Canicule et fermeture de la centrale nucléaire de Golfech : un non-évènement ?

rejets Golfech

C’est une première en France, mais EDF fait tout pour relativiser l’évènement : les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) ont été mis en veilleuse mardi 23 juillet. Une première en France. EDF évoquait dès lundi dans un communiqué national un « arrêt pour contraintes environnementales » . En clair, la Garonne est à la fois trop basse et surtout trop chaude pour refroidir la centrale. La température du fleuve dépasse en effet les 27° en amont de la centrale. Elle risque de dépasser le seuil fatidique des 28°, fixé depuis la mise en service de la centrale en 1993 comme une limite à ne pas dépasser. Le redémarrage de l’unique centrale nucléaire d’Occitanie, construite dans les années 80, est suspendu au niveau du fleuve. Il ne devrait pas être possible avant la fin de la semaine, confie Mathieu Albugues, conseiller départemental et président de la commission locale d’information (CLI) de Golfech.

Un arrêt à contre-coeur

La direction de la centrale de Golfech a précisé presque à contre-coeur les modalités de fermeture mardi matin, après avoir laissé planer le doute sur l’application complète de cette mesure radicale : un premier réacteur a été fermé dès 15h, l’autre qui devait s’arrêter durant la nuit l’a suivi quelques heures plus tard. « Les centrales de Blaye (Gironde) et Civaux (Vienne) pourront prendre le relais sans poser de problème d’alimentation électrique à la région », assure M Albugues. Même si EDF affirme qu’il est courant de réduire l’activité de ses centrales, voire stopper un réacteur en période de sécheresse, c’est bien la première fois que les deux réacteurs de Golfech sont arrêtés simultanément. D’autres centrales pourraient connaître le même sort dans les jours à venir, selon Le Monde qui évoque notamment les 14 réacteurs au bord du Rhône.

Golfech en concurrence avec Civaux ?

Ce sont en réalité les centrales comme Golfech ou Civaux (Vienne), situées sur les berges de fleuves au débit moins importants que le Rhône ou la Loire , qui sont en première ligne face à la canicule. La fermeture de Civaux a même été envisagée dès le 3 juillet, après le premier épisode caniculaire de la fin-juin, selon un élu de l’agglomération de Limoges. Dans le cas de la centrale du Tarn-et-Garonne, EDF avait pris la précaution de construire dès les années 70 un barrage au fil de l’eau équipé d’une centrale hydroélectrique à Malause, en amont de Golfech, afin de disposer d’une réserve d’eau en période estivale. L’électricien dispose même d’une réserve supplémentaire, curieusement située sur le minuscule cours d’eau gascon de la Gimone à Lunax (Gers), pour « compenser » officiellement la consommation de sa centrale nucléaire. Golfech avale 200 millions de m3 par an, dont 40 partent dans les panaches des deux immenses tours aéroréfrigérantes de plus de 170m de haut, visibles de loin dans la vallée de la Garonne.

Mais la question se pose désormais moins en terme de quantité d’eau disponible pour refroidir les réacteurs que de qualité. Le panache hydraulique des rejets de Golfech, moins visible que ses rejets dans l’atmosphère, est surveillé de près depuis la canicule de 2003. En réchauffant le fleuve, la centrale est soupçonnée d’empêcher la remontée des poissons migrateurs comme le saumon. La canicule de 2003 s’était traduite l’année suivante par une hécatombe dans les les populations d’aloses, un autre migrateur jadis abondant dans la Garonne. EDF nie toute responsabilité. L’électricien affirme respecter le vieil arrêté préfectoral de 1993 qui lui impose de ne pas rejeter de l’eau à une température supérieure de 1,25° à celle de la Garonne en période estivale. Selon les chiffres communiqués à la CLI de Golfech par la direction de la centrale, l’eau qui sort des six orifices de l’émissaire débouchant dans la Garonne plusieurs centaines de mètres en aval ne réchaufferait le fleuve que de 0,2° « après dilution ».

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) mentionnait pourtant des eaux chaudes de 33° dans l’émissaire en 2003. A l’époque, seul un des deux réacteurs avait été mis à l’arrêt. EDF avait demandé une dérogation à l’ASN pour s’affranchir de ses contraintes de températures réglementaires, mais avait dépassé les bornes fixées par le « gendarme du nucléaire » à plusieurs reprises, en juillet et en août ; sans que cela soit considéré comme un « incident ». « On n’allait quand même pas fermer la centrale pour un degré », clamait alors le maire de Golfech. « Les mentalités ont évolué. Le Tarn-et-Garonne est en crise, il faut s’adapter sur le long terme » dit aujourd’hui Mathieu Albugues. Ce jeune élu départemental a remplacé l’inamovible maire de la commune à la présidence de la CLI à la faveur du déboulonnage de Jean-Michel Baylet à la tête du Tarn-et-Garonne. La puissance politique locale du PDG de La Dépêche du Midi se mesurait jadis autant en mégawatts produits à Golfech qu’en millions d’euros de retombées fiscales. Le quotidien régional a consacré à peine un entrefilet mercredi à la fermeture totale de la centrale, considéré comme un non-évènement.

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A Toulouse, les tours poussent plus vite que les arbres autour de la gare Matabiau

Moudenc N&B Matabiau
La commission d’enquête sur le futur visage du quartier de la gare Matabiau de Toulouse (projet TESO) a rendu son rapport le 4 juillet dernier. Sans surprise, la présidente de la commission et ses deux assesseurs donnent leur feu vert au projet, très discuté, de la tour d’Occitanie surplombant les voies de chemin de fer et le canal du midi à Marengo. Sabine Nascinguerra avait elle-même suggéré la construction d’un gratte-ciel pouvant s’élever jusqu’à 150m sur l’emplacement de l’ancien tri postal lors d’une précédente enquête publique, comme l’avait relevé Médiacités.
Sensible aux critiques qui pointent l’absence de logements sociaux dans cette tour de prestige, réservée à des immeubles de standing, un hôtel de luxe et des bureaux, la commission recommande toutefois que le promoteur contribue financièrement à la construction de logements accessibles à des ménages modestes dans ce quartier en pleine recomposition urbaine. Les commissaires-enquêteurs s’inquiètent également des expropriations qui vont toucher environ 500 personnes du faubourg Bonnefoy, notamment au bas de l’avenue de Lyon et l’étroite rue des Cheminots. “ Le projet TESO aura un impact humain considérable dès la première phase, largement passé sous silence dans le dossier soumis à enquête ”, souligne le rapport qui ne s’aventure pas pour autant à faire le procès d’une “gentrification” du quartier instruit par certain(e)s.
Non à des immeubles de 60m
Mais si le maire de Toulouse se réjouit d’avoir obtenu un “feu vert” pour son projet de gratte-ciel et s’apprête à délivrer sans tarder le permis de construire, Jean-Luc Moudenc s’est vu décerner un “feu orange clignotant” pour d’autres immeubles de grande hauteur dans le secteur. La commission d’enquête s’oppose en effet à la construction d’immeubles de 60m de haut le long de l’avenue de Lyon. “ La Commission constate que de telles hauteurs ne sont pas conformes à la version initiale du PGU (plan guide urbain, NDR) et qu’elles résultent d’une évolution récente peu expliquée au public. Elles sont en rupture très nette avec les hauteurs fixées par le PLU ou par le PLUiH qui vient d’être approuvé par la Métropole lesquelles varient selon les zones entre 15 et 30 mètres ”, soulignent les commissaires-enquêteurs.
Sabine Nascinguerra et ses deux assesseurs réclament davantage d’espaces verts dans ce secteur, soulignant “ le peu d’ambition ” de la ville en la matière. La plantation d’arbres “en pleine terre” est recommandée à la place des grandes tours projetées. De façon peu habituelle, le rapport fait état d’un entretien avec le maire de Toulouse qui défendait la construction d’immeubles de 60m de haut pour avoir plus de place au sol destinée aux espaces verts. “ Or, c’est justement la grande hauteur des immeubles le long de l‘avenue de Lyon qui contribue aux îlots de chaleur urbain et qui heurte un grand nombre de contributeurs en raison d’une transformation trop radicale du quartier , rétorquent les commissaires-enquêteurs. Presque un désaveu pour Jean-Luc Moudenc, qui aime à se présenter dans l’optique des prochaines élections municipales comme “l’homme qui plantait des arbres”.

Transports urbains : la gratuité, ou les gratuités ?

tram Blagnac

A l’approche des élections municipales, la question de la gratuité des transports urbains refait surface. Sachant que le prix d’un ticket de bus ou de métro ne couvre que très partiellement les frais de fonctionnement des réseaux, pourquoi ne pas s’affranchir totalement de la billetterie pour inciter les automobilistes à prendre les transports en commun, suggèrent ses partisans ? La question se pose avec encore plus d’acuité à l’aulne du réchauffement climatique, qui incite à réduire la place de la voiture en ville.

A Toulouse, un collectif constitué de syndicalistes retraités annonce son intention de lancer une pétition cet été avant d’interpeller tous les candidats à la rentrée. Il fait implicitement campagne pour La France Insoumise, qui a décidé de faire de la question une « ligne rouge » dans ses négociations avec les autres formations de gauche, à Toulouse comme à Bordeaux. Et du parti communiste. A Strasbourg, c’est l’unique élu communiste de la métropole qui a mis la question sur le tapis. Idem à Bordeaux. Au parti socialiste comme chez les écologistes, la gratuité ne fait pas l’unanimité. Offrir la gratuité dans des métros ou des tramways déjà saturés ne peut pas donner envie aux automobiliste d’abandonner leur cocon climatisé, fait-on valoir de l’autre coté de la barre.

A Paris, Anne Hidalgo a fait mine d’étudier la question avant de se résoudre à limiter la gratuité aux enfants de moins de 12 ans. A Nantes, la maire (PS) innove en proposant de limiter la gratuité aux week-end. Car la gratuité a un coût : 80 à 100 millions par an à Toulouse, 200 millions à Marseille selon un rapport destiné à « enterrer » la question posée par la dauphine (LR) désignée par Gaudin pour lui succéder et jusqu’à 300 millions à Bordeaux, selon un élu communiste. « Si on renonce à faire payer l’usager, il faudra solliciter le contribuable et augmenter les impôts », prévient Jean-Michel Lattes, adjoint au maire de Toulouse chargé des transports. C’est la réponse habituelle de la plupart des responsables des réseaux de transports urbains, toutes étiquettes politiques confondues, réunis au sein du GART. La gratuité serait-elle uniquement une promesse démagogique de campagne électorale ?

Dans la ville rose, la gratuité pourrait bien délimiter une ligne de fracture entre deux gauches, « radicale » contre « gestionnaire ». « Il y a des gratuités nécessaires » juge Pierre Cohen, l’ancien maire socialiste. Désormais membre de Générations, le parti de Benoît Hamon, l’homme qui ne désespère pas prendre sa revanche en 2020 estime qu’il faut a minima rétablir les mesures de gratuité « ôtées par Jean-Luc Moudenc ». Le maire (LR) de Toulouse n’a pas hésité à supprimer la gratuité offerte dans les années 70 par la première municipalité Baudis aux retraités. L’abonnement « illimité » à 10 euros par mois offert par la municipalité Cohen aux jeunes de moins de 25 ans a également été rognée au profit d’une tarification « solidaire » qui prend en compte les revenus plutôt que les tranches d’âges. « Nous voulions nous aussi mettre en place une tarification proportionnelle aux revenus mais Moudenc a détourné notre étude », accuse l’ancien maire. Outre les transports, Pierre Cohen cite également la gratuité des cantines scolaires comme un autre « marqueur » de la future campagne électorale.

La gratuité des transports pourrait a minima être appliquée en cas de pics de pollution, suggèrent de leur cotés les écologistes. Pas question répond Jean-Michel Lattes, qui défend les recettes de Tisséo pour pouvoir financer la 3ème ligne de métro. L’adjoint au maire préfère étudier la mise en place d’un tarif réduit dédié (4€). Le président de Tisséo fait valoir que la RATP s’est rangé à cette solution à Paris. A Toulouse, la question ne s’est pas posée concrètement car la circulation alternée prévue en cas de pics de pollution n’a encore jamais été mise en œuvre. Mais l’opposition de gauche semble cette fois unie pour réclamer cette gratuité minimale, temporaire et « climatique ».

Les Tops et les Flops de Moudenc à Toulouse

Un an avant les élections municipales, Le Point tire le bilan du mandat du maire de Toulouse dans un supplément spécial. Retrouvez les bons et les mauvais points de Jean-Luc Moudenc sur 10 dossiers essentiels.

Le Point lacrymo

La troisième ligne de métro

Les tunneliers n’ont pas commencé à creuser le projet-phare de la campagne du candidat Moudenc de 2014, mais le principe d’une troisième ligne de métro est désormais acté. Pierre Cohen peste régulièrement contre cette ligne « virtuelle » qui s’affiche déjà dans les rames actuelles, mais la plupart des opposants au maire de Toulouse ne menacent plus de renvoyer le métro sur une voie de garage pour ressortir les tramways chers à l’ancien maire socialiste. Claude Raynal, chef de file des élus socialistes à Toulouse-Métropole, a fait savoir qu’il ne remettrait pas en cause ce nouveau métro en cas de victoire. Cela ne l’empêche pas de tirer à boulets rouges sur son coût, jugé dispendieux. Le projet, initialement chiffré à 1,2 milliard par M Moudenc, est désormais estimé à 2,6 milliards. La Cour des Comptes elle-même s’en est émue dans son rapport annuel, jugeant la troisième ligne comme « un pari dont le financement reste à stabiliser ».

Le maire de Toulouse a bénéficié d’emblée du soutien d’Airbus, sensible à la desserte de plusieurs de ces sites de Colomiers jusqu’aux portes de Labège. Il a déminé les réticences des élus du Sicoval, qui redoutaient que cette nouvelle ligne remette en cause le prolongement de la ligne B, laissant à son 1er adjoint, Jean-Michel Lattes, le soin d’affiner le tracé et de répondre aux critiques d’un collectif qui réclame de passer davantage au centre ville.
La tour d’Occitanie

Une  » forêt verticale  » qui s’enroule en spirale autour d’un building de 40 étages entre la gare Matabiau et l’arche Marengo. L’audacieux projet de la tour d’Occitanie dessiné par l’architecte Daniel Libeskind est incontestablement la plus grande surprise du mandat. Ce gratte-ciel de 155m de haut ne figurait pas dans les promesses de campagne de Jean-Luc Moudenc. Le maire est toutefois bien décidé à délivrer sans tarder un permis de construire à la Compagnie de Phalsbourg, qui prévoit d’y loger un hôtel Hilton, une centaine d’appartements de standing, des bureaux et des commerces dans la base de la tour qui s’avance comme la proue d’un navire au bord du canal du midi, sur le terrain de l’ancien tri postal qui appartient à la SNCF.

L’enquête publique qui devait s’achever le 30 avril montre une population très partagée. La moitié des avis recueillis sur le registre numérique applaudit  : « ce projet va faire passer Toulouse d’une métropole à une mégapole », se félicite ainsi Augustin Gauthier. L’autre moitié d’indigne  : « ce building n’est pas du tout dans le style local, il va complètement défigurer la ville et rompre son harmonie » estime Fabien Mitton. La focalisation de ces avis très tranchés sur la tour a fait passer au second plan la mue annoncée de tout le quartier de la gare. La tour d’Occitanie est un peu l’arbre qui cache la forêt des immeubles qui pourront atteindre 60m de haut dans le cadre du projet TESO (Toulouse Euro Sud-Ouest), également soumis à enquête publique. Jean-Luc Moudenc espère que le projet Libeskind fera école. « J’attends que d’autres urbanistes et architectes proposent d’autres immeubles végétalisés », dit le maire dans l’entretien qu’il nous a accordé.
L’eau « la moins chère de France »

A partir du mois de mars, les habitants des 37 communes de Toulouse paieront le même prix pour l’eau. La facture sera inférieure à 3 euros le m3 (2,91€). «  Le tarif le plus bas de France  », assure Toulouse-Métropole. Il comprend l’eau du robinet (1,57€) distribué par Veolia, et le coût de l’assainissement (1,65€) désormais assuré par Suez. Le concurrent de Veolia va donc assurer la gestion de la station d’épuration de Ginestous, mais cette petite révolution sera transparente pour l’abonné, qui ne réglera qu’une seule facture, en baisse dans toutes les communes. Cela représente une économie annuelle de 120€ pour une consommation moyenne de 120m3 à Toulouse, et de 45 à 240€ dans les autres communes. Une harmonisation «  par le bas  » qui vient clore l’éternel débat entre gestion publique en régie et délégation à un groupe privé.

Les opposants au maire de Toulouse voulaient chasser Veolia de Toulouse avec un argument simple  : une régie est forcément moins chère, puisqu’elle n’a pas de profits à distribuer à ses actionnaires. Stupeur  : l’étude comparative confiée à un cabinet spécialisé par Jean-Luc Moudenc a finalement révélé que Suez et Veolia étaient les mieux-disants. Le maire de Toulouse a confié parallèlement le soin de négocier le renouvellement de la concession à Pierre Trautmann, l’homme qui avait déjà conclu le contrat avec Veolia il y 30 ans. L’ancien directeur des services de Dominique Baudis a su habilement tirer parti de cette double concurrence. Mais la baisse spectaculaire laisse dubitative Nadia Pellefigue. « Est-ce qu’on n’a pas payé l’eau trop cher pendant des années », s’interroge la candidate qui brigue le Capitole en 2020  ?

Le Minotaure

Minotaure Montaudran

Plus de 800.000 personnes sont tombées sous le charme du Minotaure lors de sa déambulation dans les rues de Toulouse lors du long week-end de la Toussaint. Depuis cette parade enchantée, saluée jusque dans les colonnes du New-York Times, la mécanique géante conçue par François Delarozière a rejoint d’autres inventions de cet artiste-ingénieur hors-normes à Montaudran. Le public s’y presse pour monter à bord de l’imposante machine de 47 tonnes et 14m de haut. Le curieux baldaquin fixé définitivement sur son dos à l’issue du spectacle de rue peut embarquer jusqu’à 50 personnes. On y grimpe à l’aide d’un escalator et d’un quai d’embarquement semblable à celui des aéroports.

Le Minotaure sort plusieurs fois par jour pour fouler l’ancienne piste d’envol des pionniers de l’Aéropostale. Lorsqu’il était dans l’opposition, Jean-Luc Moudenc avait vivement critiqué ce choix de Pierre Cohen. C’est en effet l’ancien maire socialiste qui avait passé commande du Minotaure, puis fait construire le grand bâtiment vitré pour abriter les créations de Delarozière. A la grande fureur de plusieurs associations de défense du patrimoine aéronautique toulousain. A son retour au Capitole, le maire n’a finalement pas rayé le projet de son prédécesseur d’un trait de plume. Tout en renégociant les conditions financières avec Delarozière, il a réussi à concilier le Minotaure avec la mémoire de Latécoère. Fair-play, Jean-Luc Moudenc a même rendu hommage à Pierre Cohen lors de l’inauguration de la Halle de La Machine.
Saint-Sernin sans voitures

Le grand chantier mené autour de la basilique Saint-Sernin depuis deux ans est en passe de se terminer. Le changement le plus spectaculaire est la disparition du parking devant le lycée, partiellement remplacé par un bosquet d’arbres. Débarrassée de toute circulation automobile, la place s’intègre à l’extension du  » plateau piétonnier  » mené par Joan Busquets. L’architecte catalan a fait disparaître les 160 places de stationnement, planté une nouvelle fontaine sur le parvis et retiré les grilles qui corsetait la basilique. Pour Jean-Luc Moudenc, le nouveau visage de la place est un élément supplémentaire pour la candidature du centre historique de Toulouse au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais la centaine d’arbres plantés par Busquets ne sont pas du goût de tous. Des passionnés d’archéologie redoutent que leurs racines endommagent des trésors enfouis. Ils auraient voulu profiter du chantier pour mener des fouilles plus approfondies. Les arbres sont aussi accusés de cacher la vue de la basilique. Un argument à la limite de la mauvaise foi quand on sait que ces amoureux des vieilles pierres voulaient ériger un nouveau bâtiment, avec cafeteria sur le toit, pour étendre le musée Saint-Raymond à la place des arbres.

Saint Sernin parvis

Hausse des impôts

En dépit de ses promesses électorales, Jean-Luc Moudenc a augmenté de 15% le taux de la taxe d’habitation dès 2015. Une augmentation identique, mais lissée sur deux ans, est votée à Toulouse Métropole. Cette décision tranche avec les années de stabilité fiscale qui furent la marque de fabrique des années Baudis. Le maire de Toulouse a beau rejeter la faute sur la gestion de son prédécesseur et le tour de vis imposé aux collectivités par le gouvernement socialiste, la pilule est dure à avaler. Ses opposants ne manqueront pas de lui rappeler en 2020. Claude Raynal, chef de file des élus PS à la Métropole, dénonce « le mensonge fiscal » de Moudenc. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Sacha Briand, adjoint aux Finances, a tenté d’expliquer que cette hausse était rétrospectivement judicieuse, puisque le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé la suppression pure et simple de la taxe d’habitation.

L’augmentation des impôts s’est accompagnée d’une révision à la hausse de plusieurs tarifs municipaux. L’opposition dénonce une dégradation générale des services publics. « On paie plus sans en avoir plus », résume Romain Cujives, autre prétendant socialiste au Capitole. En guise d’exemple, la fermeture de la piscine d’Ancely est régulièrement brandie par les élus communistes. La suppression de la gratuité dans les cantines ou dans les bus et le métro pour les retraités, est aussi beaucoup commentée.
Les bouchons

En attendant la troisième ligne de métro, dont la mise en service a déjà été reportée d’un an (2025) par Tisséo, les embouteillages sont le lot quotidien de plus en plus de Toulousains. Les bouchons ont même tendance à s’aggraver selon l’étude annuelle de l’Inrix, un institut qui mesure le trafic routier à l’échelle mondiale. Avec 130 heures passés en moyenne dans les bouchons en 2018, Toulouse est moins bien classée que Los Angelès (128h)  ! « On ne peut pas dire aux gens coincés dans les bouchons qu’il suffira d’attendre le futur métro » pointe Nadia Pellefigue, vice-présidente (PS) du conseil régional et candidate déclarée au Capitole.

Pour tenter de résorber à terme la thrombose automobile, Toulouse Métropole a voté le 14 février dernier un important programme routier de 1,8 milliards sur 20 ans. Le PARM (programme d’aménagements routiers métropolitains) est le pendant automobile du PDU, qui prévoit les investissements pour les transports en commun. C’est surtout un succédané à la  » deuxième rocade « , que le maire de Toulouse réclame en vain pour éloigner le trafic de transit de la ville. Le département a accepté de co-financer le PARM, et notamment le nouveau pont qui doit traverser la Garonne du coté de Saint-Jory. « Je risque d’attendre 20 ans pour voir un rond-point sur ma commune » réagit François Lépineux, maire de Brax, qui siège avec les élus écologistes à Toulouse-Métropole. A l’opposé de tous ces projets routiers, plusieurs associations réclament avec instance la suppression de la circulation automobile sur le pont Neuf et la rue de Metz. Jean-Luc Moudenc a demandé une étude avant de se prononcer.

LGV : ça rame

Quand il a été élu en 2014, Jean-Luc Moudenc avait encore l’espoir que la ligne à grande vitesse (LGV) reliant Paris via Bordeaux arrive en 2024 à Matabiau. Alain Juppé a obtenu un TGV qui met sa ville à deux heures de la capitale, mais il en faut plus de double pour Toulouse. La LGV a été stoppée en juillet 2017 à Bordeaux-Saint-Jean d’une simple phrase de Nicolas Hulot  : la prolongation de la ligne n’est plus « une priorité ». Depuis, le maire de Toulouse rame pour que la LGV ne soit pas complètement abandonnée. Il n’est pas seul dans cette galère. Carole Delga, présidente (PS) de la région, partage son combat. En donnant la priorité aux  » trains du quotidien « , le ministère des Transports a décidé de tronçonner les investissements. La LGV est repoussée à l’horizon 2037. Pour ne rien arranger, les tribunaux administratifs ont annulé les déclarations d’utilité publique des travaux prévus au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux, faute de plan de financement.

Les nouveaux modes de financement (taxes poids lourds et taxes sur les bureaux) proposés par Carole Delga et Jean-Luc Moudenc n’ont pas convaincu Berçy. Le maire de Toulouse tente de sauver sa taxe en usant de ses relations auprès de parlementaires pour glisser un amendement à la future loi Mobilités (LOM) de la ministre des Transports. Lors de la dernière assemblée de Toulouse Métropole, Régis Godec (EELV) s’est toutefois étonné  : la future tour d’Occitanie, construite sur un terrain de la SNCF à Matabiau, serait exemptée de cette hypothétique taxe sur les bureaux pour payer la LGV.
OPA ratée sur le département

L’idée d’Emmanuel Macron de fusionner métropoles et départements sur le modèle expérimenté par Gérard Collomb à Lyon a fait pschitt. Président de France Urbaine, l’association qui regroupe les grandes villes et leurs intercommunalités, Jean-Luc Moudenc était à la manœuvre pour faire bouger les lignes avec Macron et Collomb, alors ministre de l’Intérieur. Les élus socialistes au sein de Toulouse Métropole lui ont reproché de négocier sans avoir sollicité leur avis. « Vous essayez de gagner sur tapis vert ce que vous avez échoué à remporter dans les urnes » lui a lancé Claude Raynal lors du vote d’une motion pro-métropolisation qui a remporté un succès mitigé auprès des maires de l’agglomération. Le sénateur PS faisait référence aux dernières élections départementales de 2015, où plusieurs adjoints au maire de Toulouse étaient candidats pour tenter de faire basculer la majorité socialiste. Jean-Luc Moudenc a enterré la hache de guerre en signant avec Georges Méric, président (PS) du département, un  » protocole de coopération  » portant sur plusieurs centaines de millions d’euros de financements croisés.

Moudenc métropole

Le « parvis » Matabiau

Le maire de Toulouse s’est finalement résolu à couvrir l’écluse Matabiau qui fait face à la gare. Contre l’avis d’un inspecteur des Monuments Historiques, qui voulait profiter du chantier lancé pour la future gare TGV pour restaurer l’ancienne écluse double en brique de Riquet. Trop cher a estimé Jean-Luc Moudenc. Outre le prix (environ 50 millions d’euros), les délais de ce lourd chantier de restauration n’étaient pas compatibles avec le calendrier de livraison du futur  » parvis  » de la gare. L’affaire est similaire au chantier du parvis de Saint-Sernin. Pour rassurer l’Unesco, qui a classé le canal au patrimoine mondial, Jean-Luc Moudenc assure que la couverture en bois de l’écluse sera « réversible ». Sauf que contrairement aux abords de la basilique, le parvis de Matabiau ne sera pas piétonnier. Le flot automobile continuera de couler devant la gare.

« Joan Busquets voulait fermer le robinet automobile du canal » souligne Guillaume Drijard, président de l’Union des comités de Quartier. L’architecte catalan choisi par Pierre Cohen avait travaillé à la demande de l’ancien maire sur l’hypothèse de la prolongation du tramway jusqu’à la gare. Jean-Luc Moudenc, qui s’est fait élire en dénonçant « la chasse aux voitures » de la municipalité socialiste, assume le changement de direction : «  j’ai dit à Busquets qu’il fallait davantage s’attacher au patrimoine  ». Mais où vont passer les voitures détournées derrière la gare dans le projet TESO, s’inquiète Guillaume Drijard  ?

 

Les lacrymos plus forts que les gaz à effet de serre à Toulouse

Marx climat
Drôle de climat à Toulouse. Le collectif citoyen pour le climat a préféré appeler ses troupes à manifester vendredi soir avec les jeunes dans la ville rose, plutôt que samedi comme dans la plupart des villes de France. Une banderole de ce collectif, né au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, figurait pourtant bel et bien dans le traditionnel cortège des Gilets Jaunes qui a défilé sur les boulevards dès le début de l’après-midi. Mais elle a disparu avant la fin de journée, qui s’est achevée en dépit d’un soleil éclatant sous un nuage de gaz lacrymogène. Comme d’habitude.

Les écologistes qui refusent de choisir entre «  la fin du monde et la fin du mois  » avaient à cœur de manifester aux cotés des Gilets Jaunes. C’est le cas de Michaël, 32 ans, qui a retrouvé pour l’occasion des amis de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) portant la chasuble fluo. « Eux, ce sont de vrais écolos » affirme ce jeune homme barbu qui habite dans une petite commune périphérique au sud de la métropole. Michaël explique n’avoir pas voulu rejoindre les Gilets Jaunes sur les ronds points de Roques-sur-Garonne. Il est venu avec un panneau proclamant « manger tue », déjà brandie la veille dans les rues de Toulouse. Au verso de son carton, Michaël affiche son soutien à la campagne contre les pesticides agricoles lancée par Fabrice Nicolino réclamant « des coquelicots ». La pancarte a attiré Véronique, une ancienne conseillère municipale de gauche qui occupe tous les week-ends un rond-point au nord de Toulouse et a également signé l’appel du journaliste militant de Charlie Hebdo  ; ça crée des liens.

Les autres sympathisants de la cause climatique ont préféré défilé avec les lycéens la veille au soir. Ils étaient plusieurs milliers en dépit du mauvais temps. Ceux-là ne sont pas revenus samedi, malgré le retour d’un soleil printanier. Les ponts sont coupés avec les Gilets Jaunes depuis le 8 décembre dernier. Dès les premiers pas de cette première manifestation commune, des éléments incontrôlés avaient provoqué les policiers qui ont aussitôt riposté par une pluie de gaz lacrymogène, coupant l’imposant cortège en deux. De nombreux manifestants n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils n’ont pas davantage compris pourquoi deux journées de manifestations étaient proposées cette fois à Toulouse. « Le contexte local nous impose de penser différemment », a tenté d’expliquer le collectif citoyen pour le climat. Les militants bénévoles du collectif ne voulaient pas prendre la responsabilité d’une manifestation risquant de dégénérer dans l’un des bastions des Gilets Jaunes. Ils regrettent surtout le climat de violence qui s’est installé depuis des semaines dans la ville rose, interdisant selon eux de manifester en famille, avec les enfants.

scouts climat (2)

Dorothée est pourtant venue avec son fils et sa fille, âgés de moins de huit ans. Jonathan, l’aîné, a confectionné lui-même une petite pancarte décorée de deux feuilles de laurier. « Je ne pouvais pas venir vendredi soir parce que je travaillais, mais j’avais promis à Jonathan qu’on irait manifester pour la planète » explique la jeune maman. Dorothée a prévu de s’esquiver avant la fin du défilé afin de ne pas exposer ses enfants. Un groupe d’une dizaine de scouts en uniformes rejoint aussi le cortège en cours de route. « Nous étions plus nombreux hier » confie Jean-Paul, 25 ans. « Certains parents ne sont pas d’accord avec les Gilets Jaunes et ont refusé qu’on amène leurs enfants aujourd’hui », ajoute le chef de patrouille.
Moudenc conspué et Rouillan incognito
Minoritaires, les pancartes pour le climat sont submergées dès le début du défilé par les chants et les slogans habituels des Gilets Jaunes. Les militants d’extrême-gauche, qui se sont imposés en tête de cortège, affirment à plein poumon qu’ils sont « plus chauds qu’un lacrymo », ou encore que « tout le monde déteste la police ». Pour preuve, des projectiles sont lancés en direction des forces de l’ordre déployés devant la cathédrale et la préfecture. Mais les gendarmes mobiles ne bronchent pas. Jean-Marc Rouillan passe à deux pas d’un militaire dont le bouclier est maculé de peinture jaune. L’ancien leader toulousain d’Action Directe s’est mêlé incognito à la foule de plusieurs milliers de personnes qui défilent dans une ambiance globalement bon enfant. Un peu plus loin, sur les bords de la Garonne, le cortège croise le maire de Toulouse, soutien affiché d’Emmanuel Macron, qui vient de rendre visite à un stand de la Croix Rouge installé sur le quai de la Daurade. Les quolibets et les insultes fusent, mais aussi quelques projectiles. « En polystyrène », précise Jean-Luc Moudenc. « Je refuse de m’interdire de sortir car cette minorité ne doit pas installer un climat de terreur », ajoute-t-il sur sa page Facebook. Le maire de la ville a reçu le soutien de nombreux élus, y compris de gauche. « Je condamne ferment cette violence » a rapidement réagit Pierre Cohen, son prédécesseur socialiste au Capitole, sur Twitter.

gaz climat

Les véritables heurts ont commencé une heure plus tard, non loin de l’église Saint-Sernin, quand des pétards et des feux d’artifice sont tirés vers des policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Le cortège, qui a fondu au soleil après plus de 2 heures de marche autour du centre-ville, est coupé en deux  : une partie des manifestants se dirige vers la place du Capitole alors que l’autre, poussé par 13 fourgons de CRS, gyrophares allumés, poursuit son chemin sur les boulevards. Le camion à eau finit de disperser la dernière poignée de manifestants. L’hélicoptère de la gendarmerie, appelé comme chaque samedi pour surveiller la dispersion des différents groupes qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, a encore survolé la ville pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la tombée de la nuit.

Toulouse, entre courses de Noël et lacrymos

GJ canon à eau
Ambiance surréaliste au centre de Toulouse, samedi après-midi. Alors que quelques milliers (4.500 selon la police) de manifestants défilaient sur les boulevards, d’autres déambulaient au centre ville pour effectuer leurs courses de Noël. Derrière la cathédrale, deux véhicules blindés de la gendarmerie interdisaient l’accès du centre historique aux manifestants. Le nouveau préfet, Etienne Guyot, a sorti les grands moyens pour éviter les scènes de guérillas urbaines qui ont émaillé les deux précédentes manifestations. Les Gilets Jaunes, vaguement encadrés par des militants de la France Insoumise et du NPA qui ont bien du mal à régler la cadence, commencent à défiler au pas de charge derrière une banderole « Macron démission » vers 14h. Le cortège part à la rencontre des drapeaux rouges de la CGT, qui tente elle aussi de canaliser les manifestations, et a pris le soin de déposer un parcours en bonne et due forme à la préfecture.

GJ démission

Mais la manifestation pacifique n’aura guère duré plus d’une heure. Dès 15h15, les premières grenades lacrymogènes dispersent le cortège. Elles sont la réponse immédiate aux jets de peinture et d’un fumigène orange lancés sur les blindés. Les rares Gilets Jaunes qui tentent de s’interposer face aux jeunes venus visiblement en découdre avec les forces de l’ordre sont très rapidement débordés. Les canons à eau entrent en action pour éloigner les derniers manifestants qui tentent de rester devant le monument aux morts. On n’avait pas vu ces engins dans les rues de Toulouse depuis les manifestations violentes qui avaient suivi la mort de Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), en 2014. La plupart des manifestants s’éparpillent dans les petites rues du quartier Saint-Aubin en direction du canal du midi. D’autres en profitent pour jouer au chat et la souris avec les forces de l’ordre, aux cris de « tout le monde déteste la police ». L’hélicoptère de la gendarmerie survole le quartier en vrombissant à basse altitude. Une voiture est renversée au débouché de la rue Gabriel Péri, les foyers d’incendies se multiplient. Les casseurs, qui ont revêtu des gilets jaunes pour se fondre dans la foule, privilégient les nombreux chantiers parsemant la ville pour tenter de former des barricades, sur les futures ramblas des allées Jean Jaurès ou la place Saint-Sernin.

GJ flics slogan

Incrédules, les badauds venus faire leurs courses suivent l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre. Trois jeunes filles, lestées de sacs Primark, s’arrêtent pour faire des selfies. L’enseigne de textile low-cost, qui vient d’aménager dans l’ancien grand magasin art-déco des Galeries Lafayettes, avait été la cible durant la semaine d’une action commando pacifique menée par d’anciens activistes de Nuit Debout reconvertis en Gilets Jaunes. Cette fois, l’entrée principale est condamnée. Des vigiles filtrent la seule porte dérobée restée ouverte, fouillant systématiquement les client(e)s. D’autres boutiques préfèrent prudemment descendre leurs rideaux de fer.

GJ Capitole

Profitant de la confusion, un petit groupe de manifestants a réussi à rejoindre la place du Capitole. Courte altercation quand des projectiles sont lancés sur les policiers casqués qui ripostent avec des lacrymogènes. Le marché de Noël est fermé, les cafés de la place ont replié leurs terrasses. La pluie commence à tomber avec la nuit, dispersant les derniers manifestants les plus virulents de l’autre coté de la Garonne. On peut encore croiser quelques gilets jaunes égarés qui se mêlent aux clients des boutiques et des cafés à l’heure de l’apéritif. Sur les boulevards désertés par les voitures, les gyrophares des fourgons de CRS font comme un renfort de lumières de Noël à chaque carrefour.

GJ boulevard nuit

La journée s’est traduite par 26 interpellations, selon un premier bilan de la préfecture établi en début de soirée.

A Gaillac avec des Gilets Jaunes anti-Macron

Gaillac photo remake

Samedi midi, comme sur tous les ronds-points occupés du Tarn, les Gilets Jaunes de Gaillac ont rejoué la scène de l’interpellation collective de 151 lycéens à Mantes-la-Jolie, à genoux et mains sur la tête. La vidéo, qui a fait le tour des réseaux sociaux, a choqué. Un collectif a demandé à la quinzaine de ronds-points du département tenus par les Gilets Jaunes de se livrer à un « remake », à midi et à 15h, pour condamner « la violence des images ».

Gaillac Jaune

Surveillés par des gendarmes, aussi présents que discrets, les Gilets Jaunes se contentent de filtrer la circulation sur deux ronds-points stratégiques de la Gaillac : celui de la bretelle d’autoroute de l’A68 (Toulouse-Albi), où le conseil départemental a aménagé une aire de co-voiturage, et celui du Leclerc qui commande l’entrée et la sortie de la principale zone commerciale de la ville. Mais pas de blocage pur et dur des camions et des voitures. Dès les premiers jours d’occupation, une réunion avec le maire à laquelle assistait également le propriétaire du supermarché a fixé les règles du jeu : manifester d’accord, mais pas question d’interdire l’accès aux commerces. Ni au Festival des Lanternes, qui attire des milliers de visiteurs le soir à Gaillac. Au rond-point du Leclerc, des animaux-lampions en papier fabriqués par des ouvriers chinois voisinent avec les banderoles anti-Macron des Gilets Jaunes.

 » Les élus viennent comme des mouches « 

Le maire (DVD) de Gaillac s’est rendu samedi sur le barrage à l’entrée de la ville. « Les élus commencent tous à venir comme des mouches » ironise Michel, 63 ans. Ce pilier des Gilets Jaunes locaux est présent quotidiennement depuis le 17 novembre sur le rond-point du Leclerc, où une cabane a été érigée avec des palettes, du plastique et des roseaux. La veille, c’est la député Marie-Christine Verdier-Jouclas (LRM) qui est passée pour proposer une réunion de circonscription. Les Gilets Jaunes de Gaillac, qui se sont déjà rendus la semaine dernière à une première réunion de la député pour lui signifier leur mécontentement, ont décliné l’invitation. Mais ils ont accepté de rencontrer l’ensemble des maires de la communauté d’agglomération qui s’étend de Gaillac à Graulhet, lundi à 20h. « Ce ne sera pas un débat, on ira juste pour leur faire part de nos revendications » précise Michel, qui a pris soin de consigner toutes les doléances des manifestants sur un cahier. « Il y a des idées très intéressantes », assure-t-il.

des électeurs de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Parmi la cinquantaine de Gilets Jaunes qui se relaient au rond-point du Leclerc se trouvent, sans se retrouver, Bernard et Thierry, deux anciens ouvriers de l’usine Alphacan de menuiseries en PVC à Gaillac. La principale industrie de la ville a subi un sévère plan social. Bernard, 72 ans, est parti à la retraite depuis un moment déjà. Thierry, 53 ans, est parti travailler du côté de Grenoble. Il fait régulièrement l’aller-retour pour retrouver son épouse, enseignante, à Gaillac. Bernard n’a pas de problème à dire qu’il vote FN. Thierry, lui, n’a pas pu. Il milite à La France Insoumise. Après l’élimination de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, il raconte qu’il a été tenté de voter pour Marine Le Pen afin de ne pas offrir un plébiscite à Emmanuel Macron. « En 2002, la gauche avait appelé à faire barrage au FN mais Chirac s’est foutu de notre gueule », dit-il en guise d’explication.

Gaillac Alphacan
A quelques centaines de mètres du rond-point de la zone commerciale, la ville de Gaillac a racheté les 9 hectares de l’usine Alphacan pour 2 millions d’euros

« Les étiquettes politiques ne ressortent pas sur les barrages », affirme Richard, un motard de 35 ans rencontré sur le deuxième rond-point de l’autoroute A68. « Si ça ressort, je me casse », approuve Dominique, 53 ans, qui ne vote plus depuis longtemps. Le jeune motard a voté Mélenchon mais se dit « déçu des partis politiques ». Il aimerait que le vote blanc qu’il a glissé dans l’urne au deuxième tour de l’élection présidentielle soit reconnu, et non pas confondu avec les bulletins nuls ou les abstentionnistes. « Les politiques et les syndicalistes sont tous des menteurs et des tricheurs », abonde Dominique.

À Gaillac, beaucoup de Gilets Jaunes se déclarent adeptes de la démocratie directe. L’idée d’un référendum agite les discussions. La dissolution de l’Assemblée nationale et de la « majorité Playmobile » de La République en marche est largement plébiscitée. Emmanuel Macron est le plus petit commun dénominateur de leur colère, largement exprimée sur les banderoles qui décorent les ronds-points. « Il ne nous représente pas », affirme Thierry, heureux de retrouver sur les barrages « des gens qu’on ne voit jamais ».

Marie accordéon.jpg

Marie, 54 ans, agent de service au lycée Rascol d’Albi, est l’une de ces « invisibles » qui fait régulièrement des apparitions sur le rond-point du Leclerc. Tous les jours de la semaine, elle prend sa voiture entre Gaillac et la préfecture (25 kms). Mais elle ne se plaint pas. « Avant, je travaillais à Montauban » (50 km).  Son emploi est à temps partiel, tous les matins, ce qui lui laisse les après-midis pour s’occuper de sa mère. Elle gagne 1.100 €/mois. Marie est venue sur le rond-point avec son accordéon, acheté il y a à peine plus d’un an. Elle est très fière d’expliquer qu’elle a appris la musique seule. « On allait danser au bal musette avec ma mère » raconte Marie, qui a pris son instrument pour apporter un peu d’animation aux Gilets Jaunes. Sa mère l’a accompagnée. Sans gilet.