Les « sulfateuses à PV » attendront les élections

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Les automobilistes qui « oublient » de passer à l’horodateur ont gagné un peu de répit. Les voitures LAPI (lecture automatique des plaques d’immatriculation) devront attendre le prochain scrutin municipal de 2020 avant d’être déployées à Toulouse. Olivier Arsac, l’adjoint au maire chargé de la police municipale, avait pourtant annoncé l’arrivée d’une dizaine de ces véhicules bardés de caméras dès la rentrée 2018. L’élu se disait très satisfait du « test à blanc » réalisé en 2017 dans les rues de la ville rose. Les voitures LAPI permettraient selon lui de contrôler toutes les rues de la ville deux fois par jour. Un énorme gain de productivité par-rapport aux agents de surveillance de la voie publique (ASVP) qui travaillent à pied. « Il leur faut trois jours pour faire le tour des rues à stationnement payant », reconnaît Olivier Arsac.

Toulouse se distingue par un effectif particulièrement faible en ASVP : une quarantaine seulement, contre près de 80 à Bordeaux et plus de 180 à Nice. La chambre régionale des comptes, qui a épinglé la politique de stationnement de la ville dans un rapport publié en 2016, se demandait même si ce déficit de de contrôles ne pouvait pas expliquer le faible remplissage des parkings souterrains, à moitié vides pour la plupart. Olivier Arsac répond que l’explication est purement conjoncturelle : plusieurs ASVP ont rejoint les rangs de la police municipale, dont les effectifs ont été doublés. Une douzaine de recrutement ont eu lieu en 2017, et autant seront embauchés cette année. Mais les voitures LAPI, qualifiées de « sulfateuses à PV » par une association de défense des automobilistes, attendront les résultats des tests en vraie grandeur menés dans d’autres villes de France.

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de France Urbaine, qui regroupe toutes les grandes métropoles, préfère rester prudent sur le sujet. Il a demandé à l’une de ses adjointes, sénatrice, d’interpeller le ministre de l’Intérieur sur la légalité de cette technologie. La CNIL (commission nationale informatique et libertés) a en effet longtemps mis son véto à l’utilisation des voitures LAPI, déjà utilisées par la police et la gendarmerie pour rechercher des voitures volées, par les communes. La commission a finalement assoupli sa position. Elle se contente de formuler des « recommandations » aux collectivités, de plus en plus nombreuses, qui font appel aux voitures LAPI. Elles peuvent les acheter (110.000 €) ou les louer (4.000€/mois) à AFS2R, une entreprise de Lyon leader sur le marché. Gérard Colomb, lui, n’a jamais répondu à la question de la sénatrice Brigitte Micouleau.

Les réticences du maire de Toulouse ont été renforcées par les « couacs » dénoncés dans la presse au début de l’année sur le travail des agents de Streeteo, l’une des deux sociétés à qui la ville de Paris a délégué le contrôle du stationnement. A Paris, Streeteo utilise des voitures LAPI pour faire un « pré-contrôle » des rues, avant de déployer des agents au sol pour verbaliser. « On ne veut pas ce genre de gadget », réagit Olivier Arsac. Streeteo est une filiale du groupe Indigo (ex-Vinci Park), à qui la ville de Toulouse a confié la gestion de la plupart de ses parkings souterrains. Pas question de donner le contrôle des horodateurs à la même société, assure-t-on au Capitole, qui écarte toute « privatisation » du service. Jean-Luc Moudenc observe avec intérêt Anne Hidalgo aux prises avec les automobilistes dans la capitale. Si Paris vaut bien une messe, Toulouse ne vaut pas un PV. Ils sont passés de 16 à 30€ le 1er janvier. Loin derrière Paris (35 à 50€) ou Lyon (35 à 60€).

Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du cannabis rebondit à Toulouse

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Ils disent non « à l’hypocrisie ». Quatre militants politiques et associatifs ont adressé une tribune à la télévision régionale pour réclamer « la légalisation des drogues douces » après un nouveau règlement de comptes meurtrier dans le quartier du Mirail à Toulouse. « Le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement et les morts qui font la une des journaux ne sont que la partie immergée de l’iceberg », se désolent les auteurs, qui ont comptabilisé 13 morts violentes dans la ville rose depuis 2011.
« On a déjà eu pas mal de réactions sur les réseaux sociaux, même de la part de gens qui nous disent qu’ils ne sont pas d’accord. Il y a un vrai débat » se félicite l’un des co-signataires, Salah Amokrane. Ancien élu municipal des Motivés, le grand frère des chanteurs du groupe Zebda a été candidat aux élections législatives sous l’étiquette EELV, après avoir fait la campagne présidentielle de Benoît Hamon.
La Dépêche du Midi réclame un débat
La tribune, qui dénonce « les politiques qui instrumentalisent le trafic de drogue », prolonge un éditorial publié dans la Dépêche du Midi au lendemain du dernier règlement compte, début juillet. « Pourquoi ne pas rouvrir un grand débat national sur la dépénalisation du cannabis ? », s’interrogeait Dominique Delpiroux, fils d’un ancien policier. Une position qui s’inscrit dans la droite ligne de la position adoptée par Jean-Michel Baylet, propriétaire du journal et ancien président du parti radical de gauche lors de la précédente primaire de la gauche.
Collomb annonce des « contraventions »
Nicole Belloubet, nouvelle garde des Sceaux et ancienne adjointe au maire de Toulouse, saisira-t-elle la perche pour clarifier la position du ministère de la Justice sur sa politique pénale ? Son homologue du ministère de l’Intérieur a semblé vouloir faire un pas vers un éventuelle dépénalisation du cannabis. L’ancien maire de Lyon avait annoncé peu après sa prise de fonction vouloir désormais punir les fumeurs d’une simple contravention « d’ici trois ou quatre mois ». Mais on ignore la position officielle du premier ministre et du président de la République, qui a paru hésiter sur le sujet lors de la campagne électorale.
Localement, la tribune anti-probitionniste suscite des réactions mitigées. « L’économie souterraine de la drogue, si elle est majoritairement réalisée avec le cannabis, prospère aussi avec tous les autres types de substances. Les « petites mains » des trafics locaux ne tarderaient pas soit à diversifier leur activité si lucrative, ou bien à redynamiser une activité parallèle et low-cost » redoute Didier Martinez, policier au commissariat central de Toulouse et syndicaliste (Force Ouvrière).