune située de l’autre coté du fleuve, raconte avoir demandé le transfert du site vers la zone industrielle de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Mais sans insister. « Le gaz fait partie de notre ADN » reconnaît Jean-Bernard Portet. Il faut dire que c’est ici, dans le sud de la Haute-Garonne, qu’on a découvert le premier gisement français en 1939. Avant même le gaz de Lacq (Pyrénées Atlantiques). Le dernier puits de forage du Comminges a été fermé en 2009. Comme à Fenouillet, le gaz arrive donc désormais sous forme liquide (GPL) en wagon-citerne depuis la Méditerranée avant d’être livré, en vrac ou en bouteilles, par une noria de camions. Mais contrairement au site du nord de Toulouse, les cuves de Boussens ne sont pas à moitié enterrées sous des talus végétalisés pour réduire les risques en cas d’explosion. Les six citernes blanches sont à l’air libre.

 

L’ancienne entrée du site a été condamnée. Elle a été déplacée une centaine de mètres plus loin, avant le pont sur la Garonne. Un ancien restaurant situé au carrefour est muré. Le propriétaire a été exproprié, comme le stipule un avis placardé le 15 octobre par le maire de la commune voisine de Mancioux. Une maison d’habitation de l’autre coté de la route a également fermé définitivement ses volets en application du plan de prévention des risques technologiques (PPRT), approuvé en 2015 par le préfet. Au total, 5 bâtiments sont inclus dans le secteur délimité pour les expropriations à Mancioux. Le site Seveso étant situé à la sortie de Boussens, ce sont surtout les communes voisines qui sont impactées. A Roquefort, 11 maisons sont inscrites «  en délaissement  »  : « je dois aller voir les familles chaque année pendant six ans pour leur demander si elles souhaitent vendre et déménager », explique le maire. Trois propriétaires ont accepté de partir à ce jour. « Pour le préfet et l’administration, ce ne sont que des numéros sur un plan », soupire Jean-Bernard Portet.
Un PPRT jugé « insuffisant »
Coup de théâtre supplémentaire, trois maisons du hameau du Fourc, situé juste en face du dépôt de gaz sur la rive droite de la Garonne, ont été inscrites en novembre 2017 dans la zone rouge des  » effets létaux significatifs « . Les études de danger de l’industriel ont été revues à la hausse par l’administration à l’occasion de leur révision quinquennale réglementaire. Le PPRT est jugé  » insuffisant  » par l’inspection des installations classées. « Une sous-estimation des intensités de certains phénomènes dangereux, évaluées dans l’étude de 2009, est avérée », écrivent notamment les deux inspecteurs dans leur rapport du 17 octobre 2017. Le maire de Roquefort tombe des nues. L’élu assure que les services de l’Etat ne l’ont pas prévenu. « Le hameau du Fourc existait pourtant avant l’exploitation du gaz », fait valoir Jean-Bernard Portet.

Au total, huit bâtiments supplémentaires figurent dans le  » périmètre des effets létaux  » d’Antargaz après le nouveau rapport des inspecteurs des installations classées. L’usine de l’équipementier automobile Continental, qui s’est installée sur l’ancien site d’Elf-Aquitaine, est notamment impactée : un bâtiment où travaille une trentaine de salariés se retrouve dans la zone rouge des « effets forts + « . Pour éviter le tollé que ne manquerait pas de provoquer la publication de leurs conclusions, le préfet a pris en janvier 2018 une mesure radicale : il a fermé provisoirement deux des quatre citernes de propane du site de Boussens. Amputé d’autorité d’une part significative de sa capacité de stockage, le site Seveso voit mécaniquement son périmètre de danger se réduire dans les limites antérieures du PPRT.

L’arrêté préfectoral du 21 décembre 2018, présenté comme provisoire en attendant que l’industriel investisse pour réduire le danger à la source, n’a toujours pas été révisé. Une réunion technique entre les ingénieurs de l’Etat et de d’Antargaz était programmée en décembre 2018. Un exercice de sécurité civile a également été organisé en décembre dernier à Boussens. Il concernait le site gazier, mais également l’usine chimique BASF, elle aussi classée Seveso. A la demande des industriels, les caméras ont été déclarées indésirables ce jour-là dans la petite bourgade du sud de la Haute-Garonne.

Des ours même sans Hulot dans les Pyrénées ?

ours Balès

La démission-surprise du ministre de l’Ecologie laisse opposants et partisans de l’ours dans l’expectative. Le départ de Nicolas Hulot pourrait-il signifier l’abandon de la réintroduction de deux femelles dans les vallées du Haut-Béarn (Pyrénées Atlantiques) cet automne ? Fin juillet au ministère, Nicolas Hulot avait laissé entendre aux parlementaires du département que sa démission était dans la balance pour tenir sa promesse, annoncée en mars dernier. D’autres élus, majoritairement hostiles au projet, ont directement fait valoir leurs arguments à Emmanuel Macron lors de sa visite à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) à l’occasion du passage du Tour de France. Le président de la République et son premier ministre se sont bien gardés de dire jusqu’à présent s’ils avaient donné un feu vert ou rouge à l’opération, aussi symbolique que politique.

Les opposants, qui avait adressé une lettre ouverte à l’Elysée dès le lendemain de l’annonce de Nicolas Hulot pour lui demander de ne pas « rallumer la guerre de l’ours », ont une nouvelle fois manifesté ce mercredi à Etsaut, l’un des rares villages de la vallée d’Aspe ouvertement favorable aux plantigrades. La manifestation était prévue de longue date, dans l’espoir d’y croiser Nicolas Hulot qui avait annoncé sa visite sur le terrain. A défaut de pouvoir interpeller le ministre, des cadavres de brebis mortes ont été déposés devant la mairie et des poches de sang lancées sur la façade. La maire, Elisabeth Médard (PS), a annoncé son intention de porter plainte.

L’épisode rappelle une manifestation similaire organisée à Arbas (Haute-Garonne) en 2006, lors des dernières réintroductions d’ours en provenance de Slovénie. Cinq plantigrades (4 femelles et un mâle) avaient alors été relâchés dans les Pyrénées Centrales(Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), dans un contexte tendu. La plupart des huit ours importés depuis 1996 sont aujourd’hui décédés, parfois de mort violente. Mais leur descendance, relativement prolixe, a assuré à ce jour la présence d’une quarantaine d’ours dans les Pyrénées Centrales. En moyenne, la population a cru de 13,5% par an. C’est encore trop peu pour garantir une population viable aux yeux des spécialistes du Muséum d’Histoires Naturelles, qui insistent depuis des années sur l’urgence de relâcher des femelles dans le dernier noyau des Pyrénées Occidentales, où ne subsistent que deux mâles depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en vallée d’Aspe en 2004. Mais c’est déjà trop pour de nombreux éleveurs. Surtout en Ariège, où se concentrent l’essentiel des ours… et des attaques. L’arrivée annoncée du loup vient encore renforcer le refus du retour des prédateurs dans la montagne. Même les vautours, rapaces nécrophages, sont suspectés d’être devenus carnivores par des éleveurs pour qui le sujet est devenu ultra-sensible.

Dans ce contexte pré-hystérique, les associations favorables à l’ours font profil bas. « On est inquiet » reconnaît Alain Reynes, directeur de l’association Adet-Pays de l’ours qui a mené les premières réintroductions en Haute-Garonne. Le militant se souvient de l’annonce de la réintroduction d’une femelle dans le Béarn par Chantal Jouanno en 2010, démentie par Nathalie Kosciusko-Morizet qui lui avait succédé en 2011. Comme Jérôme Ouillon, son homologue du FIEP (Fond d’intervention éco-pastoral) basé à Oloron (Pyrénées Atlantiques), il veut croire que Nicolas Hulot avait bien obtenu un arbitrage gouvernemental avant d’annoncer le lâcher des deux femelles au printemps dernier. Les associations peuvent aussi s’appuyer sur les résultats de la concertation organisée par le préfet des Pyrénées Atlantiques qui révèle une adhésion majoritaire (près de 90%) au projet, y compris dans les communes montagnardes du Haut-Béarn (58%). A Pau, la préfecture fait comme si le projet n’était pas remis en cause. Elle a fait preuve d’une certaine transparence en publiant l’épais dossier technique sur son site Internet. On y apprenait que le budget de l’opération était évalué à 110.600 €, dont 45.000 € pour les opérations de piégeage en Slovénie et 15.000 € pour le transport. Le document précisait également que l’opération pourrait être reportée au printemps 2019 si nécessaire.

 

La transhumance motorisée des saumons de la Garonne

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alevin de saumon au Bazacle

 

D’Agen à Toulouse, remonter la Garonne revient à traverser “le triangle des Bermudes” pour les saumons. Depuis le début de l’année, on a comptabilisé 77 de ces grands poissons migrateurs dans l’ascenseur à poissons de Golfech (Tarn-et-Garonne), inauguré en 1986 par EDF pour favoriser le retour des saumons dans le fleuve. Mais seulement huit de ces poissons ont été recensés à ce jour à l’usine hydroélectrique du Bazacle à Toulouse, une centaine de kilomètres en amont. Six autres saumons ont été transférés par la route à Crampagna, au sud de Foix (Ariège). Cette transhumance motorisée de 170 kilomètres a débuté il y a quatre ans. Au total, 181 saumons ont bénéficié de cette assistance mécanisée depuis 2014.

L’association Migado, chargée du retour des poissons migrateurs dans la Garonne et la Dordogne depuis 1989, a pris cette décision face aux importantes pertes constatées d’une année sur l’autre entre les barrages de Golfech et Toulouse. Le radio-pistage de 146 saumons entre 2002 et 2006 a montré que seulement 39 poissons avaient réussi à passer le Bazacle à Toulouse. La plupart renoncent, victimes de la pollution et de la chaleur. On a relevé des températures supérieures à 29° dans la Garonne, alors que le seuil létal commence à 25° pour ces migrateurs qui grossissent du coté du Groenland, mais ne s’alimentent plus quand ils reviennent en eau douce. Parmi les plus motivés ayant réussi à dépasser Toulouse, 50% sont décédés ou ont fait demi-tour avant la période de reproduction, qui se déroule au début de l’hiver (novembre-décembre). Les premières frayères se situent pourtant à une petite dizaine de kilomètres en amont, à la confluence de la Garonne et de l’Ariège.

Le transport des saumons par la route n’est pas une nouveauté pour Migado. L’association utilise cette technique depuis de nombreuses années à Carbonne, dans le sud de Haute-Garonne. Le barrage sur la Garonne est ici infranchissable du fait de l’absence de passe à poissons. Les rares saumons qui arrivent au pied de cet ouvrage sont capturés et relâchés en amont, essentiellement dans la Pique du coté de Luchon. D’autres saumons piégés à Golfech sont acheminés chaque année à Bergerac (Dordogne), dans une pisciculture chargée de conserver les géniteurs dans des bassins. Cette année, neuf poisons ont déjà rejoint ce « centre de reconditionnement » des saumons. Les œufs fécondés sont ensuite transférés vers d’autres piscicultures. Les jeunes saumons sont élevés dans le Tarn avant d’être relâchés à différents stades, alevins ou plus âgés, dans la Garonne ou l’Ariège. Mais pas dans la Pique, à cause d’un barrage qui hache menu 60% des jeunes saumons qui entament leur dévalaison vers l’océan. C’est aussi pour éviter les turbines des barrages de la Garonne-amont que 35.000 « smolts » ont été capturés l’an dernier au sud de la Haute-Garonne pour être transférés dans un camion spécialement équipé jusqu’à Golfech.

La très discrète fermeture d’un site Seveso de Toulouse

Fenouillet gaz
Les deux grandes cuves semi-enterrées et végétalisées de propane et de butane sont vides. Le centre d’emplissage Finagaz de Fenouillet, au nord de Toulouse, a officiellement fermé ses portes le 31 juillet. Une partie des 15 salariés du site, classé Sévéso, devait être transférés vers Antargaz à Boussens, au sud de la Haute-Garonne.  Mais aucun n’a souhaite déménagé. Les deux entreprises sont la propriété du groupe américain UGI, qui a racheté l’activité GPL de Total en 2015. Les nouveaux propriétaires ont annoncé leur départ de la banlieue toulousaine dans un courrier électronique lapidaire adressé le 21 juin à la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) d’Occitanie. La nouvelle a surpris car le préfet venait d’adopter en juin 2017 le plan de prévention des risques technologiques (PPRT), après dix ans de procédure.

un déménagement évalué à 24 millions par Total

Les élus locaux, marqués par l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001, réclamaient unanimement la fermeture du site depuis des années. Mais la solution d’un déménagement, évalué à 24 millions par Total, n’avait pas été retenue par le préfet. Dans un arrêté signé le 6 décembre 2017, le représentant de l’Etat se contentait de demander au nouvel exploitant d’étudier la mise en place d’un « système d’alerte à destination des gestionnaires du réseau ferré et des axes routiers ». Le site, approvisionné par wagons-citernes, est en effet bordé par l’ancienne route nationale 20, qui passe à seulement 10m de ses grilles. La circulation automobile est intense à l’entrée nord de Toulouse, qui voit passer 30.000 véhicules par jour. Un système de feux de signalisation automatisé pour couper la route entre deux rond-points en cas de fuite de gaz était envisagé. Coût estimé : 140.000 euros, selon les services de Toulouse-Métropole, qui a hérité de l’ancienne nationale transférée dans un premier temps au département.

Le centre commercial s’est rapproché

Le risque industriel n’a toutefois pas empêché l’extension du centre commercial Casino voisin, qui a inauguré entre 2015 et 2016 une nouvelle galerie marchande de 130 boutiques sur 90.000 m2 et un multiplexe de 8 salles de cinéma. Ce nouveau centre commercial géant, avec son parking de 2.600 places, se trouve désormais à 500m seulement du site gazier. Le dernier exercice de secours, organisé en décembre 2016, aurait révélé des difficultés d’évacuation, selon un habitant membre d’une association de riverains. La consigne en cas d’accident est d’évacuer la zone à pied. Mais le site, coincé entre la route d’un coté, les voies ferrées et le canal latéral de l’autre, n’offre aucune échappatoire.

La SNCF a refusé de racheter le site

Un nouveau risque est enfin apparu avec le projet de LGV entre Toulouse et Bordeaux prévoyant la construction de deux nouvelles voies ferrées qui auraient frôlé le site à une centaine de mètres seulement. Le coût pour protéger les trains s’annonçait lourd : entre 14 et 40 millions, selon les premières estimations. Il était question de recouvrir les voies dans une sorte de tunnel, ou de construire des « sarcophages » en béton pour protéger les trains de voyageurs. Une centaine de trains passent chaque jour à proximité du site, sans compter les nombreux trains de marchandises de la gare de triage de Saint-Jory, en pleine restructuration. Il fut même question de vendre les 3 hectares du site gazier à la SNCF, mais l’entreprise publique n’a pas donné suite. Finagaz disposait de son propre embranchement ferré pour approvisionner le site de Fenouillet. En 2015, 735 wagons-citernes ont servi à remplir 1 million de bouteilles de gaz, distribuées par un peu moins de 3.000 camions dans toute la région. La direction de l’entreprise invoque la baisse de la consommation de GPL pour justifier la fermeture de son site de Fenouillet. Elle se refuse à tout autre commentaire. Il reste deux autres sites pétroliers classés Seveso au nord de Toulouse.

Un ourson perdu, capturé puis relâché dans les Pyrénées

Ourse ourson

Un ourson isolé, âgé de 6 mois environ, a été trouvé jeudi soir par un ou des promeneurs sur la commune de Fos (Haute-Garonne). Les conditions de sa découverte, à deux pas de la route qui mène en Espagne en suivant la vallée de la Garonne, demeurent inexpliquées. L’animal était déshydraté et en hypoglycémie, indique la préfecture dans un communiqué. Le ministère de l’Ecologie a autorisé en urgence sa capture. Requinqué, l’animal a aussitôt été relâché dans la nuit, non sans avoir été équipé d’un émetteur posé dans une oreille. “ Dans un secteur à même de lui assurer des conditions de sécurité, de quiétude et de ressources plus favorables, et où sa mère potentielle avait été localisée peu de temps auparavant ”, précise le communiqué.

Les autorités françaises ont manifestement tiré les enseignements du précédent malheureux d’Auberta, une oursonne trouvée dans des conditions similaires à quelques kilomètres de là, coté espagnol, en 2014. L’animal avait alors été placé dans un enclos caché dans la montagne, à l’abri des curiosités. Surveillé par des caméras, il avait pu poursuivre sa croissance durant tout l’été. Mais Auberta est finalement décédée en novembre dans son enclos, peu de temps après avoir été opérée pour être équipée d’un émetteur intra-abdominal en prévision de sa libération dans la nature. Le sort de l’oursonne avait suscité beaucoup d’émotions. Il embarrassait manifestement les autorités locales du Val d’Aran, enclave gasconne bénéficiant d’une certaine autonomie au sein de la région autonome catalane. Les élus locaux aranais avaient proposé à la France de relâcher la petite femelle en Béarn, où ne subsistent que deux mâles. Ils ont encore récemment adopté une motion hostile au mâle slovène réintroduit par les Catalans avec l’aide de l’Europe en 2016, accusé de faire trop de dégâts dans les troupeaux.

Le contexte a changé coté français, puisque Nicolas Hulot a décidé de relâcher deux femelles adultes cet automne dans les Pyrénées Atlantiques. La question du maintien des derniers ours du noyau occidental est posée depuis la mort de Cannelle, tuée par un chasseur en 2004. La survie de l’ourson trouvé à Fos, elle, n’est pas assurée. Mais elle ne remet pas fondamentalement en cause l’existence de ce noyau central, désormais fort d’une quarantaine d’individus, tous issus des ours relâchés en provenance de Slovénie.

L’ourson de Fos, dont le sexe n’a pas été précisé, a été rapidement relâché après un court séjour en cage de seulement quelques heures. L’équipe technique chargée su suivi des ours espère qu’il arrivera à survivre, même s’il ne retrouve pas sa génitrice. L’ourson de Cannelle, tué à la Toussaint, avait survécu à la mort de sa mère. Les oursons de Mellba, l’une des deux premières ourses slovène également tuée par un chasseur en Haute-Garonne, avaient eux-aussi pu passer l’hiver. Ces petits orphelins de l’automne étaient toutefois moins dépendants que l’ourson de Fos. La préfecture recommande de tenir son chien en laisse quand on se promène en montagne afin d’éviter qu’il perturbe une ourse avec ses petits. C’est vraisemblablement ce qui c’est produit il y a quelques jours dans le secteur de Fos, où deux promeneurs ont rapporté avoir été “chargés” par une ourse. Sans doute la mère du petit abandonné. Des randonnées naturalistes sont également organisées depuis l’an dernier autour du site où ont eu lieu les premières réintroductions d’ours dans les Pyrénées, il y a vingt ans.