Le téléphérique urbain de Toulouse enfin « sur les rails »

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On en parle depuis plus de dix ans, mais cette fois c’est certain : Toulouse ajoutera un téléphérique dès la fin 2020 à son offre de transports urbains. Les travaux pour édifier les 5 pylones de la ligne ne seront lancés qu’à la rentrée, mais les élus de la métropole ont tenu à donner dès ce 5 juillet le « coup d’envoi » symbolique de ce projet qui commençait à ressembler à une Arlésienne sur les bords de la Garonne. Contrairement aux lourds chantiers du métro ou du tramway, il faudra à peine plus d’un an pour construire cette nouvelle ligne de 3 kilomètres de long. Dotée de 17 cabines capables d’emporter 34 personnes (dont 17 à 20 places assises), elle reliera l’université Paul Sabatier à l’Oncopôle bâti au bord de la Garonne en passant par le CHU de Rangueil, construit dans les années 70 sur une colline dominant la ville et son fleuve. Dessinées par le célèbre designer italien Pinifarina, les cabines seront accessibles aux handicapés en fauteuil roulant et on pourra même y embarquer en vélo.

« Je suis content de voir cette idée se concrétiser et être repris dans d’autres villes » se félicite Philippe Douste-Blazy, initiateur du projet lorsqu’il fut maire de Toulouse (2001-2004). Dans l’esprit de l’ancien ministre de la Santé, il s’agissait juste d’offrir une liaison aux étudiants de médecine du CHU et leurs professeurs vers l’Oncopôle qu’il a fait émerger sur les anciens terrains dévastés par l’explosion de l’usine AZF en 2001. Pierre Cohen, qui lui a succédé au Capitole, a rajouté le tronçon qui redescend de Pech David sur l’autre versant, vers l’université. Le maire socialiste de Toulouse avait rebaptisé le projet « aérotram ». Il espérait l’inaugurer en 2017. Estimé initialement à 43 millions d’euros (hors-taxes), le téléphérique a été à plusieurs reprises revu à la hausse : 63 millions, puis 83 millions d’euros.

Pour ce prix, les cabines fabriquées par Pomagalski en Isère doivent pouvoir circuler même avec du vent d’autan jusqu’à 108km/h. La maintenance du téléphérique a été confiée à Altiservices, une filiale d’Engie qui exploite plusieurs stations de ski dans les Pyrénées, pour 2 millions par an supplémentaires. L’arrêt du service pour maintenance devrait être limité à 11 jours par an. Les trois câbles qui supportent les cabines seront posés par drone pour limiter l’impact sur le trafic aérien lors du chantier. Ils seront peints en rouge et blanc pour être visibles par les pilotes d’hélicoptère qui survolent parfois le secteur. Des indemnités « dégressives » seront même versées à six propriétaires survolés par le téléphérique : plus les cabines passent bas au-dessus de la propriété, plus la somme est élevée.

En dépit de ces modifications du projet initial qui font grimper la facture, le téléphérique urbain s’annonce comme l’un des moyens de transports les plus économes fait valoir Francis Grass, adjoint au maire chargé du chantier. Presque une « récréation » pour cet ancien directeur de la société d’exploitation des bus et du métro toulousain qui pilote également le projet de troisième ligne de métro, lourd de plusieurs milliards d’euros, qui ne devrait être mis en service qu’à l’horizon 2025… si tout va bien. Contrairement au métro, qui continue de diviser la classe politique locale, le téléphérique fait désormais consensus alors même que beaucoup le considéraient au départ comme un « gadget ».

La conception du téléphérique n’a cependant pas été un long fleuve tranquille. Il faudra surélever la station de l’Oncopole, située en zone inondable, surveiller les pylônes sur le versant de Pech David sujet aux glissements de terrain à l’aide de « d’inclinomètres », survoler les ballastières où dorment encore plus de 5.000 tonnes d’explosifs engloutis après la première guerre mondiale et traverser les fumées de la dernière usine chimique classée Seveso du secteur. Il a surtout fallu rassurer les enseignants et les parents d’élèves du lycée Bellevue, qui craignaient que le survol de leur établissement par les cabines perturbent les élèves. Le lycée, soutenu par la région Occitanie, a refusé de sacrifier ses (vastes) terrains arborés pour abriter le terminus du téléphérique. Il sera donc construit à l’entrée de l’université Paul Sabatier, de l’autre coté de la route de Narbonne.

Toutes ces réserves expliquent que le téléphérique ne pourra pas être inauguré avant les élections municipales, comme le maire, Jean-Luc Moudenc, l’aurait voulu. Sceptique à l’origine sur l’idée d’un téléphérique urbain, l’ancien adjoint aux transports de Philippe Douste-Blazy envisage désormais d’étendre le téléphérique vers les quartiers du Mirail et de Montaudran en survolant le périphérique. Mais sans s’engager sur un calendrier.

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